‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 12 sur 156 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

« les recevoir en grâce, encore qu'ils se soumettent, à c( moins qu'ils ne témoignent un sincère repentir et « une obéissance absolue à ce que Sa ^lajesté jugera à « propos de leur prescrire : par là une crainte salutaire « sera imprimée aux vassaux des autres royaumes

. « qui seraient tentés de les imiter Le feu de la

« sédition aurait été éteint dès le principe, si l'on « n'avait eu égard à tant de raisons alléguées par le « souverain pontife, par l'empereur, par d'autres ce potentats et par la gouvernante : car, supposé même <( que le peuple eût eu des griefs fondés, du moment (c quïl se soulevait, il n'y avait pas à hésiter, il « fallait châtier son insolence, afin qu'il ne s'habituât « pas à obtenir par l'émeute ce qu'il prétendrait « injustement. Le secours des lois et des ministres c( ordinaires serait tardif: les circonstances réclament

* (( des ministres extraordinaires et qui agissent avec c( célérité. L'ordre à tenir dans cette guerre doit faire « l'objet d'instructions écrites, et il est nécessaire d'en « confier la direction à des capitaines capables. Quand « la mer est calme, il n'importe guère que le gouver- « nail soit tenu par des mains peu exercées; mais, u dans la tempête, il est besoin d'un pilote expéri- « menlé, généreux, sage ('). »

Ce langage devait plaire particulièrement au roi : peut-être même avait- il été concerté entre lui et le duc d'Albe. Il est bien probable en effet que ,

C) o En el mar sosegado apenas importaba enlresar el timon a quien no sgpiese miicho, pero en la leupestad se fiase à esperlo, generoso, sabio. » (Cabrera, Fedpe II, liv. VII, chap. Vil.)

décidé à employer la force contre les peuples des Pays-Bas, il avait déjà jeté les yeux sur don Fernando Alvarez de Tolède ('), comme sur le général le plus propre à commander ses troupes, et le ministre qui exécuterait le mieux le châtiment qu'il s'apprêtait à infliger à des sujets rebelles. Aussi le prince d'Eboli essaya-t-il sans succès de lui faire préférer le comte de Feria, dont le roi appréciait pourtant les hautes qualités, qui lui était même personnellement plus agréable que le duc d'Albe, mais qui, en cette occasion, n'aurait pas aussi bien rempli ses vues ( ).

Le marquis de Berghes et le baron de Montigny, auxquels Philippe II demandait de temps en temps des avis qu'il était d'avance décidé à ne pas suivre, lui avaient, de leur côté, proposé d'envoyer aux Pays-Bas le prince d'Eboli Q). Mais Philippe, quoique sa con-

(') Dans un avis ou mémoire du commencemonl d'octobre 1566, Fourquevaulx mandait à Charles IX : << Sera grand'chose si le ducd'Albe ne « passera premièrement pour aller dresser les affaires et recevoir la « masse, car il s'en est parié au conseil qui s'est tenu le dimanche au a Bosc (au bois de Ségovie); lequel duc a la goutte en ses deux pieJs. »

Dans le public, on désignait le duc d'Albe, le comte de Feria, le marquis de Pescaire, le duc de Savoie et le duc de Parme comme ceux entre lesquels le roi devait faire son choix.

(') « El rey, inclinado al aver menester al duque i al castigo que niuguno haria tau bien, aunque preferia en amor al de Feria, le pospuso. (Cabueua, I. c.)

D'après un avis envoyé par Fourquevaulx à Charles IX, le 9 décembre 1566, le comte de Feria aurait été blessé de la préférence donnée au duc d'Albe; l'ambassadeur de France s'exprime ainsi : « Le comte de « Feria aura la vice-royauté de Naples ; il est si mal content de n'avoir « été fait général, et non le duc d'Albe, qu'il est homme pour se retirer « en sa maison. »

l") Correspondance de Philippe 11, etc., t. II, p. 398.

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