‹ Don Carlos et Philippe II (volume 4)Chapitre 133 sur 146 · CHAPITRE X. 30i · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. 30i

bourg comptail le plus grand nonil)re d'adhérenls. La secte des anabaptistes, longtemps inconnue hors de la Frise et de la Nord-Hollande, avait peu à peu gagné presque tout le pays. En 1561, l'inquisiteur Tiletanus découvrit qu'elle avait des églises ou communautés à Ypres, Poperinghe, Menin, Armentières, Hondschote, Tournay, Anvers; dans cette dernière ville, ses membres étaient si nombreux que , pour faire en secret leur cène ou, comme ils disaient, leur fraction du pain, ils devaient se diviser en plus de vingt assemblées, qu'ils tenaient à des époques et en des lieux différents : personne n'était admis à prendre part à la cène , s'il ne se faisait rebaptiser ou s'il n'avait été rebaptisé auparavant. Gand, Courtray, Roulers, Halewin, Wervicq, renfermaient aussi beaucoup d'anabaptistes ('). Mais nulle part la secte n'étalait ses doctrines avec autant de hardiesse qu'en Hollande. Là on entendait dire publiquement qu'on n'était pas baplisé, et qu'on ne voulait pas l'être avant le temps ; il y avait même des gens qui allaient jusqu'à avancer que le baptême n'était nécessaire ni aux petits enfants ni aux grandes personnes, quand les parents étaient chrétiens, et qu'il suffisait de naître chrétien, pour être sauvé ("). Les anabaptistes reconnaissaient

(') Correspontlance de Philippe //, etc., t. II, pp 478, 184, 507 {^) « ... El anabaplista y sacramentario se va ya estendiendo tanto que en Olanda publicamente osan ilecir que no eslân baptizados ni quieren serlo hasla su tiempo. En este ano ha levantado el demonio otra heregi'a infernal nueva, la cual es que hay hombres que dicen no ser neccsario el baptismo ni à chicos ni à grande.s, cuando ios padres son

rautorilé diin chef qu'ils qualifiaient de prince souverain ('). Chose digne de remarque ! Il y avait beaucoup de femmes parmi ces sectaires, et elles n'étaient ni les moins obstinées dans leur opinion, ni les moins ardentes à faire des prosélytes.

Malgré les ordres donnés par le roi, à son départ des Pays-Bas, et qu'il avait plusieurs fois réitérés, malgré les injonctions de la gouvernante, c'était avec une répugnance extrême que les juges appliquaient les placards, et le plus souvent ils se refusaient à les appliquer (-). Le conseil de Flandre, en lo61. avait envoyé des commissaires tirés de son sein dans la châtellenie de Warneton. pour procéder contre des individus qu'on lui signalait comme suspects d'hérésie: ces commissaires trouvèrent si grand le nombre de ceux qui avaient encouru les peines statuées par les placards , qu'ils crurent devoir réclamer de nou-

cristianos ; que basta nacer de padres cristianos para salvarse. » (Lettre de fray Lorenzode Villavicencio au secrétaire Erasso, du 2o juin 4564 : Arch. de Simancas, Estado, leg. 526.)

(') Il se nommait Joacbim le Sucrier, selou la lettre de Tiletanus à la duchesse de Parme, du 14 novembre 1501.

(^) Le conseiller d'Assonleville. envoyé à Tournay par la duchesse de Parme, lui écrivait le 21 avril 1562 : « La justice commenche, en piu- « sieurs lieux, comme m'a esté icy dict par bous personnaiges, de vou- « loir user de connivence et dissimulation à semblables désordres. » (Archives du royaume.)

« Une bonne partie des officiers, juges et magistratz faisoient difficulté suyvre les ordonnances, nou-seullement es cas où chéoit quelque juste modération, mais aussi contre les opiniâtres héréticques, ny mesmes contre les séducteurs et corrupteurs, s'excusans en général que les placcars estoient par trop durs, sanguinolens, et que l'on ne les povoit observer. « (Instruction donnée au marquis de Berghes et au baron de Montigny, le 29 mai 1566.)

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