SYSTÈME D'EDUCATION
à-dire, qu'on s'attache soigneusement à prévenir les fautes pour n"avoir pas à les punir.
Les prêtres formés à l'école de Don Bosco excellent dans l'application de cette méthode, tout imprégnée du pur esprit de Saint François de Sales : aimer les enfants , s'en faire aimer , n'est-ce pas le meilleur moyen d'en tout obtenir?
La clef de ce système est tout entière dans ces mots de saint Paul: Charitas ocnigna est, patiens est; omnia suffert . omnia sperat, omnia sustinet. — La charité est affadie . patiente; elle souffre tout, elle espère tout, elle supporte tout.
Le maître , visant toujours au cœur de l'élève, s'attache à prévenir la moindre défaillance; et, dans ces rapports où l'affection remplace la contrainte, une parole, un simple coup d'œil sont des reproches presque toujours suffisants. Les réprimandes sévères et les punitions deviennent inutiles.
Ce qui distingue, avant tout et entre toutes, les Maisons Salésiennes, c'est la voie de perfection chrétienne dans laquelle sont hardiment lancés tous ces enfants , et le bien énorme qui en résulte.
D'Espi>-ey — Don Bosco. t»
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Les enfants sont admis à la première communion de très bonne heure , selon la coutume primitive de l'Eglise. « Lorsqu'un enfant est capable de distinguer entre pain et pain, et qu'il possède une instruction suffisante , il ne faut pas avoir égard à l'âge , mais faire en sorte que le Roi des Oieux vienne régner dans cette âme innocente. » Presque tous ces enfants font la sainte communion tous les dimanches; un grand nombre, deux ou trois fois par semaine, et quelques-uns tous les jours.
« La fréquentation de la confession et de la communion, la messe tous les jours, sont les colonnes qui doivent soutenir l'édifice de toute éducation , si Ton veut en bannir les menaces et les punitions. »
Dans les Maisons de Don Bosco, les enfants ne sont jamais seuls. Chacun des ateliers est surveillé par un prêtre ou clerc , qui peut d'ailleurs , pendant ce temps , continuer ses études.
La même surveillance est exercée pendant les récréations, mais elle est bien douce; car, (V habitude les jeunes prêtres prennent une part active à tous les jeux. Il fut un temps où Don Bosco lui-même ne dédaignait pas de
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tenir sa place dans quelque superbe partie de barres ou de ballon, et cette tradition s'est soigneusement conservée.
En ce beau temps de jeunesse, il y avait des scènes charmantes , à V Oratoire. Voici comment Don Ballesio (1) en retrace le souvenir :
« Combien de fois je me rappelle Don Bosco doux et souriant au milieu de ses fils, sous les portiques ou dans la cour même , assis à terre, avec sept à huit cercles d'enfants tout autour de lui , comme des fleurs tournées vers le soleil, — pour le voir et l'entendre.
» Entrez, un peu après le repas, dans le réfectoire. Don Bosco, retenu par un continuel travail, vous y rejoint presque toujours tardivement, et seul, après les autres, le saint homme prend un peu de nourriture. Est-ce quelque chose de préparé pour lui, et qu'on lui aura réservé? C'est la nourriture des siens
(1) Don Ballesio, docteur en théologie et curé de iloncalieri, a été désigné par ses condisciples pour faire l'oraison funèbre de Don Bosco, au service que les anciens élèves de l'Oratoire ont organisé à la mémoire de leur Père bien-aimé. Cette oraison funèbre, qui retrace la vie intime de D. Bosco, est un vrai chef-d'œuvre, où la touchante vérité du sentiment revêt toujours la forme la plus exquise. Ces pages ravissantes seraient à citer toutes : c'est qu'elles font revivre, avec nn bonheur que l'affection seule explique, l'homme de Dieu maniant les âmes de ses premiers enfants, pour les orienter vers les splendeurs de la grâce et les délices de l'amour divin.
