CHAPITRE XV
sonne, ou commis quelque délit contre la religion. — Excuses du duc.
— Effet produit à la cour d'Angleterre par l'arrestation de don Carlos : lettre de la reine Elisabeth à son ambassadeur à Madrid. — Arrivée à Vienne des dépêches de Philippe II. — Chantonay et Venegas se transportent au palais, et présentent les lettres du roi à l'empereur et à l'impératrice. — Affliction qu'elles leur causent ; paroles de Marie d'Autriche. — Noces d'une des fliles de l'impératrice ; l'empereur ne permet pas qu'à cette occasion il y ait des danses ni d'autres divertissements. — Commentaires auxquels donne lieu en Allemagne l'emprisonnement de don Carlos. — Réponses de Maximilien et de Marie aux lettres du roi. — Remarque sur la disposition, attribuée par l'impératrice à l'archiduchesse Anne, d'aller en Espagne, pour y entrer dans un couvent. - Philippe II comprend qu'il ne peut s'en lenir aux fermes vagues dans lesquels il a annoncé à son frère et à sa belle-sœur la réclusion du prince d'Espagne.— Il leur écrit de nouveau à tous deux, et leur découvre ses intentions à l'égard de son fils. — Il engage Maximilien à accorder la main de l'archiduchesse Anneau roi de France, et à conclure le mariage de l'archiduchesse Elisabeth avec le roi de Portugal. — Ces ouvertures satisfont médiocrement 1 empereur, qui ne veut pas renoncer au mariage de sa fille avec don Carlos. — il se décide, malgré toutes les objections de Chantonay et de Venegas, a envoyer quelqu'un à Madrid, et c'est sur son propre frère l'archiduc Charles qu'il jette les yeux. — Lettre qu'il écrit au roi Philippe, pour lui en donner avis. — Au moment où l'archiduc allait se mettre en roule, on reçoit à Vienne la nouvelle de la mort de don Carlos. — L'empereur persiste néanmoins à faire partir son frère pour l'Espagne.
— Afifaires qu'il avait à traiter avec le roi : établissement de ses deux filles ; pacification des Pays-Bas. — Départ de l'archiduc. — Pendant qu'il était en chemin, l'empereur apprend la mort d'Elisabeth de Valois.— Il charge sou fière d'offrir au roi d'Espagne, pour lui-même, l'archiduchesse Anne. — Philippe accepte cette offre, et devient ainsi, pour la deuxième fois, le mari d'une femme qui avait été destinée à son fils.
Un événement tel que celui dont le palais de Madrid avait été le théàlie dans la nuit du 18 janvier 1568,
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ne pouvait manquer de faire une sensation extraordinaire en Espagne et dans toute l'Europe ('). Les Espagnols connaissaient les défauts de leur prince : ils étaient mal édifiés de sa conduite ; mais jamais ils nauraient imaginé que le roi allât jusqu'à faire enfermer comme un criminel Théritier présomptif de sa couronne et son tîls unique. On s'y attendait aussi peu dans les cours étrangères, bien qu'on y fût instruit des molifs sérieux de mécontentement que don Carlos donnait à son père depuis plusieurs années.
En Espagne, personne ne prit plus de part au sort de ce malheureux prince que la reine Elisabeth. En apprenant l'arrestation de son beau-fils, elle versa des larmes, et elle ne cessa de pleurer que sur l'injonction expresse du roi (-). Le billet suivant, qu'elle écrivit à l'ambassadeur de France, porte l'empreinte de la tristesse que cet événement lui causait :
« Monsieur de Forquevaux, je vous ay voulu à ce matin escripre ce qui passoit au fait du prince. Mais laubligation que je luy ay, et la peine en laquelle est
(') « Je tiens — écrivait le président Tisnacq, le 31 janvier, au chef et président Viglius — que aurez entendu ce que s'estoit icy, contre toute cxpectation et avec grande admiration, oËfert.... « — Un des historiens panégyristes de Philippe H convient que sa résolution frappa de stupéfaction tout le monde : « Asombrô la resolucion a todos. » (Qu1i>tana, Antiguedarl, noblcza y grumleza de Madrid, in-foi., I(i29, fol. 3i0.)
(^) Fourcjuevaulx, annonçant à Catherine de Médicis, dans une lettre du 19 janvier, l'arrestation de don Carlos, lui dit : < La royne s'en pas- <■ sionne et en pleure pour l'amour de tous deux, veu qu'aussi le prince (. l'aime merveilleusement.» 11 lui écrit, le 8 février : « Jusques à ceque « le roy luy a défendu les pleurs, elle n'a cessé de [ileurer, deux jours, la « disgrâce de sou boau-ûls. « — Voy. aussi, dans VAppvndia' li, la Rclacion dri (lyudn de cdinara.