SERMENT ROYAL
ladolid et d'un secrétaire du saint-ofûce. La princesse Jeanne et don Carlos se levèrent : le prince se découvrit. L'archevêque portait la croix, l'inquisiteur un missel, le secrétaire un parchemin où était écrite la teneur d'un serment. La princesse et l'infant, étendant la main sur la croix et sur le missel, répétèrent l'un après l'autre ces paroles solennelles : a Je jure, comme prince catholique, d'user de tout mon pouvoir, et cela durant toute ma vie, pour défendre, conserver et accroître la foi catholique de la sainte mère l'Église apostolique de Rome, de poursuivre les hérétiques et les apostats ses ennemis, de donner toute aide et toute faveur nécessaires au saint-office de l'inquisition, pour que les hérétiques, perturbateurs de la religion catholique, soient punis et châtiés selon les décrets et canons apostoliques, sans exception aucune et sans acception de personnes *. » Lorsque ces paroles eurent été prononcées, le secrétaire monta à une petite chaire, et dit : « Écoutez, voici le serment des sérénissimes princes,
1 «... El arzobispo de Se villa subio al trono con uno de los inquisidores de Valadolid y un secrctario... Ilevantâronse los principes de sus sillas y cstando en pié y don Carlos quitada la gorra sobre una cruz y misai juraron : « que como catdlicos principes defenderian con su poder y vidas la Fé catolica que ténia y créa la santa Madré Iglesia apostulica deRomay laconservacion y aumento délia, perseguirian los hereges y apostatas enemigos délia, darian todo favor y ayuda necesaria al santo oficio de la inquisicion y à sus ministres pai'a que los hereges perturbadores de la religion cristiana fuesen puni dos y castigados conforme â los decretos apostolicos y sacros canones sin que huviese omission de su parte ni acepcion de persona alguna. » Tuvieron en sus manos, miéntras el juramento se hizo, la cniz ol arzobispo y el misai cl inquisidor. Lorenzo Van den Hammen et Illescas, loco cit.
nos seigneurs, » et il en lut la formule à rassemblée. L'archevêque alors dit à haute voix : « Que Dieu protège Vos Altesses et leurs royaumes. » Gela fait, on lut l'énoncé des charges qui pesaient sur chaque pénitent et la sentence du saint-office; puis ils furent abandonnés au bras séculier *.
Caçalla, qui devait être exécuté le premier, ne montra devant la mort ni dignité ni courage. Comme il était prêtre il fut dégradé par don Pedro Gasca, évêque de Placencia, qui assistait l'archevêque de Séville, puis on lui mit la corde au cou e^ la coroça sur la tête. Dès qu'il fut coiffé de cette mitre redoutable, ce même homme qui avait abandoané avec tant d'éclat les principes de l'Église catholique, et que son éloquence avait fait le chef des réformés de Valladolid. fut saisi, en présence de la mort, de ce délire qui étourdit les consciences timides et ne laisse plus sensibles à l'âme que les épouvantes de la chair. Il s'écria, au milieu d'un torrent de larmes, qu'il avait agi par malice et par ambition, qu'il avait rêvé les triomphes de Luther, et dans ce seul but avait mis en avant des opinions nouvelles : il se tourna vers son disciple Herreçuelo et s'efforça de le convertir *. Sa rétractation enfin
i. « ... Entonces el arzobispo en voz alta dijo en agradcciinionto y satisfaccion : Prospère Dios à Vuestras Altozas y sus Estados. Hecho osto, y aviéndose leido las culpas de todos y sus sentencias, fueron relajados al braço seglar. » Ibid.
â « ... Degradado priinero por don Pedro Gasca, obispo de Placencia, que asistia coino ordinario al auto... luogo que Caçalla se vi<5 con la coroça en la cabeça y dogal al cuello... confeso pùblicamente averle hecho desvanecer anibicion y malicia, y que su lintento avia sido turbar el mundo, parcciéndolc séria en medio de ainquietud pùblica sublimado y adorado de todos en Espana como
SUPPLICE DE CAÇALLA ET D'HERREÇUELO 39
fut complète, et peut-être espérait- il arracher par la pitié sa grâce aux impassibles spectateurs de son désespoir : ses paroles sur l'échafaud lui valurent seulement une mort plus douce ; il ne fut point brûlé vif, mais étranglé par le garrot, et ses restes furent livrés aux flammes. Ajoutons que le vieux chroniqueur, considérant combien la miséricorde de Dieu est grande, nous laisse espérer que Gagalla fut sauvé dans l'autre monde *. L'exemple de cette fin toucha, paraît-il, les autres condamnés, qui témoignèrent du repentir et évitèrent comme lui le supplice du feu, bien qu'ils fussent, dit le soupçonneux historien, plus effrayés que convaincus 2. Seul, Herreçuelo demeura ferme : il résista aux discours de Caçalla, dont il dut considérer la faiblesse avec un superbe mépris, et fut brûlé vif sans qu'on vît s'émouvoir un seul instant sa volonté implacable^. « Je me trouvais si près de lui, raconte un témoin oculaire, que je vis tous ses mouvements. Il ne put parler, parce qu'à cause do ses blasphèmes, il avait été bâillonné; mais, bien qu'il ne se plaignît pas et ne manifestât pas sa douleur, il mourut ayant sur le visage la plus étrange expression de désespoir que j'ai jamais vue*^. >
en Saxonia Lutero... procurd convertir despucs deste al misérable Herreçuelo. » Ibid.