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qui , en surplus , sera peut-être réchauffée. Mais, ciel ! quel est ce tapage ? Le réfectoire est plein d'enfants; l'un joue, l'autre chante, l'autre crie. Celui-ci est droit sur ses pieds, celui-là est sur les bancs , cet autre sur les tables. Autour de Don Bosco est un amoncellement de têtes, à droite, à gauche, sur la table, en face de lui. Et, au milieu de ce bruit assourdissant , dans cet air échauffé , Don Bosco jouit de ses fils : à l'un une parole , à celui-ci une caresse , à cet autre un regard, un sourire ; tous sont joyeux, et lui plus joyeux encore. Même en mangeant, Don Bosco remplit sa mission sanctificatrice ; être avec les enfants est, chez lui, une sainte et irrésistible passion ; et je ne le vis jamais montrer d'ennui ou de trouble, sinon lorsque quelque visite, non nécessaire, venait lui dérober la douceur de ces familiers entretiens.
» Après qu'il avait passé la journée avec nous, terminé l'école du soir, celle de chant et de musique pour les uns , de grammaire et d' arithmétique pour les autres, à l' appel de la cloche nous nous assemblions pour la prière. Cher et sublime moment ! Mon cœur tressaille de la plus douce joie rien qu'à ce souvenir ! On entonne un cantique, et trois
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cents enfants forment nn cliœnr imposant qui s'entend au loin. On prie tous ensemble et à haute voix, Don Bosco agenouillé au milieu de nous sur le pavé de pierre. Combien il était beau et saintement illuminé , Don Bosco, en ces instants! La prière finie, il montait sur la petite tribune , et , à le voir apparaître ainsi avec un visage paternellement amoureux et riant tourné vers nous, on entendait de toute cette grande famille partir un souffle, une voix, un doux murmure, un long soupir de satisfaction et .de contentement. Puis un religieux silence, et les yeux de tous fixés sur lui. Alors, il donnait les ordres pour le lendemain, suggérait quelques avis utiles, et puis, comme un père à ses fils, il souhaitait la bonne nuit, souhait qui lui était rendu par un général, ardent et tendre salut de respect et d'amour. »
Cette coutume, de terminer la journée par une courte allocution, s' est perpétuée dans toutes les Maisons Salésiennes.
Xotre pauvre humanité regimbe contre la dure loi du travail, et cependant l'âme peut y trouver un milieu bien favorable à sa dilatation, quand elle n'est pas oublieuse d'ellemême.
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Ou rappelle aux enfants comment le travail des mains a été honoré et glorifié par Notre Seigneur Jésus-Christ , qui a voulu , dans sa vie mortelle, être un simple ouvrier. On leur parle de cet adorable modèle, et aussi de ce Père qui les recevra triomphants, dans le ciel, au sortir des peines et des fatigues de ce monde.
L'atelier chrétien devient véritablement un séjour de paix et de joie quand le travail, considéré à son vrai point de vue, est non seulement accepté, mais encore aimé et béni.
Munis d'une piété solide, tous ces jeunes gens peuvent ensuite aborder avec vaillance les difficultés de la vie, et suivre inflexiblement la ligne droite, ce qui est le meilleur et plus sûr moyen de réussir.
On évalue à environ trois cent mille le nombre des enfants sortis des Maisons de Don Bosco. La plupart sont restés dans les positions les plus modestes , ouvriers de diverses professions, mais quelques-uns cependant ont pu se créer des positions très honorables. On peut en citer qui dans le commerce, l'industrie, l'administration, la magistrature et l'armée ont conquis des places élevées.
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Ces anciens élèves sont dispersés mi peu dans toutes les parties du monde. Mais que la fortune leur ait souri ou qu'ils soient restés dans la condition la pins humble, ce qui ne varie chez aucun d'eux c'est l'amour qu'ils conservent pour la Maison qui les a élevés. Chaque année, ceux qui le peuvent ne manquent guère de venir y faire une retraite; Don Bosco et tous leurs anciens maîtres sont restés pour eux l'objet d'une vénération et d'une reconnaissance sans bornes.
Il ne faut pas oublier ce trait caractéristique: aucun de ces enfants n'a, jusqu'à présent, encouru de poursuites ou de condamnations judiciaires.
