ACTE IV, SCÈNE IX
Quelles tristes clartés dissipent mon erreur, Enveloppent mes sens d'une profonde horreur, Et ne laissent plus voir à mon âme abattue Que l'effroyable objet d'un remords qui me tue! Ah! Dom Alvar, je vois que vous avez raison; Mais l'enfer dans mon cœur a soufflé son poison, Et, par un trait fatal d'une rigueur extrême, Mon plus grand ennemi se rencontre en moi-même. Que me sert-il d'aimer du plus ardent amour Qu'une âme consumée ait jamais mis au jour, Si, par ses mouvements, qui font toute ma peine, Cet amour à tous coups se rend digne de haine? Il faut, il faut venger par mon juste trépas L'outrage que j'ai fait à ses divins appas. Aussi bien, quel conseil aujourd'hui puis-je suivre? Ah ! j'ai perdu l'objet pour qui j'aimois à vivre. Si j'ai pu renoncer à l'espoir de ses vœux, Renoncer à la vie est beaucoup moins fâcheux.
Dom Alvar.
Seigneur...
Non, Dom Alvar, ma mort est nécessaire : Il n'est soins ni raisons qui m'en puissent distraire; Mais il faut que mon sort, en se précipitant, Rende à cette princesse un service éclatant ; Et je veux me chercher dans cette illustre envie Les moyens glorieux de sortir de la vie, Faire, par un grand coup qui signale ma foi,
Qu'en expirant pour elle elle ait regret à moi,
Et qu'elle puisse dire, en se voyant vengée :
a C'est par son trop d'amour qu'il m'avoit outragée. »
Il faut que de ma main un illustre attentat
Porte une mort trop due au sein de Mauregat,
Que j'aille prévenir par une belle audace
Le coup dont la Castille avec bruit le menace;
Et j'aurai des douceurs, dans mon instant fatal,
De ravir cette gloire à l'espoir d'un rival.
Dom Alvar.
Un service, Seigneur, de cette conséquence Auroit bien le pouvoir d'effacer votre offense ; Mais hasarder...
Allons, par un juste devoir, Faire à ce noble effort servir mon désespoir.