‹ Dolores drame en trois actesChapitre 4 sur 39 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

UOLOIIES, LUIZA, FORTUNÉ

litz*. Restez, mon ami... ( A Dnlores .) Il faut le faire causer un peu sur son maître...

DOLOUKS. Mais pourquoi?..

fortuné, n part. Il paraît que mon physique convient à la jeune Andalousc... Le* femmes sont connaisseuses dans tous les pays.

Llii7.\. Vous n’ètes pas Espagnol?.. ?.

fortuné. Nullement, mademoiselle , je voudrais faire parue de cette intéressante nation, que cela me serait impossible, vu que j 'appartiens au peuple le plus policé, le plus brave et le plus spirituel de ('univers.

luiza. Ah! vous êtes modeste...

FORTUNÉ. Modeste et Français... deux qualités inséparables.

t.ptz*. Je m’en aperçois... Du reste, si vous vantez votre patrie , tout-à-l'hcure VOUS vautiec aussi votre maître... ( A Uo- /ures.) Ecoute donc, ccci t’intéresse...

DQLOUi s , r hstraite. Mais non, je l'assure...

(Elle retourne U «a broderie.)

fortuné. Si je vante mon maître... le plus digne seigneur que le ciel ait répaudu sur La terre !..<

LUIZA. Vraiment?..

fortuné. Un maître que je servirais toujours à genoux... si ça n'était pas si gênant...

L0I7.*. Vous êtes donc bien beureux à son service?..

fortuné. Beaucoup trop beureux...

heureux que ça m’en chagrine horriblement...

LUIZA. Que voulez-vous dire?

fortuné. Ah dam! faudrait une explication, et ça vous eunuterait.

LUIZA. Mais au contraire...

FORTUNÉ. Alors vous saurez donc que je m'intitule Fortune ... c'est un nom français qui a été inventé par l’Académie pour signifier un homme.. . fortuné... ou comblé de tous les biens de la fortune...

luiza. J’entends.

fortuné. C est à 1 hospice des Ftifans- T couvés que me futdécerné ce beau nom...

J’eus donc une jeunesse très-misérahle...

jusqu’à ce tpte me dis : Ah çal mais, tu es fortuné ou tu ne l'es pas... Éu restant dans un si triste étal, tu fais mentir tou parrain... n’est-ce pas vrai, mademoiselle?..

LUIZA. Sans doute.

fortuné. Parbleu! m’ajoutai -je , en demeurant parmi ta charmante natton...

tu n’es qu’une perle perdue au milieu d'une foule d’autres perles... preuds donc une bonne résolution , voyage , émigre, exporte-toi à l'étranger... Je partis en qualité de simple vagabond.

uni A. Après?.. y;.

fortuné. Un jour... que j’étais à jeun depuis quatre... je m’étais couché dans un

fossé- de grande roule, commençant i espérer do mon heureuse étoile... q

à désquand

tout-à-ooup le ciel entendit mes prières...

je fus réveillé par de grands cris; je me précipitai hors de ma couche, et une chaise de poste , lancée au triple galop, vint me verser juste sur le corps... Ce fut mon premier bonheur!..

luiza. V o us appelez cela un bonheur?..

fortuné. Sans doute... car la voiture contenait un jeune seigneur espagnol, qui dans cette chute eut une épaule brisée; tandis que moi, je restai complètement intact... sans un ongle foulé. Le seigneur, c’était don Fernand, que j’aidai à transi porter, à soigner, si bien qu’il me prit à son service.., et comme vous le voyez, ce fut un malheur arrivé à mou maître qui fut cause de ma première félicité.

LUIZA. En effet.

fortuné. Eh bien!... mes bonnes demoiselles, depuis ce temps-ià, ça a toujours été de même... c’est une désolation

jours été île même... c est une désolation

mon maître et moi, nous ne pouvons jamais être beureux en même temps, noua avons toujours l’air de jouer à la bascule.

LUiz*. Eu vérité?..

FORTUNÉ. Oui, j ai toujours remarqué que chaque fois qu’il m'arrive quelque chose d’heureux, ça présage quelque chagrin pour lui... je suis sûr, quand je me porte très-bien, qu’il est en train d’être ■naïade. . . Le jour où il me paie mes gages, i ai toujours peur que quelqu’un ne lui fasse banqueroute. Enfin, je suis sur que

«igifÉqÉ by GoqJe

LE KARASIM niiTlAL.

«'il a le malheur de se marier, ce sera le jour où je deviendrai veuf.

DOLORES. Et don Fernand, croit-il comme vous à cette fatalité ?

fortuné. Lui, il se moque de moi.. . et pourtant ça n’a jamais manqué, meme dans le sens inverse... à preuve que je ne l’ai vu content qu’une seule fois, le jour où il retrouva un ancien ami, son unique, disait-il... Fallait voir comme il se jeu dansses brasen pleurant. .c’est sa manière de rire à lui... Eh bien! ce jour-là même, un gaillard qui m’en voulait me cassa trois dents... une U, dans le fond... et les deux autres dans la bouche du cheval que je monuis... c’était la joie de mon maître

qui me valait ça... . ,

DOLORES. Au moins, Fernand a-t-U trouvé un ami pour le consoler.

FORTUNÉ. Oui; mais le lendemain le juge condamnait celui qui m’avait frappé à me payer de bons dommages... et mon pauvre maître voyait tuer en duel le seul

homme qu’il aimât. ..

luira. Oh! c’est affreux!...

». TT n !

l’espère pour

nand. . ,, , .

fortuné. Excuses.., j ai du vous fatiguer, car je sens que j’en ai perdu la respiration...

LUIZA , allant prendre un flacon, th bien ! pour vous remettre, buves un verre de ceci...

FORTUNÉ. Comment, vous voulex?...

LUIZA. C’est d’excellent vin d’Alicante.

FORTUNÉ , retirant son verre. De 1 Alicante! „ . ,

LUiz\. Est-ce (jue vous ne L aimez pas .

fortuné. Au contraire, je l’adore!...

j’en rêve toutes les nuits...

LUIZA. Eh bien!...

FORTUNÉ. C’est que je crains pour monsieur le bien que ça me ferait. . .

LUIZA. Prend sans crainte, je vous assure que ses maux touchent à leur terme.

fortuné. Que le ciel vous entende.....

qu’il soit heureux!... j’en serai d’une joie., pourvu cependant qu il n aille pas jouir uune trop parfaite félicité... car enfin, il n’v a qu’une dose de bonheur pour nous deux... et s’il prend tout... (Il boit.) Dieu, que ça fait de bien... ah! ça m en fait trop je suis sûr qu’il arrive à monsieur quelque horrible infirmité... un coup d’air ou un rhume de cerveau... Je cours m’en assurer... je vous demande bien pardon, mesdames...

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