S'il est un fait éclatant, c'est que les Patronages et toutes les Maisons de Don Bosco rendent, aux pays qui leur donnent l'hospitalité, le plus grand et le plus signalé des services.
Des milliers d'enfants qui auraient été abandonnés aux hasards de la rue, et exposés à devenir l'écume de la société, sont transformés par la pieuse sollicitude de l'amour. On en fait d'utiles et honnêtes citoyens, des hommes de bien et de mérite. C'est ainsi que l'Œuvre Salésienne concourt , d'une façon certaine, à l'honneur et à la prospérité d'une nation.
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Pour avoir une idée complète de l'Œuvre de Don Bosco, il faudrait parler de toutes les Maisons qu'il a fondées. Des détails sur leur origine et leur fonctionnement seraient, à coup sûr, fort intéressants; mais cela nous entraînerait trop loin, et nous nous bornerons à une simple énumération.
Mentionnons, tout d'abord, que Don Bosco a édifié trois églises , d' une importance et d'une magnificence telles, que cet acte suffirait presque, à lui seul, pour glorifier la vie d'un homme.
La première est l'église de Notre-Dame AuxiMatrice, à l'Oratoire Saint-Erançois de
Sales (1868). Xous lui consacrerons un chapitre spécial.
La deuxième est celle de /Saint- Jean VJEvcmgéliste, également à Turin. Elle est située sur le Cours Victor-Emmanuel II, et elle s'élève sur l'emplacement où fut, primitivement, l'Oratoire de Saint-Louis de Oonzague. Ce quartier n'était, il n'y a pas très longtemps encore , qu' une réunion de fabriques et de maisonnettes, habitées par le bas peuple. De la Place d'Armes au Pô, sur une étendue de trois kilomètres, il n'existait pas une seule église. C'était d'autant plus regrettable que les Vaudois avaient ouvert , tout au milieu de cette population ouvrière, un temple, un asile et une école ; et la nécessité forçait les familles, même catholiques, à y envoyer leurs enfants.
Ce fut ce point que Don Bosco avait choisi pour y établir l'Oratoire de Saint-Louis, en 1817. On recevait là cinq cents enfants, mais le dimanche seulement; et l'étroite chapelle ne pouvait admettre que fort peu de personnes du quartier.
Cet Oratoire ayant été coupé en deux tronçons par le percement d'une rue, Don Bosco profita de cette circonstance pour réa-
User un projet qu' il méditait depuis longtemps: l'érection d'une vaste église.
S. S. Pie IX encouragea l'entreprise et la bénit ; et les dons charitables ne tardèrent pas à affluer.
La pierre angulaire fut placée le 14 août 1878, et l'église ouverte au culte en 1882.
Cette superbe église, de style roman-lombard, d'après les dessins du comte Mella, est dédiée à Saint- Jean l'Ëvangéliste , nom de baptême de S. S. Pie IX. Elle est comme un hommage de reconnaissance et d'honneur au Saint Pontife de l'Immaculée Conception, insigne protecteur de l'Œuvre Salésienne, qui aimait la chère famille de D. Bosco comme la 'prunelle de ses yeux.
C'est un monument d'une véritable valeur artistique, de grandes proportions et d'une remarquable majesté.
A l'église sont annexés de vastes bâtiments qui peuvent recevoir cent soixante internes. C'est là qu' est installée, en partie, l'Œuvre de Marie Auxiliatrice pour les vocations ecclésiastiques. Il y a, en outre, des classes et un externat.
Ce quartier s'est transformé, et il est devenu un des plus beaux de Turin.
La troisième église est celle du Sacré- Cœur de Jésus, sur le mont Esquilin, à Rome.
S. S. Pie IX avait acheté le terrain.
S. S. Léon XIII, après avoir posé la première pierre en août 1879, confia à Don Bosco le soin de continuer cette œuvre gigantesque; et, certes, la charge fut lourde pour ce pauvre prêtre, qui dut multiplier les quêtes, organiser des loteries, et déployer toute son industrie pour faire face à des dépenses énormes.
