‹ Don BoscoChapitre 101 sur 152 · SOUFFRIR EN AMANT - L'ÉVÊQUE DE LIÈGE. LES NOCES D'OR · texte numérisé non relu

SOUFFRIR EN AMANT - L'ÉVÊQUE DE LIÈGE. LES NOCES D'OR

L'Immaculée Conception! Quel sacrifice pour le pauvre Don Bosco que de ne pouvoir dire la sainte Messe ! Il entendit celle de son secrétaire et fit la sainte Communion.

La bonne humeur ne l'abandonne pas; à toutes les questions au sujet de sa santé, il affirme qu'il va très bien. Il plaisante agréablement ses douleurs , et parlant de son dos que la maladie courbe de plus en plus, il répète ces vers de la chanson piémontaise:

Oh schina, povra schina, T'as fin! d' porté bascina.

Oh! échine, pauvre échine,

Tu as fini de porter des fardeaux.

Il s'ingéniait constamment à nous mettre un peu de joie au cœur, cherchant à nous faire oublier que son état s' aggravait tout les jours.

Ce soir, il est d'une faiblesse extrême: deux prêtres ont grand peine à le conduire au réfectoire. Il n'a rien pris depuis deux jours.

Nous ne pouvions nous défendre d'une vraie tristesse dont il lisait l'expression sur tous les visages. Et ce bon Père, employant sa petite ruse de paternelle affection, se met à débiter en dialecte piémontais des vers qu'il avait composés pour encourager ses pauvres jambes, quand elles refusaient de faire leur devoir:

Oh gainbe, povre gambe, Che sie drite, che sie strambe, Sève sempre '1 mè confort Fina a tant qu' i sia nen mort.

Oh jambes, pauvres jambes,

Que vous soyez droites, que vous soyez tordues,

Vous devrez toujours me soutenir

Tant que je ne serai point mort.

Hier soir, l'Oratoire avait l'honneur de donner l'hospitalité à S. G. Mgr. Doutreloux, évêque de Liège, venu à Turin tout exprès pour obtenir en faveur de sa ville épiscopale une fondation Salésienne ardemment et depuis longtemps sollicitée.

Le Chapitre, réuni autour de Don Bosco le soir même de l'arrivée de Monseigneur de Liège, ne voyait d'autre solution à donner qu'un délai illimité; et notre vénéré Fondateur luimême, paraissait à peu près complètement de cet avis.

Le lendemain, 8 décembre, jour de l'Immaculée Conception, à la profonde surprise de tous, Don Bosco donne sa parole à son illustre visiteur, en fixant l'époque où les Salésiens se rendront à Liège. Quel est le mystère d'un changement d'avis si radical et si prompt, chez un homme qui eut toujours les détermination prudentes, mais immuables?

Faut-il en chercher la raison dans une échappée sur des vues ordinairement cachés aux conseils humains ? Dieu le sait.

Pour se rendre au réfectoire, Don Bosco, après s'être défendu contre les plus aimables instances, dut enfin s'appuyer sur le bras du vénérable Prélat. Cette pieuse attention , par laquelle Monseigneur de Liège se plaçait si délicatement au nombre des enfants privilégiés de la famille Salésienne, émut vivement notre bien-aimé Père ; il trouva, pour témoigner sa gratitude, un de ces mots dont il eut toujours le secret.

A la fin du repas, Sa Grandeur voulait de nouveau accompagner Don Bosco. Cette fois la tentative échoua ; et nous eûmes le ravissant spectacle d'une lutte où l'humilité du prêtre l'emporta enfin sur la tendresse toute filiale du prélat : l'édification commune n'y perdit rien.

Le son*, Don Bosco ne fit que paraître au souper et se leva bientôt pour regagner sa chambre: — Proies courage,

lui dit quelqu'un, il faut que nous voyions vos noces d'or. — En entendant ces paroles, Don Bosco s'arrête sur le pas de la porte, se retourne lentement, et, les yeux fixés sur son interlocuteur, répond: Oui, oui : on verra! Les noces d'or! Grosse affaire, grosse affaire!

0 décembre.

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