‹ Don Carlos et Philippe II (volume 4)Chapitre 117 sur 146 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

« maistiT. tout va de demain à demain, et la princi- « pale résolution en tontes choses est de demeurer c( perpétuellement irrésolu ('). » Cette indécision dans le caractère fut cause de presque tous les malheurs de son règne.

Dans ses rapports avec les souverains étrangers, il faisait profession d'être observateur scrupuleux de sa parole (').

INous avons dit, en l'un des précédents chapitres, qu'il abhorrait la guerre : il ne l'avait faite, au commencement de son règne, que parce qu'il y avait été forcé. Aussi s'empressa-t-il de traiter avec le pape Paul IV à des conditions si peu honorables pour lui que Charles-Quint, alors retiré dans le monastère de Yuste, ne put s'empêcher d'en témoigner tout haut son mécontentement (*); et, après les victoires de Saint-Quentin et de Gravelines, qui avaient frappé la France de terreur, il ne songea qu'à entrer en accommodement avec Henri II ("*). Rien n'était plus opposé

(') Lettre du 6 octobre IoGd, dans les Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. IX, p 368.

p) « S. M. fa professione d'esser osservantissima délia sua parola, ne fin qui si è veduto che abbia mancato a' principi di quanto loro ha promesso.... " (Relation de Sigismondo Cavalli, déjà citée, p. 192.)

(^) Voy. Retraite et mort de Charles-Quint au monastère de Yuste, t. I, pp. 228 et 245 ; t. II, pp. 304 et 306.

(*) Les négociations se ressentirent du vif désir de Philippe II de conclure la paix. Granvelle écrivait, de Cercamp, le 2 novembre lSo8, au confesseur du roi : « 0 sea por nuestros peccados, 6, porque assi lo o quiere Dios, por otra cosa, no andan eslos Franceses camino (si no se » mudau) de hacer paces, y deve nos dailar haver ellos entendido la « gana que délias tenemos, y nos la querrian vendercara.... » [Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. V, p. 354.)

à ses penchants que cette ambition, ce désir de gloire dont l'empereur avait été possédé, et qui l'avait fait s'engager dans de si grandes entreprises. Le mouvement, les fatigues répugnaient à sa nature. Il se souciait moins d'augmenter ses Etats que de les conserver Ç).

Si le soin d'entretenir la paix avec ses voisins formait l'une des bases de son système politique, et s'il voyait avec déplaisir toute altération de l'ordre de choses existant en Europe ('), il y avait un point qui faisait plus particulièrement encore l'objet de ses préoccupations : c'était le maintien , dans toute leur pureté, dans toute leur intégrité, du dogme catholique et de l'autorité du saint-siége en matière de foi. Animé pour la religion d'un zèle qu'il poussait jusqu'au fanatisme — nous en avons déjà fait la remarque f ) — il se croyait appeîé à être le bouclier de l'Eglise , dans un temps où elle était attaquée de toutes parts, et il était autorisé à le croire par le langage du souverain pontife lui-même (^). De là les mesures acerbes qu'il

(') a 11 re s'è visto, sin dai primi suoi anni, incliiiare alla pace, esser inimico di guerra, non desiderare maggior stato di quello che s'abbia, e come in questo è caldissimo ed ardéntissimo, cosî in quesl'altro delP acquistare esser tepido e forse pieno di ghiaccio. » (Relation d'Antonio Tiepolo, de i572, déjà citée, p. 220.)

Dans sa relation de 1576, déjà citée (p. 258), Lorenzo Priuli dit aussi : « Ha sempre S. M. mostrato l'animo inclinato a conservargli stati suoi « con la pace, e non ad ampliarli con la guerra. «

{*) <i É nimicissimo di sentir rumori o innovazioni nella cristianità, ne puô aver maggior dispiacere che quando gli van uegozj lali per le mani. » (Relation de Sigismondo Cavalli, déjà citée, p. 183.)

(') Pag. 57.

