CHAPITRE IX
Quoiqu'il fùl d'une taille au-dessous de la moyenne, il régnait dans toute sa personne un air de majesté que rehaussait encore sa manière de se vêtir, à la fois élégante et simple , car il ne portait que du drap de soie, à l'exclusion de l'or et de l'argent ('). Son abord était grave, mais il recevait avec affabilité et il écoutait avec attention ceux qui avaient à l'entretenir Q. Jamais il ne se fâchait, quelque chose qu'on put lui dire Ç). Habituellement il ne regardait pas son interlocuteur ; il tenait les yeux baissés, et s'il les levait, c'était pour les promener çà et là f*). Il parlait si bas que le seigneur de Fourquevaulx, ambassadeur de Charles IX, ne put entendre presque rien de ses paroles, à la première audience qu'il eut de lui Q. Ses réponses étaient en général précises et gracieuses ; le plus souvent, il les accompagnait d'un sourire aimable , mais il évitait de décider ou de s'engager sur les
{*) « Puesto en solio, coronacion, ô en otro acto mayor pùblico, con esta grandeza parecia divinidad su autoridad y gloria. » (Cabrera, liv. V, chap. XVII, p. 273.) — - Non usa nel veslire oro ne argento, ma solamente panni di sela e con pochi lavori; e veste inollo geulilmente, portaudo panni che gli slanno soprammodo bene ed attilati....» (Relation de Giovanni Soranzo, de 1363, dans les Relazioni degli ambascialori veneti, série I, t. V, p. 112 ) — « É attillatissimo nel vestire, e tanto che non si puô vedere cosa più perfetta. » (Relation d'Alberto Badoero, de 1518, ibicL, p. 276.)
(^) Helazioni degli amhasciatori veneti, etc., série I, t. V, passim.
(') « Ascolta ognuno con molta pazienza, uè per cosa che. se gli dica, brava ne si altéra. » (Relation de Sigismondo Cavalli. de 1570, Itelazioni, etc., série I, t. \', p. •IS.S.)
(') Relation de Federico Badoero, dans les Relations des ambassadeurs vénitiens sur Charles-Quint et Philippe II, p. 38.
(') Relations des ambassadeurs vénitiens, etc., p. 470, note 1. Fourquevaulx eut sa première audience au mois d'octobre V66rj.
demandes qui lui étaient faites : il voulait prendre le loisir de les examiner et de les faire examiner par ses ministres. Il était réservé surtout dans ses communications avec les ambassadeurs étrangers, qu'il invitait presque toujours à lui remettre des mémoires ou des notes sur les sujets dont ils venaient de l'entretenir (').
Quand il était à Madrid, il donnait audience à tous ceux qui la demandaient. En se rendant de sa chambre à la chapelle où, chaque matin, il entendait la messe, en sortant de la chapelle pour aller se mettre à table, enfin en retournant à sa chambre après son dîner, il recevait toutes les suppliques qu'on voulait lui présenter , et si quelque personne témoignait le désir de lui adresser la parole, il s'arrêtait pour écouter ce qu'elle avait à lui dire (").
La délicatesse de sa complexion lui imposait plus d'un ménagement : il dormait beaucoup; il était trèsréglé dans sa manière de vivre, ne mangeant ni poisson ni fruits, dont son père faisait une consommation immodérée, et se nourrissant des mets les plus substantiels Q. Le vendredi - saint était le seul jour de l'année où il ne fût pas servi de viande sur sa table ; les autres jours de jeûne prescrits par l'Eglise, il avait reçu du pape la permission d'en manger, pourvu qu'il le fît d'une seule espèce , telle que chapon , veau ,
(') Relazionidegli ambasciatori veneli, etc., série I, t. V, passim.
(-) Relations de Paolo Tiepolo, de Giovanni Soranzo, de Sigismondo Cavalli, dans le tome cité des Jielazioni.
(^) Voy. les relations de Michèle Siiriauo . de Paolo Tiepolo, de Giovanni Soranzo, de Sigismondo Cavalli, de Lorenzo Priuli, d'Alberto Badoero, dans les Relazioni degli ambasciatori veneli, série I, t. III et V.