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DOLLARD
Il est temps d’effrayer par quelque coup d’audace : Cet ennemi hardi, bourreau de notre race,
Qui nous guette au travail, qui nous guette au som- % Et nous donne souvent un lugubre réveil. Fmeil. +
Pendant que dans les bois votre humble caravane Marchera vers la mort à travers la savane, Peut-être l'ennemi viendra scalper nos fronts. Ainsi furent détruits quinze mille Hurons.
Alors que leurs guerriers rêvaient de grandes luttes L’ennemi -promptement venait brûler leurs huttes, Assommaient les enfants, égorgeaient les vieillards, Outrageaient... C’en est trop. Quand rôdent les Alentour du bercail de notre colonie, [renards , Le berger qui s’en va mérite qu'on le nie.
DOLLARD
Monsieur de Maisonneuve est maître des bergers. Il approuve nos plans qu'importent les dangers ? Certes, nous marcherons vers une mort certaine, Mais l’Iroquois, surpris de l’audace hautaine
De mes soldats bravant et le nombre et la mort, N’osera plus venir vous attaquer encor
Quand il nous aura vus lutter sans peur ni trêves, Combattre sans quartier et mourir sur ses grèves. Pour vous défendre, ici, vous aurez le renfort De nos colons-soldats, et vous aurez le Fort.
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RS
LUCILE
Si vos provisions manquent, c’est la ruine.
DOLLARD
Les héros d’autrefois vécurent de racines.
Nous aurons le chevreuil, la perdrix, l'orignal. Nous ferons bonne chair, attendant le signal.
LUCI LE
Si vos munitions manquent dans l’équipée ? ? ?
DOLLARD
Nous aurons le couteau et la hache et l'épée. Puisque nous sommes fils des croisés, nos aïeux, : Quand nous n’aurons plus rien nous fermerons les a
[yeux.
Pour nous, Français venus pour fonder deux royan- [mes :
Ceux de France et de Dieu, l’ange ouvrira les dômes è
Des célestes parvis, et nous y monterons.
Dans les conseils divins pour v
ous nous plaiderons.
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Tu ne sais pas aimer. Je te montre l'obstacle,
Et toi, tu tentes Dieu dans l'espoir d’un miracle,
Qui s’expose au danger mérite d'y périr.
Non, tu nas pas le droit de t’en aller mourir.
Au moment où l’amour t’ouvre mon cœur de femme, | Non, tu n’as pas le droit de me fermer ton âme. Tes bras sont ma patrie et ton pays c’est moi, Nous nous appartenons par les droits de la Foi. Que ceux qui n’aiment pas fassent fi de la vie, S’attachent aux projets que l’héroïsme envic. Qu'ils rêvent de périr dans l’immortalité.
Mais pour toi, souviens-toi de ta captivité.
Ce triste hymen d’un jour fut une courte épreuve. Dieu n’a-t-il pas voulu nous en fournir la preuve ? Il conserva ta vie, il te ramène à nous
Pour te faire goûter à des destins plus doux.
À ceux qui n’aiment pas cette mort héroïque Dans des combats conçus à la façon antique.
Peut-être il veut ainsi le salnt du pays Alors que par l’hymen il nous veut réunis.
DOLLARD,
Oh! n’ouvrons plus les bras vers le rêve éphémère, Ne courons plus après la fuvante chimère.
Déplorons le destin de l’époux terrassé.
Aimons-nous, mais restons d’immortels fiancés.
Ce n’est plus vers l’amour, la joie et l’artifice Qu’ii faut tendre les bras, mais vers le sacrifice,
sr
Aspire au bien public... Qu'au pays soit ton cœur. Souviens-toi des leçons de notre gouverneur.
Au-dessus des plaisirs que rêve l’égoïsme
Faisons briller le dévouement et l’héroïsme.
La joie est fugitive et l'honneur immortel.
J'irai dans les combats comme Charles Martel, Dieu qui n’a pas voulu mon bonheur en ce monde Voudra que sur ma mort le Canada se fonde,
Si tu ne marches pas comme Jeanne au combat, Donne ton fiancé... je serai ton soldat...
Unis par le malheur imitons les apôtres
En nous sacrifiant pour le bonheur des antres.
LUCILE
Vous êtes grand, Dollard, et je n’ai que des pleurs.
DOLLARD
Les pleurs sont à nos jours ce qu'est l’aurore aux Dicu donne la rosée à la fleur des vallées [fleurs. Comme il donne les pleurs aux âmes désolées
Pour que la fleur et l’âme en aient plus de fraîcheur, Les larmes de la vie en perles de blancheur Montent, et satisfont sa justice apaisée
Comme monte an soleil la goutte de rosée.
EC
Que ne n'est-il permis, portant le
glaive et l’are, De voler au combat comme une Jeanne d'Arc!
Que ne puis-je vous suivre au moins comme infir-
[mière !
DOLLARD
Votre place est ici,
Consolez la chaumière Tout en priant pour
nous au pied de nos autels.
LUCILE
Je ne combattrai plus vos projets immortels Mais, lorsque vous serez au fort de la mêlée, Mon âme ira vers vous, mon âme inconsolée, Dans son ardent désir d’être un tel bouclier Que l’ange de la mort puisse vous oublier.
Puisses-tu revenir bientôt couvert de gloire, Cat je crois à l'amour, j'espère en sa victoire Et que Dieu.nous rendra notre bonheur... demain !
DOLLARD (avec émotion, se levant pour partir, prend la main de Lucile et la porte à ses lèvres.)
Mais il faut nous quitter. Donnons-nous donc la [main
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EN (retenant la min de Lurile dans les deux siennc”)
Moi, je cours réunir mes chers compagnons d'armes. Veuille Dieu transformer en victoires nos larmes ! Adieu.
Je n'ai pas dit les mots d'amour, c’est vrai. En moi j'ai retenu l'élan qui me livrait, [langage J’ai craint qu’en mettant trop mon cœur dans mon Je ne visse soudain, s'envoler mon courage, Au moment de partir J'ai besoin de crier Que je t’aime à l'instar d’un ancien chevalier. Je t'aime tant et tant que mon âme s’esivre En te disant “ je l'aime ”’ et que mon cœur se livre, Je t'aime. A l'horizon j'aperçois le vautour Qui plane et veut saisir notre race à son tour. La voix de mon pays m'appelle sur les cimes Pour l’atteindre en son aire au penchant des abîmes, J’y cours.
Escaladant cascade, mont et roc,
Comme les preux frappant ct de taille et d’estoc, C’est pour toi que J'y cours, femme, qui symbolise Le corps de la patrie, et l’âme de l'Eglise.
Adieu.
(Dollard entre au Fort et croise Grisou qui en sort, venant vers Lucile.)
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