CHAPITRE XV
égard que la lettre du roi et le langage de don Juan de Zùrïiga ; il y trouvait bien des bruits, des rumeurs, des conjectures, mais tout cela était vague, sans consistance: en outre, les paroles énigmatiques du président d'Espinosa à l'archevêque de Rossano (') étaient de nature à autoriser les suppositions les plus étranges. C'était donc en vain que Zùniga s'attachait à lui représenter les imperfections naturelles et la conduite du prince comme ayant seules motivé la mesure rigoureuse dont il venait d'être l'objet : ces explications ne le satisfaisaient point, et il déclara sans détour à l'ambassadeur qu'il désirait être éclairci de la vérité par le roi lui-même Q.
Philippe songeait précisément alors à s'ouvrir d'une manière plus intime au pape. Le 9 mai, il lui écrivit, de sa main, la lettre dont l'absence dans les Archives de Simancas me causa tant de regrets, lorsque, il y a vingt ans, je visitai ce célèbre dépôt ('): qui a été sans succès recherchée depuis au Vatican, et qu'enfin, sur les indications fournies par le R. P. Theiner, préfet des archives pontificales, à mon savant confrère M. de Ram, j'ai pu emprunter, sinon dans son texte primitif, au moins en une traduction latine, aux Annales ecclésiastiques de Laderchi. Le cardinal Ales-
(') Voy. p. 509.
(*) « .... Como hnn sido tantos los discursos que sobre este negocio se ban hecbo en todo el mundo,... querria el papa sober, por carta de Vuestra Majestad, la verdad.... « (Lettre de don Juan de ZiiSiga à Phibppe II, du 28 avril 1568 : .Arcb. de Simancas, Estadn, leg. 906.)
(') Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, t. I,
p. XXXII.
sandrino, secrétaire d'Etat de Pie V, en avait gardé l'original : Laderchi , ayant eu accès à ses papiers , l'y rencontra et en enrichit son livre ('). La lacune qui existe aux archives du Vatican est ainsi expliquée. Mais comment se rendre compte de celle que présente la collection des papiers d'État de Simancas? Faut-il croire que Philippe II, après avoir écrit la Jeltre, en retint la minute? ou qu'elle fut soustraite du negociado de Rome par Antonio Perez , qui l'avait rédigée? L'une et l'autre hypothèse est admissible.
Les termes suivants, dans lesquels Philippe annonçait à son ambassadeur à Kome l'envoi de cette lettre, avaient fait conjecturer qu'elle lèverait tous les voiles dont était restée couverte laffaire de don Carlos : t( J'écris de ma main à Sa Sainteté ce que vous verrez u par la copie ci-jointe. J'ai cru devoir ra'expliquer « si particulièrement avec elle sur ce cas du prince, « afin qu'elle connaisse à fond ce qu'il en est, qu'il u ne lui reste aucun doute là-dessus, et qu'elle ferme c( l'oreille aux autres choses qui se débitent. Quoi- «I qu'il ne s'agisse pas, quant à présent, de faire une « telle déclaration à d'autres, il est juste et conve- « nable quau saint-père je marque celte confiance, « et que je lui parle avec celte clarté ('). » On va
(') « .... Benevoii palris justis petilionibus anouit piissimus lex, ad eum scripta, manu sua, epistola, quam ex proprio originali exscriptam, tamquam veritalis irrefragabile tesUmouium, hic damus.... » [Annales ccclcsiastici, t. XXIII, p. 1 Ki.)
(") i> A Su Saiitidad scrivo de mi maiio lo que vereis por la copia de la caria que junlamenle coti ella se os embia. Hàme parccido declararme