SI TU N'ES PAS FOU, ETC
Il était profès depuis douze ans , quand ses Supérieurs durent lui rendre sa liberté, pour que sa pauvre tête pût reprendre son équilibre : il était fou.
Le bon Dieu , après avoir ainsi donné raison à Don Bosco, guérit l'imprudent, qui vit encore.
On affirme qu'il ne s'est pas risqué, une seconde fois, à choisir, lui-même, sa vocation.
Nous avons dit à quel point Don Bosco maltraitait son pauvre corps, se privant de la dose de sommeil qui lui aurait été absolument indispensable. Mais souvent la nature s'insurgeait, et elle reprenait ses droits, sans s'inquiéter si le moment était bien ou mal choisi.
Un soir, — c'était la veille d'une grande fête, — il était près de minuit, et D. Bosco était au confessionnal depuis six heures. Un grand nombre d'enfants attendaient encore leur tour. Or, il arriva que le sommeil s'étant imposé avec une autorité souveraine, la tête du bon Père vint doucement s'appuyer sur celle du petit pénitent qu'il tenait sur sa poitrine, — selon le touchant usage que les Salésiens ont conservé.
L'enfant fut d'abord un peu surpris, puis charmé de sentir son front toucher celui de Don Bosco. Il se garda bien de faire le moindre mouvement; mais, comme cette immobilité se prolongeait , le confesseur et le pénitent se mirent à dormir à qui mieux mieux.
Les autres enfants, rangés en cercle autour du confessionnal, ne comprenaient rien à ce long et extraordinaire recueillement, qui finit par se communiquer à la petite assemblée. Bref, tout le monde s'endormit aux pieds de Don Bosco.
Vers deux heures du matin, un mouvement de Don Bosco, vint changer la scène : le jeune pénitent , réveillé , put assister au petit lever de ses camarades, et le bon Père envoya tout le monde au lit , remettant au
lendemain matin la continuation active
cette fois, de la séance.
Don Bosco aimait à raconter ce trait, qui ne manquait pas d'amener , sur ses lèvres , ce bon sourire si connu.
Comment les Enfants de Don Bosco se comportèrent pendant une épidémie de choléra
Au mois d'août de l'année 1854 le choléra éclata à Turin et répandit la consternation dans la ville. Les quartiers pauvres furent les plus maltraités; le Valdocco surtout fut cruellement atteint , et l'Oratoire était environné de malades et de mourants.
Comme les hôpitaux devinrent insuffisants, on forma des lazarets. Mais il était difficile de trouver des personnes qui voulusseut se consacrer aux soins des malades.
Don Bosco, avec plusieurs de ses prêtres, se voua tout aussitôt à l'assistance des cholériques. Puis , en présence de la grandeur du mal , il n'hésita pas à faire appel à ses enfants, exprimant le désir de voir quelquesuns d'entre eux l'aider dans cette œuvre de miséricorde.
Quatorze enfants donnèrent immédiatement leurs noms; puis trente autres, peu de jours après.
Si l'on considère la jeunesse de ces enfants et la terreur, bien naturelle, qu'inspirait ce fléau , on admirera leur généreux courage.
Jour et nuit, ils se mirent à aller où il était besoin de secours, frictionnant les cholériques, leur donnant les soins les plus vigilants et les plus attentifs, et faisant toutes les fonctions d'infirmiers.
Beaucoup de malheureux habitants du Valdoeco, visités par l'épidémie, se trouvaient dans un état de dénuement complet. Aussi la bonne Madame Marguerite se mit-elle à vider les armoires de la maison : draps, couvertures, chemises... tout y passa. Chacun voulut ne conserver que ce qu'il avait sur le dos et la garniture de son lit ; et encore cette literie fut-elle, plus d'une fois, réduite à une simplicité par trop élémentaire.
Un jour , un enfant vint implorer un drap pour un malade couché sur le plus misérable grabat. Madame Marguerite avait fouillé coins et recoins sans rien trouver , lorsqu'elle avisa une nappe, échappée, on ne
sait comment , à la distribution générale : — Tiens, mon garçon, prends ; voilà tout ce qui reste à la maison. Et l'enfant , joyeux , partit comme une flèche pour envelopper douillettement, dans cette belle lingerie, son pauvre protégé.
Pas un seul des enfants de l'Oratoire ne fut atteint du choléra. Cependant, à la fin, ils ne prenaient plus aucune des précautions qui leur avaient été indiquées.
Il est vrai que Don Bosco, dès le début de l'épidémie, avait offert sa vie pour celle de ses enfants. Le Bon Dieu ne voulut pas accepter cette offrande du pasteur , mais il protégea le jeune troupeau.
