‹ Don BoscoChapitre 68 sur 152 · DE LA GUEEISO^, ETC · texte numérisé non relu

DE LA GUEEISO^, ETC

siasme, que la présence de Don Bosco, à St.-Pierre d'Arène, lui avait rendu sa femme et la paix du cœur.

Mais l'influence de cette guérison s'étendit plus loin.

La ville en fut profondément remuée, et il s'opéra une transformation complète dans les esprits.

D'éclatantes conversions se produisirent; l'église se remplit de nouveau, et les retours furent si nombreux, que trois vicaires durent venir en aide au bon curé, dont le cœur débordait de joie.

Bientôt on compta dans cette ville une fondation Salésienne de plus. On offrit à Don Bosco une maison , où affluèrent de nombreux enfants. Une grande église a été érigée et ouverte au public, dans laquelle dix prêtres Salésiens travaillent, avec de grandes consolations, au bien des âmes.

Il faut noter ce fait, que l'hospice de Saint- Vincent de Paul, de Saint-Pierre d'Arène, et son église , sont situés précisément au milieu des loges maçonniques , — flambeau éclatant qui dissipera les ténèbres souterraines.

UN JSSTROPÏÉ

Le matin du 4 juin 1874, jour de la Eête- Dieu, au moment où l'on ouvrit l'église de Notre-Dame Auxiliatrice à Turin, on trouva, couché à terre, devant la porte du milieu, un individu qui paraissait infirme.

On lui demanda ce qu' il voulait. Il répondit qu'il était venu implorer la bénédiction de Notre-Dame Auxiliatrice pour sa guérison.

On le conduisit alors à la sacristie, ou plutôt on l'y porta ; car, malgré une forte béquille dont il usait, il fallut qu'un homme le soutînt péniblement , tant il avait les membres retirés et contractés, outre qu'il était presque courbé en deux.

Les prêtres étaient occupés aux confes-

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sions, ou à leurs messes. Vers Luit heures, Don Bosco entra à la sacristie.

— Que désirez-vous, uion ami ?

— Je demande, par charité, la bénédiction de Marie Auxiliatrice pour guérir de mes maux.

— Quel mal avez- vous?

— Je suis tout perclus par des rhumatismes qui m'ont retiré les membres ; les médecins disent une affection de l'épine dorsale.

— Comment ayez-vous pu venir ici ?

— Cette nuit, une personne m'a conduit dans sa voiture et m'a déposé à la porte de l'église.

— Depuis combien de temps vous trouvez-vous dans cet état?

— Il y a beaucoup de temps; mais depuis deux mois je ne puis plus me servir de mes mains.

— Que disent les médecins?

— Qu'ils ne peuvent rien pour moi. Alors des parents, des amis et le curé de ma paroisse m'ont conseillé de venir implorer la bénédiction de Marie Auxiliatrice, qui a fait tant de guérisons surprenantes.

— Mettez-vous à genoux.

D'Esi'Iney — Don Bosco. tîii

Il ne put y parvenir qu'avec l'aide des assistants et non sans peine.

D. Bosco lui donna sa bénédiction. Puis :

— Si vous avez la foi en Marie, ouvrez la main.

— Je ne puis pas.

— Si , vous pouvez ; commencez par étendre le pouce.

Il essaya et réussit.

— Maintenant, l'index.

Il l'étendit , et ainsi successivement les autres doigts.

Alors, tout joyeux, il fit un grand signe de croix en s'écriant:

— La Madone m'a fait cette grâce.

— Si la Madone vous a fait cette grâce, rendez gloire à Dieu en vous mettant sur vos pieds.

Il voulut prendre sa béquille pour se relever, mais Don Bosco:

— Vous devez donner ce signe de confiance à Marie de vous relever sans béquille.

Ce qu'il fit tout aussitôt. La courbure de l'épine avait disparu ainsi que la contraction des jambes et des bras; il se dressa et se mit à marcher , à grands pas , à travers la sacristie.

— Mou ami! vous allez maintenant témoigner votre reconnaissance à la Sainte Vierge en faisant une génuflexion devant l'autel du Saint-Sacrement.

Ce qu'il exécuta avec la plus grande facilité :

— Mon Dieu, mon Dieu ! Et dire qu'il y a si longtemps que je ne me suis pas servi de mon corps et de mes membres! Bonne Yierge Auxiliatrice, priez pour moi!

— Mon elier ami, promettez-moi qu'à l'avenir vous aurez une grande dévotion à la Sainte Vierge, et que vous serez un bon chrétien'?

— Je le promets, et je ferai , dimanche prochain, la confession et la communion.

Et ce disant, il prend sa béquille, se met au port d'armes comme si elle eût été un fusil et, d'un air délibéré, marquant le pas à la façon des militaires, il part sans pins rien dire à personne.

On croyait qu'il allait revenir, au moins pour adresser des remercîments au bon Dieu. Mais le brave homme avait eu la bénédiction de Notre-Dame Auxiliatrice, il avait obtenu sa guérison ; il jugea sans doute que sa campagne était finie, et on ne le revit plus.

