‹ Dom Jean MabillonChapitre 26 sur 40 · PLACÉE EN · texte numérisé non relu

PLACÉE EN

DANS L*éai<ISE DE SAINT-PIERREMONT.

Monument de Mabillon érigé en 1878

DANS L'ÉaLISE DE SAINT-PIERREMONT

Caractère du Projet. — Décoration et textes gravés sur marbré. — Soascriptions. - Dépense. — Inauguration.

Mabillon recaeillit et composa une grande quantité d'insr criptions historiques ; il voyait en elles autant de docunxents précieux légués par l'antiquité et dignes d*un attentif respect. Mais avec son rare bon sens, qualité maîtresse de rérudit comme des autres travailleurs, il savait critiquer ^ Toccasion les textes inspirés par l'ambition ou la vanité; il voulait qu'on n'élevât un monument d'honneur « qu'aux personnages vraiment grands, dont les solides vertus avaient déjà illustré le nom mieux que le marbre et Tairain : « ....nisi aliud monumentum, quovis sere ac marmore per rennius, homines veris solidisquô virtutibus sibi ipai erir gère curent. Jter Italicum^ p. 176. » Mabillon a pleinement réalisé ce voeu que dans sa modestie il formait pour l«fl autres : il mérite donc, d'aprôs son propre jugementi les hommages de la postérité.

C'est dans l'église de Saint-Pierremont que Jean Mabillon fut baptisé le 25 novembre 1632, deux jours aprôs sa naisr sance, et c'est aussi dans cet humble sanctuaire qu'il fut instruit dans la foi chrétienne. Cet édiûce, qui n'a pas changé de caractère depuis cette époque, était naturellement désigné pour recevoir le monument du grand bénéf dictin.

Semblable hommage avait été récemment rendu dans les mêmes conditions , au savant moraliste , Jean-Baptiste Blanchard, de la Compagnie de Jésus, chanoine d'Avenay, né à Tourteron en 1731 et mort au même lieu en 1797. Une plaque de marbre, appliquée au mur du transept gauche de l'église de Touteron, y relate les dates de sa vie et la

mention de ses œuvres, suivies de textes sacrés : in diebus malis fldem servavit ; on lit au-dessous : A leur oncle la famille Dureteste. — Depuis vingt ans, René Billuart, orateur et théologien fameux de l*Ordre de Saint-Dominique, a un monument dans Téglise de Revin, solennellement béni par le cardinal Gousset.

L'Académie de Reims, sur la proposition d*un de ses membres correspondants, prit au mois de Décembre 1877 rinitiative d'un projet analogue pour MabîUon. Le conseil de Fabrique de Saint-Pierremont accepta avec reconnaissance la proposition, et déclara s'y associer. Le 9 janvier 1878, Mgr Langénieux, archevêque de Reims, autorisa rérection du monument avec une inscription à la mémoire de Mabillon dans Tintérieur de cette église, et désigna M. Tourneur, vicaire général, pour coopérer à l'œuvre et en approuver les détails. A la suite de cette décision, M. Guillaume, doyen de Buzancy, et M. Lourdet, curé de Saint-Pierremont, se joignirent à M. Loriquet, secrétaire général de l'Académie, et à l'auteur de cette Etude, pour mener Tentreprise à bonne fin. Il fut décidé que le monument aurait le Caractère de simplicité qui convient au souvenir de Mabillon, et que pour faire face au chiffre peu élevé de la dépense une souscription toute privée y pourvoirait. M. Loriquet travailla à la rédaction de l'inscription française; les autres membres du comité s'occupèrent à faire dresser un plan et à réunir les fonds.

Au mois d'avril, on adopta un projet dont le type fut emprunté au motif d'architecture qui orne le sommet du portail de l'Hôpital général de Reims, construction conçue dans le meilleur goût du xyii« siècle. Au milieu d'un simple encadrement en pierre formant bordure, une plaque de marbre noir porte Tinscription composée en français afln d'en rendre le sens accessible à tous. Sur le sommet, entre deux volutes, un cartouche ovale contient le profil sculpté des traits de Mabillon d'après la gravure de Simonneau ; au-dessous du marbre, un médaillon reproduit Técu de la Congrégation de Saint-Maur : la couronne d'épines entourant la devise pax accompagnée d'une fleur de lys et des

clous de la Passion. L'exécution de ce plan, qui demandait un goût ëclairë et sërieux, fut confiée à M. Bulteau-Jupin, sculpteur à Reims; on convint de donner au monument une hauteur totale de 2*05, sur une largeur de 1*25 et le marbre dut mesurer 1* de hauteur sur 0"70 de largeur ; on choisit comme caractères du texte les lettres du xtii* siècle afin de conserver à l'ensemble le cachet de cette époque : deux planches de ce volume en reproduisent l'aspect.

