‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 77 sur 156 · CHAPITRE XIV. hp · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. hp

de la couronne de Portugal; Catherine d'Autriche, veuve de Jean III, était son aïeule et lui avait toujours témoigné beaucoup de tendresse; elle était en même temps la belle-mère et la tante de Philippe. L'empereur et l'impératrice , malgré tout ce qu'ils avaient appris de la conduite désordonnée du prince d'Espagne, n'avaient pas cessé de souhaiter l'union de leur fille avec lui. et de réclamer laccomplissemcnt des promesses que le roi leur avait faites à cet égard.

Philippe écrivit à la reine douairière de Portugal dans les termes suivants, qui font supposer une correspondance antérieure, devenue malheureusement introuvable :

« Quoique, depuis longtemps, la conduite et les actions du prince mon fils, selon que l'attestent de nombreux et d'imposants témoignages, et ainsi que Votre Altesse l'aura vu par la réponse que je lui fis dernièrement, eussent fait reconnaître la nécessité indispensable de le réprimer, l'amour paternel et la considération et justification qui doit précéder de telles mesures m'ont retenu, et j'ai cherché et employé tous les autres moyens , remèdes et voies possibles afin de n'en venir pas là. Le prince, cependant, est allé si loin dans ses déportemenls, (jue, pour remplir mes devoirs envers Dieu, comme monarque chrétien, et envers les royaumes et Etals qu'il lui a plu de commettre à ma charge, je n'ai pu me dispenser de l'arrêter et de le renfermer.

« Le regret et la douleur que j'aurai éprouvés en

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agissant ainsi. Votre Allasse en pourra juger par ce que je sais'qu'elle en éprouvera elle-même, comme mère et dame de tous : mais enfin j'ai voulu, eu cette occasion, faire à Dieu le sacrifice de ma propre chair et de mon propre sang, et préférer son service, ainsi que le bien et l'avantage du public, aux autres considérations humaines.

« Les causes anciennes, aussi bien que récentes, qui mont contraint à prendre ce parti, sont d'une telle nature que je ne pourrais les rapportera Yolre Altesse, ni Voire Altesse les apprendre, sans renouveler notre douleur et notre chagrin à tous deux : d'ailleurs, elle en sera informée plus tard. Quant à présent, je crois devoir seulement avertir Votre Altesse que ce n'est ni une faute, ni une désobéissance, ni un manque de respect qui ont donné lieu à ma détermination : qu'elle n'a pas pour but un châtiment, auquel sans doute le prince a suffisamment donné matière, mais qui pourrait avoir son temps et sa limite, et que je ne l'ai pas prise non plus comme moyen d'amendement, avec l'espoir que par là ses excès et ses désordres se réformeront : cette affaire a un autre principe et d'autres racines 5 le remède qu'elle exige ne consiste ni dans un temps à fixer, ni dans des moyens à mettre en pratique ; elle est d'une importance et d'une considération plus grande, eu égard aux devoirs susdits que j'ai envers Dieu et envers mes royaumes.

« Et, comme il sera continuellement donné connaissance à Votre Altesse des suites qu'elle aura, et de ce qui lui en devra être communiqué , il ne me

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