1. «... Sino a. juzgar, mediante la misericordia de Dios, se salvd.» Lorenzo Van den lïammen, ibid,
2. « Todos se retrataron à voces, aunque algunos lo hicieron mas |>or temor del fuego quepor otrobuen respeto. » Ibid,
3. « ... Solo el bachiller Herreçuelo estuvo pertinacisimo y s« <lexô quemar vivo con la mayor dureza que jamas se vid. » Hlescas, loco cil, Lorenzo Van den Hammen, loco cit,
4. « Yo me halle tan ccrca del que pudo ver y notar todos sus
Quand Taulo-da-fé fut terminé, il était cinq heures du soir. Il y avait dix heures entières que la famille royale, les ministres, les chefs de la noblesse, les plus éminents prélats et une foule considérable se repaissaient de ce spectacle monstrueux. Il y avait dix heures que les cris des victimes, leurs larmes, leur agonie, l'agitation de l'assemblée, les clameurs, les lueurs des flammes, toute cette cérémonie lugubre s'imposaient à l'esprit de l'enfant royal, maigre, pâle, débile, assis sous le dais de velours et promenant des regards mornes sur la place où triomphait dans le feu et le sang le redoutable esprit du siècle. Que sentait-il, que pensait-il à cette vue? Question insoluble que, malgré soi, l'historien se pose: joie sinistre? pitié cachée? indifférence sombre? Autour de lui, et consacrant ces meurtres par leur présence, tous ceux qu'il devait aimer et respecter, sa tante, les conseillers de la couronne, ses gouverneurs ; en face de lui, des tortures imméritées qu'on lui disait justes, et des bourreaux qu'on lui représentait comme bénis par Dieu. Quel bouleversement des notions du vrai et du bien dans ce jeune esprit incertain au milieu de ces ténèbres I
Si du reste le peuple de Valladolid avait pris goût à ce spectacle, il dut être satisfait. L'inquisition lui en promit un autre pour un temps prochain *. Le
meiieos. No pudo hablar, porque por sus blasphcmias ténia una mordeza en la longua... Note mucho en él que aunque no se quexo ni hizo extremo ninguno con que mostrasse dolor, con todo eso murid con las mas estrana tristcza en la casa de quantas yo he visto jamas. » Illcscas, loco cit.
1. Il eut lieu après le retour du roi, le 8 octobre do la même
LETTRE DOSORIO 41
saint tribunal, encouragé par la cour, devait agir désormais avec un redoublement d'énergie. Osorio, dans la lettre où il rendait compte au roi de l'autoda-fé du 21 mai, se flatte qu'un tel châtiment et ceux qui suivront purifieront le royaume d'Espagne. Il ne peut que féliciter grandement l'archevêque de Séville, les inquisiteurs et les prélats : ils ont fait leur devoir avec beaucoup de zèle; ils ont travaillé vigoureusement, comme il convenait au service de Dieu et du roi *. Quant à la famille royale, après avoir pieusement assisté à ce spectacle, elle passa la semaine en exercices religieux. Le jour de la Fête-Dieu, le prince et sa tante accompagnèrent la procession du saint sac^ment. Le dimanche de l'octave, 28 mai, ils entenuirent à Saint-Paul le sermon solennel avec leur dévotion accoutumée ^.
année. L'année suivante (1560) il y en eut encore quelques autres de moindre importance à Valladolid. lUescas, loco cit.
1. « Harâde haccr otro auto presto dealgunos que quedan presos... esto castigo temâfuerza para que estos reynos tengan la limpieza que V. M. desea .. lo han hecho muy bien y trabajado grandemente como convenia al servicio de Dios nuestro Sefior y al de V. M. » Lettre d'Osorio à Philippe II, mai 1559. Arch. Sim. Est., leg. 137.
2 «... El dia de Corpus Ghristi fueron SS. AA. â laiglesia mayor y acompafiaron el santisimo sacramento toda la procosion, y el domingo de la otava hicicron el mismo oficio à San Pablo, donde se hizo una solene procesion, y hubo un solene sermon, y â todo se hallaron SS. A A. con la devocion y amor que suclen. » Lettre d'Osorio, ibid.