‹ Dollard des Ormeaux [microforme]Chapitre 46 sur 65 · TR · texte numérisé non relu

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JEANNE MANCE

Oui, respect aux soldats d’une cause sacrée.

Dans l’histoire et les cœurs assurons leur entrée.

SŒUR BOURGEOYS

Semeurs du sacrifice aux utiles moissons, Donnant à l’avenir d’héroïques leçons, Repoussant de l'amour la douceur attendrie

A l’heure où le tocsin sonne pour la patrie,

Ils refoulent ieurs pleurs et donneront leur sang Pour écarter de nous l’Iroquois menaçant

Qui veut de l'Amérique éloigner notre race

Et de la colonie effacer toute trace.

Quand a lieu le départ ?

JEANNE MANCE

Ils feront leurs adieux Demain.

LUCILE (se levant et allant à la fenêtre.) É

Je ne pourrai les suivre que des yeux Quand leurs légers canots glisseront sur le fleuve. Que ne m’est-il permis de les suivre à l'épreuve! Que ne puis-je mourir dans un combat lointain Moi qui si tristement vois tourner mon destin ! h! je me sens parfois en proie à la démence.

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JEANNE MANCE

Nous voulons que Dollard im

plore la clémence Du gouverneur...

LUCILE (à part).

Grisou l’accuserait

(à Sœur Bourgeoys et à Jeanne

Mance.)

Mes sœurs, Laissez partir en paix nos nobles défenseurs,

Ce n’est pas le Pardon qu’il faut à l'innocence. Dieu peut faire éclater, s’il le veut, sa puissance, En dévoilant soudain l’obscure vérité,

Châtiant l'assassin de son bras redouté,

S'il permet qu’on m’accuse il a son but suprême... Mais je ne puis survivre à ce malheur extrême,

e sens que je n’ai plus la force de souffrir Je sens que ce doit êtr

e un repos de mourir.

SŒUR BOURGEOYS

F: Oh ! qui nous donnera la clef de ce mystère!

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Personne. Je n’attende que du mal de la terre.

Oui, tout conspire à me conduire au désespoir.

Se peut-il que Dollard parte sans me revoir!

Vous lui parlez, mes Sœurs, est-ce qu’il m’abandonne ?

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JEANNE MANCE

Oh! non. Dès qu’il apprit Colument on te soupçonne Il se fit ton champion.

LUCILE

Pourquoi ne vient-il pas Quand il sait qu’en partant il court à son trépas Et que sa mort réduit notre bonheur en cendre ? S'il maimait croyez-vous qu’il se ferait attendre ? Il viendrait. Ne m’aimerait-il plus!..,

JEANNE MANCE

De l'amour Qui jadis inspira Je chant du troubadour, De l'amour glorieux des héros dont l’épée Traçait dans les combats des cadres d’épopée, 3 De l’amour fort et doux des anciens chevaliers * Dollard est aujourd’hui l’un des fiers héritiers.

Il est, comme ils étaient, un galant homme d’armes. C’est pourquoi son épée a des reflets de larmes Chatoyant dans l’acier et brillant dans l'éclair ë, Qui s’en échappe alors qu'il la brandit dans l'air. Si bien qu’on pourrait lire, inscrits sur cette lame, Les mots sacrés “ Pour Dieu, pour mon roi, pour

[ma dame! ”

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SŒUR BOURGEOYS

La dame que tou jours ‘ardemment il aima. ,

LUCILE (anæieuse.)

C’est ?...

JEANNE MANCE, Toi.

SŒUR BOURGEOYS

Tu remplaces celle qui le forma, Celle qui de l'enfant si bien façonna l'âme Qu'elle en fit un héros avec un cœur de flamme.

LUCILE

Sa mère...

JEANNE MANCE, Qui n’est plus...

LUCILE

Mais que j’admire en Ini.

SŒUR BOURGEOYS

Cœur de l’humanité, c’est dans l’ombre et sans bruit Que la femme conduit les héros vers la gloire.

JEANNE MANCE

Comme on y songe peu quand on écrit l’histoire !

LUMILE.

À l’amour d’un héros e dois tous mes malheurs. Il couronna mon front d’épines sous les fleurs

SŒUR BOURGEOYS

Ne te plains pas de l’amour d’un héros. L’épine Auréole le front que la gloire illumine.

JEANNE MANCE

La lutte, les revers, les chagrins, le soupçon, De l’immortalité sont souvent la rançon.

LUCILE

Ah! si l’on découvrait PT âme malicieuse de 2u gubsi bien ourdir cette traine odieuse, J’aurais du moins le droit d'assister au départ Ée Et d’un tel dévoñment j'aurais droit à ma part!

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JEANNE MA NCE,

Un jour viendra peut-être

Où la mein de la France Recueillera ces Pleurs v

ersés dans le silence.

SŒUR BOURGEOYS

Comme il est beau l’e

sprit héroïque et chrétien Qui de notre jeunesse

a fait notre soutien !

\ LUCILE

Modèles de vertus Ils ne font après t

mple, Vous avez tout qui

ans peur les immenses taillis, 'mmes virginales, ertus Cardinales tous les horizons, ntourer vos maisons,

mes sœurs, ce que j'envie, votre noble vie.

Dont l’avenir verra, sous La moisson plantureuse e Ce que j’admire en vous, C’est votre noble tâche et

SŒUR BOURGEOYS

Ce pays a besoin de notre dévoñment.

JEANNE MANCE

Qu'il ne soit pas fondé par l’homme seulement,

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LUCILE

Oui, l’on pourra, plus tard, en lisant son histoire, Voir le nom de la femme à la page de gloire,

Les vôtres brilleront toujours dans l'avenir.

Moi, je ne laisserai qu'un triste souvenir, Indigne de Dollard..…

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