La première Maison Salésienne établie en France le fut à Nice, en 1871.

Jamais fondation ne débuta pins modestement et pins pauvrement. On avait loué, rue Victor , deux ou trois petites chambres dans un rez-de-chaussée: il serait mieux de dire une cave. C'était la Société de Saint- Vincent de Paul qui payait le loyer.

Les enfants ayant afflué, on dut bientôt se préoccuper de trouver un local plus grand et plus convenable.

Après divers essais, comme on avait reconnu la nécessité d'acheter une maison , Don Bosco vint à Nice, et on le conduisit, sur la Place d'Armes, visiter une villa qui était à vendre.

Don Bosco se contenta d'entrer dans la première cour, et dans une des pièces du rez-de-chaussée ; puis , sans examiner autrement la maison , il se retira en disant : — Cela peut nous convenir.

Le marché fut immédiatement conclu, à quatre-vingt dix mille francs. — Mon Père, lui dit alors l'avocat Michel , n'allez-vous pas un peu vite? Il nie semble que vous auriez pu, pour commencer, vous contenter d'un immeuble de moins d'importance ! Comment allez-vous faire : vous n'avez pas seulement de quoi payer les frais d'acte?

— C'est vrai, Don Bosco n'a rien ; mais il pense que, les frais d'acte payés, il pourra rester encore environ douze mille francs.

L'avocat Michel ne paraissait pas avoir une confiance absolue dans cet état de caisse.

Sur ces entrefaites, Mgr. Mermillod vint à Mce, et il voulut bien donner un sermon de charité en faveur de l'Œuvre naissante.

On y accourut en foule.

On rapporte que, pendant que l'illustre Prélat énumérait, avec sa merveilleuse éloquence, ce que l'Œuvre Salésienne avait déjà accompli en Italie , Don Bosco , exténué , s'endormit quelque peu. Mais il se réveilla

au moment opportun , et fit lui-même la quête, qui rapporta cinq mille francs.

D'autres dons arrivèrent et, peu de jours après, on put passer l'acte d'achat. Les frais d'enregistrement payés, il se trouva que l'on avait en caisse douze mille francs.

Le Patronage Saint-Pierre, de Nice, rend aujourd'hui d'immenses services. Il peut donner asile à près de trois cents enfants , et fonctionne d'après les pures traditions Salésiennes...* y compris la pauvreté la plus évangélique.

Un jour , un enfant se présente au Patronage Saint-Pierre de Nice, et demande à y être admis. On le conduit à Don Bosco qui se trouvait précisément être arrivé la veille.

Don Bosco l'examine avec un tendre intérêt. C'était un petit musicien des rues, à la mine éveillée. Il avait, sous le bras, un mauvais violon qui était toute sa fortune.

— D'où es-tu, mon ami?

— Je ne sais pas.

— D'où viens-tu?

— Je ne sais pas.

— Et tes parents, où sont-ils?

— Je ne sais pas : je ne les ai jamais connus.

— Et où vas-tu?

— Je ne sais pas.

— Eli bien! mon petit ami, je sais que tu as toutes les qualités requises pour entrer chez Don Bosco ; et il commanda qu'on l'admît immédiatement.

Cet enfant est devenu un excellent et honnête ouvrier.

Comment le Comte Cays entra dans les ordres à soixante-trois ans

C'était un homme d'une vive piété eé d'un grand amour pour les pauvres. Devenu veuf, et son fils unique marié, il voulut, au déclin de sa vie, se consacrer tout entier aux bonnes œuvres, et il consulta Don Bosco sur la meilleure direction à prendre : — Faites-vous prêtre Salésien, lui fut-il répondu.

Cette décision le surprit; il ne se sentait pas précisément de vocation, et commencer, à soixante-trois ans, des études pour la prêtrise lui paraissait au delà de ses forces.

Cependant , comme il avait une grande vénération pour Don Bosco , il médita ses paroles et finit même par se familiariser quelque peu avec cette nouvelle perspective.

Mais la nature regimbait , et il se donnait de bonnes raisons pour ne pas s'exécuter: — Après tout, qui nie prouve que Don Bosco ne se trompe pas? Certainement il a des lumières, mais le grand désir qu'il a de recruter des prêtres pour son Oratoire ne l'entraîne-t-il pas à quelque exagération! Je ne puis prendre à la légère un parti aussi grave. îsous verrons.

Un matin, — c'était le 23 mai 1877, veille de la fête de Notre-Danie Auxiliatrice , — il se rend à l'Oratoire , comme il le faisait souvent.

L'antichambre de la petite salle où. Don Bosco donnait ses audiences était pleine de monde. Le comte Cays se mit à son rang, et son attention fut immédiatement attirée par ses deux voisines, qu'il se prit à considérer avec une curiosité émue.

C'était une femme du peuple, et sa fille âgée de dix à onze ans. La pauvre enfant , que la mère tenait sur ses genoux , glissait à chaque instant, comme une masse inerte, tombant tantôt d'un côté tantôt de l'autre; et de grosses gouttes de sueur inondaient son visage.

