‹ Dollard des Ormeaux [microforme]Chapitre 51 sur 65 · NON. NON · texte numérisé non relu

NON. NON

Au prix de ton honneur je ne veux pas la gloire.

Il faut que je dévoile au grand jour cette histoire. Je dénonce Grisou.

LUCILE

Grisou s’en moquera.

DOLLARD,

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Nous le ferons connaître.

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LUCILE

Et c’est lui qu’on croira.

L'amour est contre nous. On dira que j’invente

Pour sauver notre barque au sein de la tourmente. Tu briseras ton front vainement contre un mur. Pars, je te rejoindrai quelque part dans l’azur. : 54 Ton âme en s’élevant entraînera mon âme, <a Mon âme qui déjà monte comme une flamme, Notre amour n’y sera plus suspect, criminel, Mais le pur aliment qu banquet éternel,

À mon tour je te dis: le pays ie réclame,

DOLLARD

Eh bien! je partirai. Que Dieu t’entende, ô femme!

(À ce moment et jusqu’à la fin de l'acte, on entend, à ë de l'intérieur du Fort, les notes harmonieuses et |

adoucies d’un luth, dont jouait fort bien M. de Mai- 4 sonneuve.)

LUCILE

Entends le son du luth qui monte jusqu’à nous

Et pose sur nos cœurs son baiser pur et doux. Que d’âme vibre en lui charmant l’écho du fleuve! Ecoute, c’est le luth joué par Maisonneuve.

Dollard, sens-tn combien ce soir ‘est précieux ?

Nous ne nous reverrons qu’au rendez-vous des cieux. Avant de nous quitter, dis-moi pourquoi tu m’aimes. À mon tour, quand j’aurai reçu ces mots suprêmes, Je te dirai pourquoi tu fus mon bien-aimé.

DOLLARD

Je-me souviens toujours du rivage embaumé Où je te vis avec délices...

Des corolles de gaze, en forme de calice, Cerclaient ton col et je t’aimai.

Tes yeux furent pour moi la captivante source Où boit l’Arabe du désert.

Dans l’espoir que ton cœur me fut un jour ouvert Mes mots d'amour prirent leur course.

Lorsque je t’'entendis chanter an son du luth Une romance accoutumée Je me sentis le cœur glané, ma bien-aimég,

Comme le cœur de Booz quand il fut pris par [Ruth.

Quand je te vis prier, un soir, dans la chapelle, Le front penché, seule au saint lieu,

Blanche comme un beau lis incliné devant Dieu, Je me dis: Désormais mon bonheur dépend

[d’elle.

Tout ce que tu faisais me paraissait meilleur, Et la perdrix de nos savanes, Que tu servais, avait la saveur des faisanes Fumant aux plats d’or d’un seigneur,

Lorsqu’en notre hôpital, auprès de Jeanne Mance, Tu montrais le ciel aux mourants,

Ou que tu consolais quelques pauvres souffrants, Je t’'aimai dans leurs yeux pleins de reconnais-

[sance.

Dans sa première école où règne Sœur Ecole, jadis une étable, Quand tu catéchisais les petits à leur table,

Je t’aimai dans les yeux de l’humble enfant

[des bois.

Bourgeoys,

Et je t'aime au moment de mourir Pour le salut de mon pays,

Espérant que par Dieu nous serons réunis

Dans un monde où l’amour peut aimer sans

[alarmes.

sous les armes LE

th.

LUCILE

J’ai désiré souvent ces mots d’âme pétris.

Je te li

Île. vre {ous ceux que mon cœur a nourris :

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Je t’aime parce que je t'aime Et je broderai sur ce thème Que je t'aime plus que le jour.

Ouvrant le voile de mon âme J’y brode mes secrets de femme Sous l’aile blanche de l’amour.

Je me souviens quand, sur la plage, Tu saluas notre village,

Tu descendais d’un vaisseau blanc, Tige française qu’on transplante, Et, comme une plante grimpante, L'amour vers toi prit son élan.

Dès lors attentive à te plaire, Tu fus mon étoile polaire Où s’orientèrent mes jours.

J’éprouvai du bonheur à vivre Et fis le rêve de te suivre

Dans un foyer, près des labours.

Lorsque sur l’onde qui se corse Tasse ton canot d’écorce Avec l’art d’un enfant des bois, En te voyant dompter la lame

Je souhaitai d’être la femme D'un beau Neptune né Gaulois.

Quand je te voyais à l’escrime De chacun faire une victime De ton fleuret toujours vainqueur, Je me disais que ten épée Etait digne d’une épopée, ** Et Mars triomphait dans mon cœur.

ED eur er prete PNR tte

Quand un jour, après les semailles, Germa la fleur des fiançailles, f:

Je sus qu’il est doux d’être aimé. F1 Et quand tu vins à disparaître Je sentis un vide en mon être

Et tout mon horizon fermé.

Avec Closse et de Maisonneuve Te sachant le gardien du fleuve Et la terreur de l’Iroquois; Je regarde avec espérance Ton sacrifice pour la France | Et ton dévoñment pour la croix...

Par ta vaillance et ton génie Tu sauveras la colonie.

Sur un socle monumental Je vois une race attendrie Te couronner pour la patrie Dans la gloire d’un pur métal. :

DOLLARD (à la fenêtre où il entraine Lucile).

nt Cu L'ONU

Nous nous promènerons dans cet azur sans voiles,

Loin de la terre du péché, Dans ce ciel où l’amour n’est jamais empêché,

Rat ge

LUOILE (tendant sa droite à Dollurd qui la baise.)

Libre comme une sœur de te suivre aux étoiles.

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