‹ Don Carlos et Philippe II (volume 4)Chapitre 125 sur 146 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

d'Autriche dut, à sa place, tenir l'infante et la rapporter dans la chambre de la reine. Don Carlos . selon ce qu'un ambassadeur écrivit à sa cour, n'avait de force que dans les dents (').

Ce fruit si ardemment désiré de l'union de Philippe et d'Elisabeth de Valois reçut les trois noms d'Isabel-Clara-Eugenia : le premier, en mémoire de la reine catholique, sa trisaïeule, et de l'impératrice Isabelle, femme de Charles-Quint : le deuxième, par le motif que la délivrance de la reine avait eu lieu le jour de Sainte-Claire ; le troisième , parce que , étant allée, le 14 novembre, à Getafe, à deux lieues de Madrid, voir passer le corps de saint Eugène (-), elle avait fait vœu, si elle devenait mère, d'appeler du nom de ce saint l'enfant qu'elle aurait (^). Ce fut cette princesse à qui, trente-deux années plus tard, Philippe II céda les Pays-Bas, en la mariant avec l'archiduc Albert, l'un des fils de Maximilien U.

Quelques jours avant l'accouchement de la reine, don Carlos avait donné un nouveau sujet d'indisposition à son père. Philippe s'était enfermé avec plusieurs de ses ministres, pour délibérer sur des affaires

(') Lettre de Fourquevaulx à Catherine de Médicis, du 26 août -1566.

(2) Voy. p. 171.

(°) Lettre de Fourquevaulx à Catherine de Médicis, du 26 août 1S66. L'ambassadeur, après avoir raconté ces particularités, qu'il tenait de la reine elle-même, ajoute : « Tellement qu'elle pense avoir conceu ceste « infante la nuit ensuivant, car elle fut de retour vers le roy son mary. »

Courlewille, dans sa lettre du 30 août à Viglius, déjà citée, rapporte les mêmes circonstances à peu près que l'ambassadeur de Charles L\ ; il dit de plus : « Je tiens que son principal nom sera la infanla duna Ysabel. » L'événement justifia cette conjecture.

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d'iiuportaiicc. Don Carlos, curieux de connaître ce dont ils parlaient, appliqua son oreille à la porte de la chambre où ils étaient réunis. Il se trouvait là exposé à la vue des dames de la reine, qui étaient dans les appartements supérieurs, et des pages, qui étaient en bas. Don Diego de Acuna, l'un de ses gentilshommes, lui en fit l'observation; il lui dit aussi que le roi pourrait sortir subitement , et qu'il s'étonnerait de le trouver en cet endroit. Don Carlos en voulait depuis longtemps à Acuna (') ; il prit mal ses paroles ; il s'oublia même jusqu'à le frapper du poing. Le roi, qui le sut, réprimanda vertement son fi]s( ). Il attacha depuis à sa propre maison don Diego de Acuïia, qui ne pouvait plus rester au service du prince, après avoir reçu de lui un tel outrage, et le gratifia d'une commanderie supérieure à celle dont il avait joui jusqu'alors 0-

(') D'après une lettre de Dietricbstein à Maximilien, du 19 avril 1364, don Carlos détestait Acuûa, parce que celui-ci l'avait obsédé pour qu'il épousât sa tante dona Juana. (Koch, Quellen, etc., p. 119.)

(^) « No puedo dexar de avisar â V. S. como estos dias, estando Su Magd. en- la càmara del consejo d'Estado sobre las cosas de Flandes, el principe nuestro seiior se puso arrimo â la cerradura de la puerta para escucharlo. Ycomo don Diego de Acunha le dixese que Su Magd. saldria, y que Su Alleza se fuese de ally, porque le veyan de arriba las damas de la reyna, y de abaxo los pages, le comenrôel principe âtralar mal, y aun dar de pescosones con los puiios cerrados.... Su Magd. lo ha sabido, y ha renido mucho â su hijo.... Al dicho don Diego trae de mucho tiempo odio, y dize quequantos anos le ha servido, tantosle trae enfadado.... » (Lettre d'Alonso de Laloo au comte de Hornes, écrite de Ségovie, le 3 aoûl 156G, dans Monlùjny's leven en dood, Bylage, p. 18.)

(^) La commanderie d'Acuna était de 2,000 écus ; le roi lui donna celle du seigneur de la Chaulx, qui était de 3,000. (Lettre de Jean de Noircarmes, seigneur de Selles, au comte de Hornes, écrite de Madrid, le 27 mars 1567, aux Archives du royaume.)

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