ARRIVÉE DE NOMBREUX ÉTRANGERS
Vers quatre heures de l'après-midi , l' affluence devenant plus considérable on dut ouvrir à deux -battants la porte eochère de .l'Oratoire pour faciliter la sortie. A partir de huit heures on refusa d'admettre les visiteurs qui continuaient à accourir; mais il fallut céder aux prières instantes de nombreux étrangers, venus de tous les points du Piémont. Le Supérieur ayant accédé à leur désir, ils purent pénétrer dans la chapelle et contempler une dernière fois les traits vénérés de Don Bosco; la mort n'avait eu encore aucune action sur ce visage : il était demeuré attirant et comme illuminé' par les joies d'un rêve céleste.
Tout ce monde aurait voulu visiter aussi le modeste appartement de Don Bosco: mais comment faire défiler 40,000 personnes à travers ces pauvres petites chambres ? Cette consolation fut donc le privilège spécial de quelques personnes isolées. Dans la grande église de Marie Auxiliatrice, des fidèles recueillis se succédèrent pendant toute la journée, offrant de ferventes prières pour l'âme de Don Bosco; au salut du T.-S. Sacrement, à 7 heures 1^2, cette édifiante démonstration s'accentua encore.
Le Cardinal Alimonda, Archevêque de Turin.
Un télégramme expédié de Gênes par S. E. le Cardinal Alimonda fut le dernier événement de cette journée de pieuse douleur. Le vénérable Archevêque exprimait son désir d'arriver à Turin le lendemain. Mais dans l'état où l'avait jeté la perte de son excellent ami, il ne lui était pas possible de prendre part aux funérailles.
L'adieu des fils.
De toutes les cérémonies accomplies dans ces jours de tristesse, l'adieu donné le soir de mercredi par les fils de Don Bosco à leur bien-aimé Père, a été la plus émouvante et la plus féconde en impressions inoubliables.
Vers 9 heures, tous les enfants de l'Oratoire se rendirent dans la petite église où était exposée la chère dépouille, et là, à genoux, ils récitèrent la prière du soir , celle que leur enseigna Don Bosco.
Puis, au milieu du plus profond silence, Don Francesia adressa à son auditoire toujours agenouillé quelques mots qui allèrent remuer jusqu'au fond de l'âme maîtres et enfants.
« Voyez-vous, là, devant vous, notre bien-aimé Père, avec » ce calme imposant du dernier repos, avec ce sourire qui est » resté sur ses lèvres ? On dirait qu' il veuille encore vous » parler, et vous attendez presque qu'il se lève et vous fasse » entendre par la dernière fois le son pénétrant de cette voix » si chère.... Mais non, c'est bien fini!.... Il ne peut plus vous » les répéter ces saints enseignements qu' il vous donna si * souvent.
« Et c'est moi qui dois vous laisser ce dernier souvenir. » Mais, dans ce Sanctuaire où Don Bosco s'est sacrifié pour » vous, que puis-je vous rappeler, sinon la dernière parole » qu'il nous a léguée pour vous: Dites à mes enfants que » je les attends tous en paradis. »
Pendant cette allocation bien courte, Don Bosco, dans la sérénité de la mort, paraissait bénir une fois encore la famille réunie autour de lui.
On eut de la peine à emmener les enfants dans leurs dortoirs: immobiles, vivement émus, ils paraissaient ne plus rien écouter, et ne pouvaient se résoudre à quitter ce si bon Père qu'ils ne devaient plus revoir ici-bas.
Lettre du Cardinal Alimonda.
Au soir de cette journée si émouvante, S. E. le Cardinal Alimonda, notre bieh-aimé Archevêque,, adressait à Don Rua l'admirable lettre qu'on va lire.
Personne n'ignore quelle paternelle bonté le Prince de l'Eglise a toujours témoignée à Don Bosco et à ses Œuvres; et nous ne prétendons apprendre à personne combien D. Bosco éprouvait de vénération et d'amour pour le premier Pasteur du diocèse:
« Très révérend et très cher Don Rua,
« Je crois inutile de vous dire quelle amère tristesse me
cause la nouvelle que m'apporte votre télégramme. Mon vénéré et cher Don Bosco n'a pas voulu attendre que je vinsse, une fois encore, lui baiser la main et me recommander à son intercession auprès de Dieu! Conformons-nous à la volonté du Seigneur.
« Je vous présente, mon T. B. et très cher Père, et en vous à toute la Congrégation Salésienne, mes plus vives condoléances.
« Bien que j'aie de fortes raisons de croire qu'il a déjà reçu la récompense de ses vertus et de ses immenses fatigues pour la gloire de Dieu, je vous promets d'unir mes prières à toutes celles qui de tous les points de l'Italie et du monde entier s'élèveront vers Dieu pour le repos de l'âme bénie de
votre Fondateur. Je vous embrasse dans le Seigneur, mon cher Don Rua, et je vous bénis, vous et vos confrères , en me disant plus que jamais, mon T. E. et très cher Père,
« Votre tout affectionné en J.- C.
« Signé: >%4 (tAétan, card. arch.
« Gênis, S. Francesco «l'Albaro, 31 janvier 18S8. »
Avant la Messe de funérailles.
Des prêtres de la Maison et des Coopérateurs Salésiens passèrent la nuit dans la chapelle ardente. A l'aube du jeudi, 2 février, le corps, revêtu des ornements sacrés, fut déposé dans un triple cercueil. Le premier est en chêne avec vis, poignées et ornements en bronze doré; sur le couvercle apparaît une grande croix. Le second est de plomb ; et le troisième , qui contient le corps, est en zinc, capitonné de soie.
On aurait dû le fermer complètement et souder le couvercle; mais on voulut attendre l'arrivée des Directeurs de France pour leur procurer la consolation de contempler une dernière fois les traits de leur Père bien-aimé.
Dès 8 h. 1[2, le vaste cours Eeglna Mar'gherita est sillonné par une foule considérable, se dirigeant vers l'église de N.-D. Auxiliatrice. Dans la rue Cottolengo, les gardiens de la paix, les agents de police et les gendarmes ont fort à faire pour opposer une digue à ce flot de peuple qui augmente à chaque instant. Le voitures ne peuvent plus avancer; et à la porte de l'Oratoire, les gendarmes ne réussissent qu' a grand peine à frayer un passage aux amis de Don Bosco, aux Coopérateurs et Coopératrices.
Sur le fronton de l'église, au milieu des draperies du deuil, une courte inscription apprend aux fidèles que des orphelins vont demander le repos du juste pour leur Père rappelé à Dieu.