(*) Granveiie lui écrivait de Rome, le 23 décembre 1566, au sujet do

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prit afin que l'hérésie ne pénétrât point ou ne s'étendit pas dans les provinces soumises à son sceptre • de là son intervention dans les discordes religieuses de la France, qui commença aussitôt après son alliance avec la maison de Valois et ne finit en quelque sorte qu'avec sa vie; de là encore lopposition énergique qu'il fit. à Vienne et à Rome, aux vues de l'empereur Maximilien II concernant le mariage des prêtres (') ; de là enfin cette invasion de l'Angleterre préméditée dès le principe de son règne, quoiqu'il n'ait essayé de la réaliser que longtemps après.

Il ne faudrait pas croire toutefois que son dévouement au saint- siège fût entièrement désintéressé : les cruzadas, les subsides sur le clergé et les autres grâces ecclésiastiques qu'il en obtenait, sous prétexte de faire la guerre aux Turcs , lui valaient chaque

PieV:o El quieremuy tieriiameûle à V. M. y entiende, y lo dicemuchas a vezes, que es V M. la sola columua y fiindamenlo de la religion. » [Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, t. Il,

p. LVIII.)

Le noiice de Pie V a Madrid, l'archevêque de Rossano, rendant compte au cardinal Alessandrino, dans une dépêche du 28 septembre 1567, d'une conversation qu'il avait eue avec Philippe II, lui rapportait ainsi le langage du roi : « Che conosce l'obbligo che io gl'havea detto che tiene « a uostro signore Dio, poichè pare che habbia permesso che in Sua <• Maeslà sola si posihormai ogni speranza délia defensione et restau- « ralioue délia reiigione cattolica, e che cercarà di non esser ingrato di o questo favore che l'omnipotente Dio fa più a Sua Maestà che a gl'alo tri principi sccolari.... « — Voy., dans les Relazioni degli ambasciatori veiieti, série 1 , t. V, pp. 62, 329 et 367, ce que disent, a ce sujet, Paolo Tiepolo, Gioan Francesco Morosini et Matteo Zane.

(') Voy. le t. IX des Papiers d'Etat du cardinal ae Granvelle, et notamment la lettre de Philippe II au seigneur de Chantonay, son ambassadeur, du 31 mars ioGo.

année plusieurs millions d'or; il avait besoin aussi d'être bien avec la cour de Rome pour la sécurité de ses Etals d'Italie, Ce dévouement n'empêchait pas d'ailleurs que. dans les occasions, il ne fit sentir sa domination à l'Eglise, car il prétendait que le clergé lui fût soumis comme tous les autres ordres de citoyens : rien ne fut plus fréquent, sous son règne, à ]Milan, à Naples, en Sicile, que les conflits de juridiction ecclésiastique entre ses ministres et ceux du souverain pontife. Dans les Pays-Basil fit promulguer une pragmatique aux termes de laquelle nulles bulles, provisions ni autres dépêches ou impétrations de Rome ou des légats et nonces apostoliques ne pouvaient être reçues et mises à exécution qu'après avoir été vues eipIacétées^Rrle conseil privé ou le conseil souverain de Brabant('). En Espagne, son conseil s'attribuait le pouvoir d'admettre, de rejeter, de modifier les ordres et les décrets pontificaux : là l'alcade ou le corrégidor qui n'avait pas été excommunié au moins pendant dix mois n'était pas réputé bon ministre: on tenait pour le meilleur celui qui s'opposait le plus aux prétentions de la cour de Rome (■). C'est par ces procédés, ainsi que l'a dit un écrivain français dans une magnifique étude sur la politique religieuse de

(') Cette pragmatique esl de l'année 1574. — Voy. Loye.ns, Tractatus de curia Brabantiae, p. 2S7, et Van Espen, Opéra omnia, t. I, p. 567.

p; « Non è tenuto per buon ministro quelT alcalde o corrégidor che non sia stato almeno dieci mesi scomunicalo, e quello è tenuto per meglior ministro che fa maggior forza contra la giurisdizione ecclesiastica.... (Relation d'Agostino Nani, de 1598, dans les Relazioni, etc., série I, t. V, p. 485.)

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