CHAPITRE xvi. en
conlenta point de se vélir de deuil et de preserire à sa cour de suivre son exemple : par ses ordres, dis obsèques qui durèrent plusieurs jours furent célébrées pour le prince dont la fin prématurée frayait le chemin du trône aux enfants de sa fille (').
Ces démonstrations embarrassèrent plus qu'elles ne satisfuent les ambassadeurs d'Espagne dans les deux capitales. A Rome, don Juan de Zùùiga ne rendit les derniers devoirs, à son tour, au fils unique de son souverain, que comme contraint et forcé par l'exemple du pape (■), et, dans le service qui, à sa réquisition, eut lieu le iO septembre, à Saint-Jacques des Espagnols, il veilla à ce qu'aucune épitaphc, aucune inscription ne rappelât le souvenir du prince des Asluries, à ce qu'il ne fùl prononcé ni sermon ni oraison funèbre Q: il avait, par des voies détournées, obtenu qu'on s'en abstînt également dans la cérémonie présidée par le souverain pontife Q. A Paris, don Francés d'Alava
(') « .... A los XV se coraençarou las obsequias de Su Alteza, en las quales se hallô esta reyna, y los duques de Anjù y Alençon.... La ceremoni'a se hizo sin el nuncio y sin mi'.... Mostrado ha esta reyna .«entir mucho el no haverme yo liallado en ella.... » (Lettre de don Francés d'Alava au duc d'Albe, du \9 septembre : Arch. de l'Empire, à Paris, collection de Simancas, B 22 '-".)
La reine Elisabeth avait supplié sa mère de faire en sorte que toute l'Espagne sût qu'elle (sa mère) avait appris avec regret la mort du prince.
{') « .... Haciendo Su Santidad honras, no me pareciô que podia yo oscusar de hazerlas ... n (Lettre du 3 septembre, déjà citée.)
(») Honras hechas en lîoma, etc. — Ziiniga écrivait au roi, le 3 septembre : « No havrà epitaphio ni letrcro ni oracion ni sermon. »
{*] Il disait encore, dans cette lettre, à propos des funérailles ordonnées par le pape : « Procuraré, jor alguna via que no se enlicnda que
6i8 DON CARLOS ET PIllLll'i'E II.
ne jugea pas à propos même de se montrer à l'église, à côté de la reine-mère et des ducs dWnjou et d'Alençon ('); il ne prit le deuil que longtemps après la cour de France, et sur les instructions formelles qui lui furent envoyées de Madrid (-).
La mort de don Carlos causa en Espagne une douleur universelle. Il fut pleuré et par les grands et par le peuple. Les grands, qu'il avait toujours honorés, se flattaient que, sous son règne, ils regagneraient leur anciL'nne influence dans les affaires de l'Etat Q. Le peuple fondait sur lui l'espoir d'une administration plus favorable aux progrès de la raison humaine,
« sale de rai, que no haya oracion ni sermon, porqiie ei oflcio sea mas « brève. »
(') Voy. la note 1 il la page précédente.
(*) Il avait écrit au secrétaire Zayas, le 19 août : » Ni meenlutaré, ni « haré otra demostiacion.... ■■ Il lui manda, le 30 septembre : « Yo me o he enlutado, como Vm. me escriviô, de pies acabeza, con loda mi « familia. » (Arch. de l'Empire, à Paris, collection de Simancas, 13 22, nos 80 et 429.)
(') L'ambassadeur vénitien Cavalli, dans sa dépêche du 31 juillet 1568, déjà plusieurs fois citée, après avoir dit que don Carlos a été inhumé o con pianto di questo popolo et di ogn'uno, » ajoute : « Certo la sua « morte è dispiaciuta estremameute a lutta Spagna, massime alli si.^nori « grandi, si perché enino accarezzati et stimali da es.«o principe, et « speravano che, veiiendo lui a regnare, si haveria prevaLso di loro nel a governo. -> — L'archevêque de Rossano avoue lui-même que " il popolo c< bassone mostra niollo dolore, et anchèalcuni delli priucipali et grandi « di Spagna che non governano, et che si ?tanno aile loro case. « (Lettre du 27 juillet 1568.) — Le mécontentement que les grands avaient de Philippe II fut encore signalé par Cavalli dans le rapport qu'il fil au sénat en 1370, au retour de son ambassade : » La maggior parle di quesli « grandi si trovano malissimo contenli del re, perché S. M. di loro non « fa un conlo al mondo, non li ammetle nei consegli, né partecipa con i. loro alcuno de' suoi negozi ... « [Itclazioni dryli ambasciatori vcncli, scr. L t. Y, p. 104.)