PREFACE
à condition toutefois qu'il soit réglé, se restreigne sagement à un genre bien défini d'occupations et s'y applique avec esprit de suite et vigueur.
Don Bosco, lui, n'entend pas de cette oreille : prédication et confession ne lui suffisent plus; aumônier d'un établissement de jeunes filles, il met son bonheur à traîner à sa suite, dans les rues de la ville, des petits vagabonds et vauriens de toute espèce ; il rêve d'établir, dans des bâtiments édifiés par lui, une imprimerie ; il parle d'entreprendre des missions lointaines... en un mot, rien ne le déconcerte. Ne serait-ce pas rendre à l'Église un véritable service que de tracer des limites précises à un zèle trop entreprenant pour être entièrement selon Dieu?
Don Cafasso, souriant, écoutait avec le plus grand calme ces représentations qui, sous une forme ou sous une autre, lui arrivaient assez fréquentes ; puis, invariablement, il répondait d'un ton grave et avec un accent presque prophétique: Laissez-le faire, laissez-le faire!
Personne, à Turin, ne refusait à Don Cafasso comme une sorte de discernement des esprits: il en avait fait preuve bien des fois et dans des circonstances souverainement délicates: mais on était tenté de croire
riiEFACE XI
que, pour Don Bosco . ce sens surnaturel pourrait bien être quelque peu en défaut.
Et tout ce monde de revenir à la charge avec une persévérance et un luxe de considérations qui témoignaient au moins d'un soin extraordinaire des intérêts de Dieu.
Don Cafasso, à qui ces démarches réitérées de personnages influents , révélaient peut-être des mobiles moins élevés, se montrait toujours affable, bon, accueillant, mais toujours aussi concluait par ce mot devenu célèbre: Laissez-le faire!
Un jour cependant, il se départit de cette réserve mystérieuse, et prononça quelques paroles, profondes, sans aucun doute , mais de nature a éclairer d'un jour particulier l'existence sacerdotale de son pénitent. — Savez-vous bien qui est Don Bosco? Pour moi, plus je J'étudie et moins je le comprends. Je le vois simple et extraordinaire: humble et grand : pauvre et travaillé de vastes pensées, de projets en apparence irréalisables... ; et avec tout cela, constamment traversé dans ses desseins et comme incapable de mener à bien ses entreprises... Pour moi, Bon Bosco est un mystère. Si je n avais la certitude qu'il travaille pour la gloire de Dieu, que Dieu seul le conduit, que Dieu seul est la fin