‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 142 sur 199 · ESPINOSA ET LE NONCE 2S · texte numérisé non relu

ESPINOSA ET LE NONCE 2S

Notre-Seigneur l'a comblé *. » Le nonce, médiocrement satisfait de ces termes vagues et de ces pieuses considérations, désirait fort en savoir davantage et, sans avoir Tair d'interroger : « Le bruit court, insinua-t-il , que le jeune prince a conspiré contre la personne du roi son père. — C'est une erreur, répondit Espinosa ; si la personne du roi eût été seule en péril, il se fût tenu sur ses gardes et il eût suivi d'autres voies. Mais la circonstance est plus grave, si elle peut l'être. Sa Majesté a cherché, depuis plus de deux années, remède à cette situation, mais les choses n'ont fait qu'empirer malgré ses efforts. On n'a jamais pu affermir ni régler cette cervelle, de telle sorte qu'il a éténécessaired'en venir aux extrémités *. » Ces derniers mots parurent suffisamment clairs au nonce, d'autant plus que leur triste signification était d'accord avec l'opinion générale. Dans sa dépêche du 4 février suivant, il expose très nettement sa façon de voir : « Son entendement est

1. « Vole ancora ch'io sappia che la causa per la quale s'è mossoa far questo effetto, è solo l'iiaver S. M. voluto piû presto haver riguardo al servizio di Dio, alla conservazionc fVilla religione, de' regni e de' vassali suoi che alla carne e sangue suo proprio, e che ha voluto sacriflcare per il predetto servitio 1' unico suo fjgliuolo, perché non poteva far altro se non voleva esser troppo ingrato delli beneficij que N. S. 11 fa di continuo. » Dépêches raanuscr.du nonce, 24 janvier 1568.

2. «... Si va dicendo per tutto che ciô è di questo giovanehavesse pensato contro la persona delre suo padre, ripose che questo estava il nianco. perche se non fosse altro pericolo che délia persona del re si sarebbe guardato ô rimediato altrimente, ma che cï6 é di peggio, puô essere, che S. M. la cercato per ogni via di rimcdiare giâ doi anni continui, perché vedeva pigliarsi la mala via, ma che non ha mai potuto fermare né regolare questo cervello, finché ô bîsognato arrivare a questo. » Ibid.

iFoublé, dit-il, et, d'autre part, on a découvert par ses papiers son intention de quitter TEspagne ^. » — •f Le roi peut venir à mourir, ajoute-t-il plus loin ; devait-il laisser le gouvernement à un prince faible d'esprit^? » Le sentiment du nonce est donc manifeste : c'est l'intelligence déréglée de don Carlos et ses desseins funestes qui ont justement effrayé le roi.

Ruy Gomez dut parler aux ambassadeurs laïques', notamment à l'envoyé de France, qui raconte en ces termes à Charles IX son entrevue avec le ministre : • Sire, désirant le roy Catholique qu'il ne soit donné à entendre à Votre Majesté que la vérité de ce qui est advenu sur le prince son fils, il m'a faict dire par Ruy Gomez qu'il y a plus de trois ans que le roy s'apercevoit bien que le dict prince estoit encore plus mal composé de son cerveau que de sa personne, et qu'il n'auroit jamais l'entendement bien rassis, ainsi que ses actions depuis ençà journellement l'ont donné à connoistre par expérience, ce que Sa Majesté a longtemps dissimulé, espérant que les ans lui amèneroient sens et discrétion, ce qui a succédé au contraire, car il est allé tous les jours en empirant. De manière qu'ayant perdu entièrement l'espérance que son (ils devinst sage et digne de la succession

1. «... Egli non ha cervello né sano intelletto e a questo aggiunfTcranno altre cose clie diconoapparireper proprie scritture sue, cioè cl'haver havuto aniino di fuggire.» Jbid.

2- « ... Se il re veniendo a raorir, lasciasse il govemo a questo intelletto si debole et infermo. » Ibid.

3-. « Desjà le lundy matin dont il avoit esté arrestéla nuit, il le déclara à celluy (l'ambassadeur) de l'Empereur, car c'est le plus intéressa. » Dépêches manuscr. de Forquevaulx, ti janvier 1568.

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