Enfin ce monument si grandiose a pu être consacré et ouvert au culte au mois de mai
Don Bosco a voulu compléter cette œuvre, en y adjoignant un Oratoire destiné à recevoir les enfants de toute nationalité, si nombreux à Borne. On travaille activement à terminer cet utile établissement.
Outre ces trois monuments hors ligne, Don Bosco a élevé beaucoup d'autres temples au Seigneur. Toutes les Maisons Salésiennes sont pourvues de chapelles , mais plusieurs d'entre elles possèdent de véritables églises, dont seraient fières bien des paroisses.
Les Maisons Salésiennes sont nombreuses en Italie. Outre celles de Turin, il en existe
à: Valsalice, S. Benigiio, Borgo S. Martino, Lanzo-Torinese, Matlii , Nizza Monferrato, Penango, Mogliano-Yeneto, Varazze, S. Pier d'Arena, Bordighera , Spezia, Lucca, Firenze, Faenza, Magliano-Sabino, Randazzo, Catania.
En France, des fondations importantes ont en lien. Ce sont : à Kice, le Patronage Saint- Pierre; à Marseille, Y Oratoire Saint-Léon et la Providence; à la Crau-d'Hyères, Y Orphelinat agricole de la Navarre; à Saint-Cyr (Var), Y Orphelinat agricole de Saint- Isidore, pour les jeunes filles; à Lille, Y Orphelinat Saint- Ga uriel ; à Paris (Ménilmontant), YOratoire Sain t - Pierre - Saint - Pa ul ; à Grevigney (Hante-Saône), un Oratoire agricole; à (ruines (Pas-de-Calais), une Maison pour les jeunes filles.
En Espagne : une Maison à Utrera, deux autres près de Barcelone.
En Autriche-Hongrie: un Orphelinat à Trente.
En Angleterre: la Maison du Sacré-Cœur de Jésus , à Londres, quartier de Battersea. Elle a été établie au milieu d'une population" ouvrière composée , presque aux trois quarts, d'Irlandais, et occupe remplacement
précis où existait autrefois le jardin de Thomas Morus.
En Belgique: une Maison va s'ouvrir, à Liège.
Dans l'Amérique du Sud, nous pouvons citer :
1. Vicariat de la Patagonie: Paroisse de Carmen (Patagones), Paroisse de Viedma, Pringies, Mission du Eio-Negro, Chubut, Colorado, Malbarco o Chos-Malal.
2. Maisons annexes du Vicariat de la Patagonie: Concepcion del Chili, Talca, Quito, (République de l'Equateur.)
3. Préfecture de la Patagonie méridionale: Missions de Santa Cruz, Missions de Punta Arenas, Missions des Iles Malouïnes et de la Terre de Peu.
4. Inspection Argentine. A Buenos- Ayres : église de la Miséricorde, Collège de St.-Nïcolas, Maison et Paroisse d'Almagro, Paroisse et Collège de Saint- Jean l' Evangéliste a la Bocca, Maison de Sainte-Catherine.
Collège de la Plata.
5. Inspection de VTJrugay et du Brésil. Collège de Colon (Montevideo), collège et paroisse de las Piedras, collège et paroisse de Paysandù, chapelle de N. S. delà Paz.
Au Brésil. Hospice de Sainte-Rose à Nichteroy, Hospice du Sacré-Cœur à St.-Paul.
L' Oratoire de Saint- François de Sales, à Turin , est resté le point central , et comme le cœur d'où la vie circule dans toute la Pieuse Société Salésienne. Notons que cet Oratoire réalise, dans son intégralité, ce fameux plan dont le seul énoncé avait autrefois fait taxer Don Bosco de folie.
Outre ses deux églises, celle de Notre- Dame Auxiliatrice, et celle de Saint-Erançois de Sales, il possède de vastes ateliers où les enfants apprennent diverses professions ; et de belles classes pour les étudiants.
