‹ Dolores drame en quatre actes en versChapitre 15 sur 100 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

FERNAND

Non — l’éclat, dans la force et dans la majesté !

La grandeur qui s’impose et commande qu’on l’aimet Un de ces fronts moulés au creux du diadème,

Et, comme une couronne à sa beauté sans prix,

Ce dédain formidable où les hommes sont pris!...

CÉLIO, frappant dans ses mains.

C’est la comtesse, alors! c’est Laura, cette belle!...

Tu vois qu’on en faisait un crayon très-fidèle!

FERNAND

Je vois que, par envie, on n’en dit point assez!

CÉLTO, stupéfait.

Comment! du premier coup, nous sommes dépassés?

Vive Dieu! pour un homme endurci dans la guerre,

Pour un cœur « si bronzé » tu ne te défends guère!... Crois-moi — c’est bien à tort que nous nous chamaillons, Ta main peut toucher l’aile à tous les papillons!...

FERNAND

Non, Célio — le feu qui brûle dans mes veines N’a rien de comparable avec ces langueurs vaines Et ces émotions qu’on se forge à vingt ans!...

L’été, couvert de flamme, a chassé le printemps!

C’est l’amour, aujourd’hui, sans mesure et sans trêve! C’est la réalité plus haute que le rêve!

C’est l’oubli, Célio, pour avoir vu ses yeux.

Des paradis d’enfance, aux horizons trop bleus!...

CELIO) vivement.

Tout beau! si c’est par là que vont tes rêveries,

J’ai regret, maintenant, de mes plaisanteries!

Oui — plutôt que d’entrer dans ce rude chemin — Épouse, camarade, épouse dès demain ;

Ton cœur n’est pas de ceux qu’on jette à l’aventure ! Souviens-toi du passé — songe à la vierge pure...

DOLOllLS.

FERNAND, l'interrompant.

Quoi! lu n’as pas compris que je suis arrêté Devant cette innocence et celte pureté,

Et que je ne veux pas lui porter, comme un traître.

Le mensonge d’un cœur dont je ne suis plus maître!... Assez ; l’oubli vaut mieux que tant d’abjection!...

CÉLIO

Si tu pouvais, du moins, changer de passion!

Si ton désir tombait sur des choses possibles!

Mais tu veux la plus fiêre, entre les insensibles,

Sans songer que quelque autre... aussi belle, vraiment.

FERNAND

A quoi bon? que m’importe une autre en ce moment?. L’éclat de son visage a fait mes yeux pleins d’ombre...

(Montrant la place où était Lanra.)

C’est un point qui rayonne— et tout le reste est sombre !.

(Avec désespoir.)

Pas un mot, cependant, pas un regard pour moi!...

CÉLIO

Cela m’étonne peu.

FERNAND, piqué.

Merci !

CÉLIO

Rassure-toi !...

On te l’a dit d’avance : elle est, pour tous, la même! Demande à d’Avilq — tu sauras comme elle aime !

Tu crois!...

FERNAND , avec anxiété.

CÉLIO

Je ne crois rien.

(Riant.)

Voilà ce que je crois!...

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