Comme l'attente se prolongeait, la mère

finit par se lever , et , avec un gros soupir , elle se dirigea vers la porte de sortie , soutenant sous les bras sa fillette dont les jambes fléchissaient, et qui marchait avec la plus grande difficulté.

Ce que voyant , les assistants demandèrent à cette femme pourquoi elle se retirait sans parler à Don Bosco.

Hélas! répondit-elle, je ne puis attendre plus longtemps ; ma fille souffre trop, et voici l'heure à laquelle je dois absolument rentrer. Cependant je n'aurais pas été longue : je voulais seulement demander à D. Bosco la charité d'une bénédiction de la Sainte "Vierge pour ma pauvre enfant.

Et elle raconta que sa fille, atteinte de terribles convulsions, était restée paralysée à la suite d'une de ces crises. La main droite était sans aucun mouvement, et les jambes si affaiblies que, sans aide , elle ne pouvait se tenir ni debout, ni même assise. A cette infirmité s'était jointe, depuis un mois, la perte complète de la parole. En effet , aux interrogations qu'on lui faisait , elle ne répondait que par quelques signes de tête, et elle était dans l'impossibilité de prononcer un seul mot.

Alors les personnes présentes furent touchées de compassion; d'un commun accord, elles décidèrent qu'on céderait la première place à cette intéressante malade et qu'elle passerait tout aussitôt.

Il était évident pour tous que , sans un miracle, cette pauvre enfant ne pouvait être guérie , au moins immédiatement , et une pensée soudaine vint à l'esprit du comte Cays.

Elevant son âme vers la Très Sainte Vierge, il la pria de le rendre témoin d'une grâce éclatante , qui deviendrait comme le signe sensible de la réalité de sa vocation ; et alors il n'hésiterait plus.

Quelques instants après, la jeune fille et sa mère sont introduites dans la salle d'audience. Elles y restent douze ou quinze minutes à peine; puis la porte s'ouvre, et elles reparaissent accompagnées de Don Bosco.

La mère pleure à chaudes larmes, mais c'est de joie. La jeune fille, transformée, marche sans peine et prononce, à haute voix, ces mots : La Sainte Vierge vient de me faire la grâce.

Grâce complète , car les jambes avaient repris toute leur force, le bras paralysé avait

recouvré l'entière liberté de ses mouvements, et la parole était revenue.

Une guérison aussi singulière leva tous les doutes du comte Oays, et il devint prêtre de l'Oratoire de St.-François de Sales (1).

Quant à la jeune fille, Joséphine Longlii, qui avait été le sujet de cette faveur signalée, elle se consacra plus tard à Celle qui l'avait guérie. Elle est membre de la Famille Salésienne comme Fille de Marie Auxiliatricc.

(1) Le 4 octobre 1882, le Seigneur a rappelé à lui Don Charles-Albert Cays, comte de Giletta et do Caselle, ancien député au parlement Subalpin, puis prêtre Salésien.

Don Bosco, étant à Rome, traversait un jour le Corso, accompagné de son secrétaire, lorsqu'un Colonel en tenue l'aborde:

— Monsieur l'abbé, n'êtes-vous pas Don Bosco?

— Pourquoi cette question?

— Je vous demande si vous n'êtes pas Don Bosco?

— Mais encore faudrait-il savoir...

— Enfin, monsieur l'abbé, êtes-vous, oui ou non, Don Bosco?

— Je suis, en effet, celui que vous demandez. Don Bosco avait des raisons pour n'être

pas entièrement rassuré sur les motifs d'une telle investigation , faite d'ailleurs d'un ton assez brusque.

Mais à peine a-t-il dit son nom, que le Colonel, en pleine rue, se jette à ses pieds, lui prend les mains qu'il embrasse: — Oh! mon bon Père!

Colonel, qu'avez-vous ? que faites-vous?

— Mais, mon bon Père, vous ne reconnaissez donc pas le petit orphelin que vous avez recueilli à..., lorsque, à la mort de ses parents , il se trouvait au milieu de la rue, seul, sans ressources, ne sachant que devenir. Pendant six années, vous lui avez donné asile, vous lui avez servi de père et de mère, et vous ne voulez pas qu'il vous dise sa reconnaissance !

— Tiens, c'est toi, petit gamin ! fait Don Bosco en souriant, et lui donnant une tape sur la joue. Il parait que tu n'as pas mal fait ton chemin dans le monde?

— Oui, en sortant du Patronage, je me suis engagé. Grâce à l'instruction que vous m'aviez fait donner, je suis devenu assez vite officier, et me voilà Colonel.

Il ne voulut pas quitter Don Bosco sans avoir obtenu la promesse formelle qu'il viendrait dîner chez lui le lendemain.

Il lui présenta alors sa femme et trois beaux enfants. C'était un heureux ménage , et Don Bosco rendit grâces à Notre-Dame Auxiliatrice de la protection visible qu'elle avait accordée à l'un de ses orphelins.

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