CHAPITRE XII
dure le mariage de sa seconde fille avant celui de la première : car s'il survenait quelque chose d'inattendu, la princesse Anne demeurerait, comme on disait, assise entre deux chaises (').
Yenegas, écrivant à son maître le 20 juillet ("), l'engagea fortement à se rendre aux vœux de l'empereur et de l'impératrice. Le 50 septembre, il renouvela ses instances pour que le roi prît une prompte détermination : l'impératrice avajt su que, de Rome même, on sollicitait son mari d'accorder la princesse Elisabeth au roi de France ^ elle appréhendait qu'il ne finît par céder à tant de démarches. Yenegas s'étonnait des hésitations du roi. Des trois choses prétendues par l'empereur, il n'y en avait pas une, selon lui, qui fût sujette à difficulté. Le mariage du prince en formait la principale : or. le roi l'avait remis à la volonté de son beau-père, et, malgré tout ce qu'on leur avait dit et déclaré, l'empereur tenait à ce qu'il se fît, et l'impératrice encore davantage f ). Yenegas n'avait pas obtenu, à la vérité, que la dot de l'archiduchesse Elisabeth excédât cent mille florins ;
envia à decir tocante al principe con su hija mayor : sobre locual le paresce que es lo mejor no differillo, mas paresciéndole asi al rey, pues su hijo tiene ya 22 afios, y teniendo esta edad y siendo quien es, se ha d'esperar d'él que sera el que debe; y aunque tuviese algunas faltas, es de créer que con el tiempo, casamienloy experiencia habrà emienda en elles. "
(') a Quedaria su bija, como dicen, entre dos bancos sentada. »
La réponse de l'empereur est dans la Coleccion de documenlus inéditos, etc., t. XXVI, p. 0.33.
]*) Voy. la note I à la page 424.
(') Voy. la note -3, à la p. 417.
mais il dépendait du roi de fournir ce que la cour de Portugal exigerait de plus. Restait le secours demandé en cas de rupture avec la France, et il était facile de tranquilliser la cour impériale à cet égard, au moyen d'une promesse générale (').
Tandis que Venegas suivait à Vienne des négociations qui devaient n'aboutir à rien, à Madrid ce dont le public et la diplomatie étrangère se préoccupaient surtout, c'était le voyage du roi aux Pays-Bas. Nous avons vu que des mesures avaient été prises, au printemps de cette année, qui semblaient annoncer le prochain départ du monarque. Pendant plusieurs mois, Philippe s'appliqua à convaincre le monde que sa ferme volonté était de passer en Flandre : seulement il ne songeait plus à s'y rendre par l'Italie et l'Allemagne (ce détour aurait entraîné un trop long retard, et la saison était déjà avancée), mais il s'embarquerait à laCorogne, pour traverser l'Océan. Ce fut dans ce sens qu'il fit faire, par ses ambassadeurs, des communications aux cours de Rome, de Portugal, d'Autriche, de France, et qu'il écrivit à la régente des Pays-Bas, ainsi qu'au cardinal de Granvelle : « Ceux qui ne croient « pas à mon voyage, mandait-il à ce dernier, achève- (( ront bientôt de se désabuser; ils verront le contraire c( de ce qu'ils répandent avec tant de malice ("). »
(') Cûleccion de documentos inéditos, etc., t. XXVI, p. o63.
(«) Voy., dans la même Colcccion, t. XXVIU, p. 461, sa lettre du 23juin 1567 à don Hernando Carrillo, son ambassadeur à Lisbonne, et dans la Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, l. l,pp.cLiv, 550 et 564, ses lettres à la duchesse de Parme et au cardinal de Granvelle.