‹ Dolores drame en quatre actes en versChapitre 6 sur 100 · ACTE PR EM JEU · texte numérisé non relu

ACTE PR EM JEU

LEONORj arec gravité*

La cause est entendue — et la cour se retire,

(Appuyant.)

« Une seule! »

MANRIQUE, réclamant avec galanterie*

Mais moi, j’en sais d’autres à dire!...

UÉATRIX.

Sans doute, on peut lutter — quand elle n’est pas là !

Comment I

MANRIQCE.

UÉATBIX, souriant.

J’ai trop d’esprit, pour me cacher cela, Et vous n’attendez pas de moi cette folie De nier l’étendard où chacun se rallie!...

(Baissant un peu la voix.)

Seulement, la nature, à ne vous point mentir,

Devant un tel chef-d’œuvre a dû se repentir,

Et, voulant parmi nous l’attacher à la terre,

De quelques bons défauts lesta son caractère!...

(On rit.)

De là, cet équilibre, admirable en effet,

Entre son corps superbe — et son esprit mal fait.

Une âme venimeuse à sa beauté s’enlace,

Ses yeux seraient trop doux — sans l’orgueil qui les glace, Et Dieu qui veille encor sur notre humanité,

Au-devant de son charme a mis sa vanité!

CELIO y souriant. •

Ah! dona Béatrix, la peinture est chargée!

BÉATR1X, se tournant vers Cclio*

Qu’en savez-vous?... la ville est sous sa loi rangée;

Elle règne, aujourd’hui, sans contestation...

Posez une limite à son ambition,

Apportez — homme ou femme — un obstacle auprès d’elle. Vous qui plaidez sa cause en chevalier fidèle,

DOLORÈS

Et vous verrez, demain, le monde renversé Sous les convulsions de son orgueil blessé !

LÉONOR, avec ironie.

Pardon — mais, depuis peu, cet orgueil s’humanise!...

BÉATRIX

Pour qui?...

LÉONOR , à loil basse.

Pour d’Avila, cousin de la marquise...

— On le prétend, du moins...

BÉATRIX, arec force.

Moi, je vous dis que nonl Il est mieux vu qu’un autre, à cause de son nom,

Voilà tout. — Rien n’émeut cette froide statue Qui traverse l’amour, d’amiante vêtue,

Et se laisse adorer, sans remuer les yeux,

Dans l'immobilité qui n’appartient qu’aux dieux 1

CÉLIO

Convenons, sans vouloir nuire à votre épigramme,

Que son plus grand défaut — c’est son mari, madame I

LÉONOR, riant.

Le comte de Roxas n’a qu’un tort, entre nous.

C'est d’être assez naïf pour s’en montrer jaloux!...

FERNAND, bas à Célio.

Viens-tu par les jardins?... ces coups de langue intimes Vous font, sans qu’on y pense, adorer les victimes 1

CÉLIO, encore préoccupé de la discussion.

Va, j’v cours après toi.

FERNAND, s’éloignant, comme fatigué de toutes ces médisance*.

Quand tu voudras.

(Il sort par la droite.)

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