CHAPITRE X
maintien des droits de l'autorité ecclésiastique ('). Dans ses sermons, comme dans ses écrits, il se montrait l'adversaire passionné des novateurs. 11 avait eu des démêlés avec le magistrat de Bruges, tant au sujet de l'administration du bien des pauvres qu'à cause des entraves apportées par celui-ci k l'exercice de l'inquisition.
Il adressa au secrétaire Erasso, sur les choses de la religion aux Pays-Bas, des lettres qui, ayant été lues par le roi, furent goûtées de ce monarque. Encouragé dès lors, non-seulement à continuer sa correspondance avec Erasso, mais encore à écrire au roi lui-même, il donna un libre cours à' l'exagération de son zèle pour la foi. Ce fut lui qui dénonça le livre du docteur Baius, de Louvain. et demanda qu'il fut déféré aux universités d'Alcala et de Salamanque. Il engagea fortement le roi à être sans miséricorde pour les hérétiques, et pour les anabaptistes surtout (-); il le supplia de ne pas permettre quil fût porté atteinte à l'autorité de l'inquisition Q ; il le détourna
(') Voy. la Correspondance de Philippe H, etc., t. Il, pp. xiv et suiv.
C) « Pido que se casliguen los hereges, » dit-il dans un mémoire adressé au roi à la fin de 1564. Il écrivait à Erasso le 23 juin précédent : o Vm. harà notable servicio â Dios, si advertiere â S. M. que sea servido « tornar à mandar que el decreto del emperador, de gioriosa memoria, « ordenado contra los anabaplistas, torne à ser guardado y en su fuerza, « y que porninguua via se dé perdonâningunanabaptista....» (Archives deSimancas, Estado, leg. 526.)
(') u .... V. M., pues tanto desea poner inqui-tiicion, debe, y asî selo suplicamos humilmente todos los catôlicos, ser servido mandar que no sea disminuida la auloridad del inquisidor en el tiempo que Dios â V. M. nos da por rey y seîïor, antes sea sustentada y aulorizada.... » (Lettre au roi, du 20 septembre i564, ibid.]
de prêter l'oreille à ce qui lui était allégué, que l'exécution des placards entraînerait des troubles : « au « contraire, l'assurait-il, si les hérétiques qu'il y a (( aux Pays-Bas ne sont pas châtiés, on verra des (( scandales et des séditions aussi cruelles qu'inévl- « tables ('). )) En même temps il lui signalait les magistrats et les officiers de justice qui donnaient des marques de tiédeur dans l'application des placards. Les membres du gouvernement n'étaient pas à l'abri de ses accusations ; il dépeignait Yiglius comme un fauteur de l'hérésie, et Hopperus était traité par lui avec tout aussi peu de ménagement.
Philippe II, sans ajouter une créance entière aux dires de fray Lorenzo, y prêtait une grande attention (-). Ce qui le prouve, c'est que, à la fin de 1564, il lui demanda deux mémoires : l'un sur les ministres de justice qui ne remplissaient pas les devoirs de leur charge, l'autre sur les mesures qu'exigeait l'intérêt de la religion Q.
Dans l'été de 15*65, fray Lorenzo partit pour
(') « .... Antes si los hereges que hay en los Estados no se castigan, habrâ escàndalos y sediciones muy ciertas y crueles.... » (Archives de Simancas, Estado, leg. 52G.)
(^) Le 30 décembre 1564, Philippe, envoyant à Gonzalo Ferez certaines lettres et écrits de fray Lorenzo, lui disait que, quoique M^ede Parme et d'autres démentissent plusieurs des choses rapportées par ce religieux, il ne pouvait laisser d'en tenir beaucoup de compte {yo no puedo dejar de tener mucho cuidado d'ellas). Il le chargeait donc de voir ce qu'il conviendrait d'en écrire à sa sœur. Il voulait, du reste, communiquer le tout à son confesseur, l'évêque de Cuenca. [Ihid., leg. 527.)
(') Lettre de fray Lorenzo à Erasso, du 13 décembre 1564. [Ihid., leg. 526.)