Certes les bâtiments , construits en plusieurs fois et selon les nécessités du moment, ne brillent pas par une régularité parfaite; mais ils peuvent facilement recevoir, à titre d'internes, un millier de personnes.
Avec la sûreté de son coup d'œil , Don Bosco avait bien vite reconnu quel rôle immense joue la presse dans la société moderne, et quelle est sa puissance. Aussi, dès qu'il le put, il organisa une imprimerie.
Celle de l'Oratoire est fort importante: elle est pourvue de dix machines , et d' uu
outillage établi d'après les perfectionnements les plus modernes. Elle est complétée par une fonderie de caractères , et une fabrique de papier, celle-ci installée à Matlii (1).
Un nombre considérable d'ouvrages sont sortis de ses presses: les uns sont destinés à la propagande populaire et aux classes élémentaires, les autres fournissent de précieux matériaux aux étudiants des classes supérieures , aux prêtres et aux théologiens.
On s'occupe aussi de gravure et de cliromotypie, sans oublier la reliure. De véritables œuvres d'art ont été produites par ces divers ateliers.
Trois machines à gaz, d'une puissance totale de 25 chevaux environ, distribuent, dans toute la Maison, une force motrice habilement utilisée.
La boulangerie à vapeur et à pétrin mécanique produit, avec rapidité et économie, l'énorme quantité de pain consommée chaque jour (750 K>).
(1) D'autres imprimeries existent à San Pier d'Arena, à San Benigno- Canavese, à Nice, à Lille, à Barcelone, à Buenos- Ayres, à Nicteroy (Brésil), à Quito (Equateur).
Mais ce qui frappe le plus ceux qui visitent l'Oratoire, c'est certainement la sagesse, la docilité de tous les enfants.
Dans les ateliers, la tenue et la conduite sont irréprochables , et rien n' est édifiant comme l'aspect des classes et des études.
Il n'est guère possible de donner une idée de ce que sont les enfants à l'église. Il faut avoir assisté à ces ferventes prières, à ces innombrables communions, à ces élans de piété qui vous ravissent!
C'est à cet Oratoire de Saint-François de Sales, sa première Maison, que le bon Père Don Bosco a toujours résidé. Son appartement, situé au deuxième étage, avait vue sur une des cours, et, de ses fenêtres, il pouvait assister aux jeux des enfants pendant les récréations.
Il avait là deux chambres étroites, à peine meublées, précédées d'une salle d'attente. Il affectionnait particulièrement une petite galerie, exposée au midi, et sur laquelle s'ouvrait son cabinet de travail. 0' est là qu' il faisait quelques pas, au bras d'un de ses prêtres, alors que ses pauvres jambes lui refusaient leur service. Il se plaisait surtout à s'arrêter devant des cartes, appendues à la
muraille, et qui lui permettaient de suivre, aux confins de la terre, ses infatigables missionnaires. C'était sa dernière œuvre, celle pour laquelle il avait peut-être le plus de prédilection !
D'Espi>"EY — Don Bosco.
Les dernières années de la vie de Don Bosco furent marquées par de nombreuses et cruelles infirmités (1). Ce grand cœur, qui avait tant battu d'amour, perdit son ressort naturel; les jambes enflées et raidies rendirent la marche difficile, puis presque impossible. Malgré cet épuisement irrémédiable des organes, l'intelligence conserva, jusqu'à
(1) Pour les détails sur la dernière maladie et la mort de Don Bosco, voir l'appendice placé à la fin de ce volume. Nous avons tenu à respecter religieusement le texte du Bulletin Saléeien. C'est que ces pages d'une si touchante édification, joignent à leur titre de document authentique, le mérite inestimable d'avoir été rédigées sous l'impression des événements, par les enfants de la famille Salésienne. Exactitude, sobriété de la pensée et de la plume dans un récit qui est cependant complet, tout, jusqu'à la douleur contenue que l'on sent sous chaque ligne, est pour le lecteur une source d'émotions profondes et salutaires. Et comme il s'agit d'un saint, ces émotions deviennent fécondes on inspirations bénies: c'est un résultat qu'un remaniement quelconque, si nous avions pu avoir la pensée de le tenter, eût certaiment compromis et peut-être empêché,
MORT DE DOîï BOSCO 99
la fin, toute sa merveilleuse lucidité, et l'âme, préludant en quelque sorte à sa délivrance, prit un essor suprême qui lui permit, plus d'une fois, de percer les voiles de l'avenir.
