‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 121 sur 156 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

s'elTcctua ainsi. Fray Diego loua beaucoup les scrupules montrés en celte occasion par le prince (').

{') Tout ce que nous rapportons ici est tiré d'une dépêche adressée par Fourquevaulxà Charles IX, le 8 mai 1568. Nous croyons cette pièce assez importante pour en donner le texte même :

« .... Le prince d'Espaigue se porte bien de sa personne ; jesuisadverli qu'il s'est tout sanctitié ceste semaiue saincte, tellement que ses amis disent que Dieu y a mise sa main : car depuis s'estre confessé en caresme jusques au jour de Pasques, et qu'il pensoit recevoir le corps de Nostre- Seigneur, il a faict le devoir de bon chrestien par abstinences, s'estant réconcillié quatre fois avec grande contrition et repentance; et, après qu'il luy sembla de s'estre dignement préparé, il requist la communion à son confesseur, qui dilaya deux jours à la luy donner, attendant certaines demandes et responses qu'il eust cependant du roy catholique, qui estoit à TEscurial ; et au bout de cella, estant advis audict prince qu'on laissoit de luy donner le sainct sacrement pour aucuns notables respects, il commença de s'affliger et contrister avec pleurs et gémissements. Ce que voyant le confesseur, et de quel ressentiment il prenoit ladicte dilalion, il prinst excuse que c'esloit à faulle qu'il n'avoit les appareils nécessaires pour parer la chapelle, et aultres choses requises à cest effet; à cella le prince lui dict que, s'il ne laissoit à le communier pour aultre raison, qu'il n'y avoit lieu de laisser pour cella, car suffiroit de le traicter comme il fairoit à un particulier. Et ainsi se feit, car ledict confesseur se revestit et chanta la messe; et sur le poinct de la communion, il vouloit que le prince sortît de la chambre où il est arresté, et qu'il entrast en une petite salle oîi il disoit la messe : ce qu'il ne voulut faire, disant qu'il ne sortiroit de sa chambre sans l'exprez congé de son père, mais qu'il le pourroit communier par les barres et treillis de bois qui sont entre ladicte chambre et la salle où est la chapelle : ce qui fut faict par ledict confesseur, qui loua grandement que le prince n'eust voulu passer les limites que le roy son père luy a mis. A cest acte furent présents Ruy Gomès, don Jehan de Borge, qui ayda à dire la messe, et don Gonçallo Chaquon. Duquel acte, et qu'il est devenu doulx et humain contre sacoustume, s'en faict grand' fesle par ceux qui désireroientsa liberté, mesmement par ses serviteurs domestiques, prenant argument là-dessus que ledict prince n'a pas la faute de jugement et discrétion que le roy son père et aultres prétendent, car s'il n'estoit capable de bonne raison, on ne luy eust pas administré le sainct sacrement . par quoy ils espèrent que, parmi celte détention qui luy sert dQ

Linnucnce de la religion, l'js conseils et les exhorlalions de son confesseur, avaient fait de don Carlos un lout autre homme : il élait devenu doux ethumain; on n'entendait plus sortir de sa bouche des paroles de haine et de mépris contre le roi ('). Dans ces circonstances, une réconciliation entre le père et le fils paraissait possible autant que désirable. 11 y avait des gens qui s'en flattaient : ils trouvaient la détention subie par le prince depuis trois mois, une correction et une peine sufllsante des fautes qu'il avait commises, des torts qu'il avait eus (').

péûitence et d'amendemenl, qu'il plaira a sondict père le délivrer et recevoir en grâce devant qu'il passe guères de temps.

« Nonobstant toutes ces allégations, j'ay apprins d'un seigneur qui sçait tout ce qui a passé, et plus des aflaires dudicl prince que ceulx qui en devisent, qu'en ce qui touche la communion, il a esté advisé par les théologiens qu'il le failloit faire ainsy, pour osier l'opinion à beaucoup de gents, nomméement aux sacramenlaires, qui publient que ledict prince est de leur secte (ce qu'il n'est, ains les hait mortellement), et ont dict iceulx théologiens que aux personnes travaillées de l'entendement, qui retournent par intervalles en quelque jugement et cognoissance de raison, leur peult estre donné le sainct sacrement lors dudict intervalle, comme il a esté administré audict prince ; mais, en effect, il n'y a en luy aulcun espoir qu'il soyt jamais sage ue digne de succéder, car son entendement empire tous les jours, et, par conséquent, n'y a lieu d'attendre sa liberté.... »

(') Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 8 mai. — L'archevêque de Rossano écrit, le \" mai : « Dicono che si sia molto ben ridolto a « supportare in patienza questa ritenzione. r — Fourquevaulx avait écrit le 2G mars : » .... Il ne se peult tenir de dire et de faire des folies « et de mal parler, lesquelles choses l'accusent de mal sage et d'ennemy « du roy son père. » — Et Nobili, le 30 mars : « Con tutto ciô, si sa " ch'egli sta molto duro e superbo. »

(^) Lettre de Fourquevaulx, du 8 mai, insérée plus haut. — Hopperus mandait à Viglius, le 25 avril : « Quod Dennetierus fortasse recensebit <« do principis ao<[vi rébus paulo melioribus, quotidie confirmatur;

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