‹ Dom Garcie de Navarre, ou, le Prince jalouxChapitre 18 sur 60 · SCÈNE V DONE ELVIRE, DOM GARCIE · texte numérisé non relu

SCÈNE V DONE ELVIRE, DOM GARCIE

Done Elvire.

Vous avez bien voulu que je vous fisse attendre?

Ha! qu'elle cache bien !

On vient de nous apprendre Que le roi votre père approuve vos projets Et veut bien que son fils nous rende nos sujets, Et mon âme en a pris une allégresse extrême.

Oui, Madame, et mon cœur s'en réjouit de même; Mais...

Done Elvire.

Le tyran sans doute aura peine à parer Les foudres que partout il entend murmurer; Et j'ose me flatter que le même courage Qui put bien me soustraire à sa brutale rage, Et dans les murs d'Astorgue, arrachés de ses mains, Me faire un sûr asile à braver ses desseins, Pourra, de tout Léon achevant la conquête, Sous ses nobles efforts faire choir cette tête.

Le succès en pourra parler dans quelques jours;

Mais, de grâce, passons à quelque autre discours. Puis-je, sans trop oser, vous prier de me dire A qui vous avez pris, Madame, soin d'écrire Depuis que le destin nous a conduits ici?

Done Elvire.

Pourquoi cette demande, et d'où vient ce souci?

D'un désir curieux de pure fantaisie.

Done Elvire.

La curiosité naît de la jalousie.

Non, ce n'est rien du tout de ce que vous pensez : Vos ordres de ce mal me défendent assez.

Sans chercher plus avant quel intérêt vous presse, J'ai deux fois à Léon écrit à la comtesse, Et deux fois au marquis Dom Louis à Burgos. Avec cette réponse êtes-vous en repos?

Vous n'avez point écrit à quelque autre personne, Madame?

Done Elv.

Non, sans doute, et ce discours m'étonne. Dom Garcie.

De grâce, songez bien avant que d'assurer: En manquant de mémoire on peut se parjurer.

Done Elvire.

Ma bouche sur ce point ne peut être parjure.

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