‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 118 sur 156 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

La naliire vainquit don Carlos, et la faim fut plus forte que sa résolulion : il mangea ('). 11 arriva alors que sa santé devint meilleure qu'elle ne l'était auparavant: car, comme il avait le corps plein d'humeurs, par suite des désordres de bouche auxquels il se livrait d'habitude, cette abstinence prolongée qu'il venait de s'imposer produisit sur son organisme des effets salutaires (-).

Les prévisions du roi se trouvaient ainsi réalisées. Pour montrer, dune manière plus manifeste encore, qu'il était peu louché du désespoir de son fils, il fit, le 2 mars, un règlement destiné à assurer mieux la garde du prince, en déterminant avec précision et minutieusement les devoirs de ceux qui y étaient préposés: ils n'avaient eu jusque-là que des instructions verbales. Ce règlement portait 0 :

Que Ruy Gomez aurait grand soin de tout ce qui concernait le service du prince, sa table, ses vêtements, la propreté de sa chambre :

Que lui et les gentilshommes placés sous ses ordres traiteraient le prince avec le respect qui lui était dû ;

Que le prince ne pourrait sortir de sa chambre, dont

(') « .... Finalmeule, astretto dalla famé, si pose a mangiar.... » (Lettre deCavalli, du 24 juillet.)

(^) « .... Si avide che quesla grande inedia li haveva giovato, perché havendo lui un corpo pien di humori grossi per li molli disordini che faceva, .con la dieta si veuero a consumar e risohere.... » [Ibid.) — « Ledict prince se porte bien de santé, mais très-malade de contentement.... » (Lettre de Fourquevaulx, du 26 mars.)

(^) Dans l'édition française de VHisloire de l' inquisition, àe Llorkme, t. !11, pp. 103 et suiv., ou trouve une traduction de ce règlement, mais elle est faite avec une grande négligence.

la porte serait, le jour et la nuit, enlre-bâillée et non fermée ;

Qu'aucun autre que les six gentilshommes désignés, le 2o janvier, pour le garder et le servir, n'entrerait dans sa chambre, sans la permission expresse du roi, à l'exception du médecin et du barbier, quand on les appellerait, ainsi que du montero chargé du service subalterne ;

Que le comte de Lerma, ou, à son défaut, un autre desdits gentilshommes, dormirait dans la chambre du prince ; qu'ils veilleraient à tour de rôle ; que tous seraient présents jusqu'à l'heure du coucher, afin que, si l'un d'eux était envoyé quelque part, les autres demeurassent ;

Que les ordres du prince seraient exécutés, mais quïl ne pourrait recevoir ni donner de message hors de sa chambre sans lautorisation du roi ; qu'il ne pourrait non plus faire de demande étrangère au service de sa personne: que, dans le cas où il voudrait parler de son affaire, on ne lui répondrait point, parce que cela serait inutile et pourrait nuire('), comme le lui feraient observer Ruy Gomez etlesdits gentilshommes, quand il entamerait un pareil sujet ;

Que les paroles qui se prononceraient dans sa chambre devraient être entendues de tous les présents ; qu'on ne pourrait rapporter au dehors rien de ce qu'il ferait ou dirait sans la permission ou l'ordre du

(') t. .... EscusandoparticularmclUe las(pralicas)desu négocie i causa en que no se avrà de responder à lo que quisieresnlier, porque nn s<i-ia do efclo i podria danar.... «

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