‹ Dollard des Ormeaux [microforme]Chapitre 26 sur 65 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

(Dollard se laisse tomber lourdement sur une

chaîse et prend sa tête dans ses deux mains en étouffant un cri.)

DOLLARD,

Oh!

LUCILE (gui le reconnait).

Ciel!

JEAN LE GARDEUR (qui ne connaît pas Dollard)

Mon brave ami, sais-tu chez qui tu veilles ?

DOLLARD (se levant brusquement)

Chez qui je suis? Vraiment c'est presque une mer- Je te suis étranger. J’ai l'air d’un mendiant [ veille, Venu pour demander l’aumône en suppliant.

Chez qui je suis ? mon Dieu, la chose à du mystère. Je n’aime pas à dire un nom qu'il vaut mieux taire Pour ne pas chagriner madame avec des mots. » C’était, quand je partis, chez Dollard des Ormeanx. Or, depuis mon départ, j'a’ fait un long voyage

Et je reviens le jour de votre iariage,

Quand on se meurt de faim, l’on entre au premier Je vois bien que tantôt je suis entré chez toi, [toit,

LUCILE (émue, sert promptement in table sur laquelle elle dépose du pain qu'elle tranche avec un lonÿ couteau bien aiguisé, et une bouteilie de vin.)

LUCILE

I] souffre de la faim... Donc vite il faut qu'il mange.

DOLLARD (ironiquement).

O femme charitable, accepte ma louange.

Comme ange de l’Hymen tu me mets le couvert.

JEAN LE GARDEUR

Malgré l’estomac vide on a l'esprit ouvert.

LUCILE

Il ne faut pas frapper celui qui souffre ou pleure. Avec de simples mots on peut tuer sur l’heure.

JEAN LE GARDEUR (à Dollard).

Vous avez l'esprit fin. Je le trouve charmant Cet “ ange de l’hymen.” Quel joli compliment ! Des mots si bien trouvés des cœurs font la « mquête,.

DOLLARD

Pourtant je n’en ai pas où reposer ma tête.

JEAN LE GARDEUR,

Nul pauvre ne dira que je l’ai rejeté.

Je connais trop la loi de l'hospitalité.

Il se peut que mon âme y soit moins inclinée

Tant plaît la solitude au soir de l’hyménée,.

Chez mon voisin Grisou la fatigue s'endort Reposant doucement dans un silence d’or.

Pendant que le bonheur nons enivre à son urne Grisou fera pour nous la charité nocturne.

Je suis fou. Je divague. Oh! Je suis si content Que je crains qu’un malheur ne me frappe à l'instant. Le bonheur est instable, un rien sonvent nous l’ôte.... Mais je cours chez Grisou dont vous devenez l'hôte.

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