L'emplacement choisi dans l'intérieur de l'église fut le pilier voisin du sanctuaire : la disposition des lieux Ût désirer à M. le curé de Saint-Pierremont un ornement- semblable sur le pilier placé en face. Pour satisfaire k ce désir, un monument analogue à celui qui vient d'être décrit fut disposé comme pendant, mais, au lieu du portrait de Ma« billon, il est couronné par deux écussons accolés dans le cartouche supérieur : l'un aux armes de Saint-Remy de Reims, l'abbaye où Mabillon fit profession ; l'autre aux armes de Saint-Germain-des-Prés, l'abbaye où il mourut après un séjour de quarante-trois ans. Ces blasons se lisent ainsi : Saint-Remy « d'azur semé de fieurs de lys d'or à la croix d'argent brochante sur le tout, l'écu surmonté d'une colombe au naturel déposant sur la croix la Sainte Am-^ poule de sable. » ~ Saint-Germain-des-Prés « de France, à l'écu en cœur de sable chargé de trois besans d'argent 2 et i. > Sui le marbre, pour correspondre à l'inscription française largement détaillée, on en grava une autre sommaire en latin, destinée à rappeler au visiteur érudit l'exemple offert par la vie de Mabillon. En voici la traduction :

DOlf JEAN MABILLON REÇUT DANS CETTE éoLISE LA GRACE DU BAPTÊME ET Y FUT INSTRUIT DES VÉRITÉS DE LA FOI ; PLUS TARD, A REIMS ET A PARIS, DEVENU MOINE DE L'ORDRE DR SAINT- BENOIT, PRATIQUANT LA PAUVRETÉ, LA CHASTETÉ ET L^OBÉISSANCE, IL BRILLA PAR SON ÉRUDITION : SON EXEMPLE NOUS APPREND A AIDER RÉCIPROQUEMENT LA PIÉTÉ PAR LE SAVOIR, ET LE SAVOIR PRR LA PIÉTÉ.

SE SOUVENANT d'UN SI GRAND HOMME, SES COMPATRIOTES LUI ONT ÉLMVA CB MONUMENT, l'an DU 8BIGNBT7R 1878.

246 DOH HABILLON.

Afin de coavrir oette dépense qui n'avait pas été préyue, la Fabrique et les habitants de Saint-Pierremont se cotisèrent avec une louable générosité et ils réunirent les deux cents francs nécessaires pour parfaire le projet selon leurs vœux. A ce sujet la Fabrique sollicita un subside de cent francs du Conseil général des Ardennes, par la bienveillante entremise de M. Gustave Gobron, conseiller général de Buzancy; cette assemblée, dans la séance du 11 avril 1878, « tout en louant l'initiative de cette œuvre, mais soucieuse comme toujours des fonds départementaux, eut le regret de ne pas accueillir cette demande. » (ProcÔs-verbal de la session d'avril 1878, p. 165.)

Les fonds se trouvèrent atteindre un chiffre sufS.sant dans respace de quatre mois : le 24 mai 1878, l'Académie de Reims s'inscrivit pour une somme de cent francs au nom de tous ses membres. MM. les curés du canton de Buzancy formèrent entre eux une collecte à la demande de leur digne doyen. La Société Française d'archéologie, dans sa séance du 31 mai i878, vota une allocation de cinquante francs, « en s'estimant heureuse de concourir à perpétuer la mémoire d'un des plus illustres bénédictins que la France ait vu naître. » Par une délicate attention , la mémoire de Son Exe. Mgr Landriot fut généreusement associée à Tœuvre. M. Natalis de Vailly , originaire des Ardennes et membre comme Mabillon de l'Académie des Inscriptions, s'intéressa à l'entreprise et y concourut libéralement, aînsi que d'autres Ardennais et Rémois dont c'est justice de reproduire ici les noms avec reconnaissance.

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