POURQUOI DON BOSCO ne savait plus le DE PROFUNDIS
En 1854, Don Bosco présidait, à Lanzo, mie retraite suivie par beaucoup de messieurs de Turin. On était à l'église pour la prière du soir; Don Bosco la récitait à haute voix, avec cet accent de piété qu'on ne pouvait plus oublier , lorsqu'on l'avait entendu lin seule fois. Il commençait le deuxième verset du De profundis quand, tout à coup, il s'arrête immobile et comme saisi , en même temps que son regard semble suivre quelque chose qui parcourt l'église, dans le sens de sa longueur.
Au bout d'une minute environ, il pousse un soupir , baisse de nouveau les veux , et cherche à reprendre sa prière. Il ne réussit qu'à balbutier , embrouillant tout , mêlant l'italien au latin. Enfin ,. il y renonce , et coupe court par un signe de croix résolu.
Le lendemain, ses jeunes clercs l'entourent, et le plaisantent doucement: — Don Bosco qui ne sait plus sa prière!
Comme l'un d'eux, plus avisé, finit par demander la cause de cette distraction, Don Bosco répondit : « Au moment où je disais /Si iniquitates , j'ai vu deux flammes partir de l'autel. Sur Tune d'elles , j'ai lu le mot Hérésie ; sur l'autre Mort ; et comme elles se dirigeaient vers le fond de l'église, je les suivais du regard, avec une anxiété facile à comprendre.
« Elles se sont posées sur la tête de deux personnes, que j'ai parfaitement reconnues , à la lumière de ces flammes.
« Priez, mes enfants ! vous verrez bientôt la réalisation de ces menaces. »
Peu de temps après un grand négociant de Turin , véritable notabilité catholique , passait au protestantisme avec un éclat scandaleux ; et , un peu plus tard , eut lieu la mort d'un autre retraitant de Lanzo.
D'EsriXEY — Bon Bosco. 14-
Comment Don Bosco fit faire une promenade aux jeunes détenus de la prison de Turin
Les soins constants que réclamait l'Oratoire ne faisaient pas oublier à Don Bosco d'autres œuvres de charité, notamment la visite des prisons.
Il aimait à s'occuper tout spécialement des malheureux jeunes gens et enfants qui y étaient détenus en grand nombre , et les résultats qu'il obtint devinrent, plus d'une fois, une grande consolation pour son cœur de prêtre.
Ainsi , après une certaine retraite qu'il prêcha, il y eut une communion presque générale.
Emerveillé des bons sentiments que lui manifestaient ces enfants, il résolut de leur procurer, comme gage de satisfaction, quel-
que importante douceur matérielle, et il pensa immédiatement à une promenade.
Quand on est jeune , la privation de la liberté et du mouvement n'est-elle pas la plus dure et la plus insupportable des punitions! Une bonne course à travers champs, une journée passée en plein air: voilà qui ne pouvait manquer d'être joyeusement accueilli.
Don Bosco va donc trouver le directeur de la prison, et il lui expose sa requête avec une grande simplicité, et comme ia chose du monde la plus naturelle.
Il demandait la permission de conduire les enfants à la promenade. On partirait le matin et l'on rentrerait à la nuit: il aurait le plus grand soin d'eux tous.
A cette proposition hétéroclite, le directeur bondit de surprise: — Mais, monsieur l'abbé, pensez-vous donc que les soldats du Roi n'aient pas d'autre besogne que celle d'aller promener de tels garnements, et ignorez-vous que je suis responsable de toute évasion1?
— Qui vous parle de soldats , monsieur le directeur'? Je me charge de tout. Il n'y aura aucune évasion, et je m'engage à vous ramener fidèlement les enfants que vous aurez bien voulu me confier.
Comment se décida-t-on à accorder cette étrange permission? Elle dut être soumise au ministre Ratazzi , et il faut croire que Don Bosco avait des secrets pour lever certains obstacles.
Le jour indiqué, le départ eut lieu après la messe. Trois cent cinquante enfants et jeunes gens sortirent de prison, en bon ordre, guidés par Don Bosco, calme et souriant.
Le château royal de Stupinigi avait été choisi comme le but de l'excursion. Deux lieues et demie pour l' aller , autant pour le retour, ce n'était pas trop pour dégourdir ces jeunes jambes après une longue réclusion.
Décrire la joie qui épanouissait tous les visages est impossible. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on ne put constater l'ombre d'un désordre ; pas un dégât ne fut commis, pas un fruit ne fut dérobé.
Leur grande préoccupation, à tous, c'était de regarder avec attendrissement leur Père, et comme ils le virent un peu fatigué de la marche , en un clin d'œil ils eurent chargé sur leurs épaules les provisions que portait un âne, attaché à la caravane par les soins de Don Bosco; celui-ci dut monter sur l'a-
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ninial , que deux enfants tinrent soigneusement par la bride.
Le soir, le directeur constata, en faisant l'appel , que tous les enfants étaient venus se faire réintégrer dans la prison, et qu'il n'en manquait pas un seul.