RETARD DES COURRIERS
blâmèrent cette mesure extrême ; ceux-ci trouvaient Philippe II sage, ceux-là le jugeaient sévère, disant « qu'il n'y avait pas loin de son sourire à son poignard * ; » les plus prudents se turent. Le roi ne pouvait imposer silence à ces discours qui gênaient sa politique mystérieuse, mais il voulut au moins que les grands, les villes d'Espagne et les cours étrangères fussent informés par lui-même, et non par la voix publique, de sa résolution dernière. Dans la matinée du 19, il donna ordre d'empêcher tous les courriers de quitter Madrid. L'ambassadeur de France fut prié de retarder l'envoi d'une dépêche qu'il devait expédier ce jour même, jusqu'au moment oîi le roi en permettrait le départ; la reine Isabelle écrivit au baron de Forquevaulx « qu'il importoit beaucoup au roy que l'arrestation du prince ne se divulgast sitost * ». Le nonce nous apprend de même que ses lettres pour l'Italie furent retardées et que le roi se réserva d'écrire le premier au pape les détails de ce grand événement ^, Les secrétaires du cabinet préparèrent leurs dépêches, et seulement quatre jours après, le 22 janvier, le roi laissa les courriers ordinaires porter au loin la nouvelle qui devait si vivement émouvoir l'opinion publique àe l'Europe *.
i. « Unos leUamaban prudente, otros sevoro porijue su riso y cuchillo eran confines » Cabrera, loco cit.