Il est hors de doute que Don Bosco a connu le jour, et l'on peut dire l'heure de sa mort. Il savait quels étaient ceux de ses prêtres qui devaient l'assister à ses derniers moments, et lui fermer les yeux. Il a connu, par une révélation certaine, qu'après lui, sa bien-aimée Congrégation pourrait avoir à traverser de dures épreuves, mais que son triomphe serait définitif et éclatant.
Il a voulu finir ses jours à cet Oratoire de Turin qu' il a tant aimé , au milieu de ses prêtres et de ses enfants.
C'est le trente-et-un janvier 1888, à quatre heures trois quarts du matin, que le vénéré père est allé au ciel, recevoir sa couronne. Il avait soixante et douze ans, cinq mois et quinze jours.
Je renonce à peindre la douleur universelle; je renonce surtout à décrire cette profonde émotion qui souleva la ville de Turin, et amena un flot immense de peuple dans l'église de Notre-Dame Auxiliatrice , où le corps fut exposé. Allons chez Don Bosco, al-
Ions cliez Don Bosco!... tel était le cri qui retentissait de tous côtés.
On accourut des villes et villages environnants; puis des étrangers arrivèrent des contrées le plus éloignées.
Chacun voulait contempler, une dernière fois, ces traits chéris, faire toucher à cette main, qui ne pouvait plus bénir, des objets de piété, des chapelets, des médailles devenues, dès lors, de précieuses reliques.
Les obsèques donnèrent lieu à une démonstration populaire comme jamais on n' en avait vu à Turin : vingt mille personnes composaient le cortège, cent mille assistants formaient la haie. Ce fut une marche triomphale, une véritable apothéose !
On aurait voulu conserver Don Bosco dans son église de Notre-Dame Auxiliatrice. Mais le Ministre refusa cette autorisation, et le Vénérable Père dut être inhumé dans une autre de ses Maisons, à Valsalice, où est installé le Séminaire des Missions Salésiennes.
Lorsque les Prêtres et les enfants rentrèrent à cet Oratoire, où un vide aifreux venait de se faire, ils furent tout surpris de ressentir un calme inattendu; c'était comme une joie intérieure et inexplicable. Ils n' o-
saient pas s'avouer cette impression qu'ils se reprochaient; enfin ils finirent par comprendre d'où venait cet apaisement étrange : tous se trouvaient pénétrés de cette absolue et intime conviction que leur Père était dès à présent au Oiel, et qu'ils avaient désormais, en lui, un protecteur et un ami plus puissant encore que lorsqu'il était parmi eux.
Le jour où Don Bosco est mort, il n' y avait pas, à l'Oratoire, de quoi payer le pain du lendemain.
O sainte pauvreté ! ô pauvre Don Bosco !
Résumons à grands traits cette vie d'apôtre:
La Pieuse Société Salésienne;
Trois cent mille enfants recueillis et pieusement élevés;
Plus de six mille prêtres fournis à l'Eglise;
Quatre-vingt mille Coopérateurs ;
L' Institut des Sœurs de Ma rie A u.rilia trice;
Jj Œuvre de Marie Auxiliatrice pour favoriser les vocations ecclésiastiques.
De nombreuses églises édifiées; deux cent cinquante oratoires, orphelinats, refuges, col-
lèges, séminaires, etc. ouverts en Europe et eu Amérique.
Les missions de ht Patagonie et de la Terre de Feu ;
La parole de Dieu retentissant aux extrémités de la terre;
Vingt mille sauvages baptisés.
Voilà ce qu'a accompli le petit berger des Alpes !
In vitâ sua suffulsit domum, et in diebus suis corrobora/vit templum (Ecoles, iv, 1).
zr.