CHAPITRE IV
recourir, vl celle de quelques-uns des hommes de Kart présents, qui en avaient expérimenté la vertu, ils avaient Uni par céder.
Les onguents du Pinterete étaient au nombre de deux, l'un blanc et l'autre noir : le premier avait un effet répercussif ; le second était caustique, et il fallait le modérer par le blanc ('). On les avait appliqués déjà le 8 et le 9, selon l'instruction dont le Morisque en avait accompagné l'envoi. Le 10, il assista à leur application. Le lendemain, il y procéda lui-même ("). Le 12, ce fut le docteur Portuguès qui se chargea de ce soin. Soit prévention, soit qu'eri effet le résultat ne fût pas satisfaisant, les médecins trouvèrent que la blessure du prince allait de mal en pis, tandis que tous les phénomènes morbides dont elle s'était compliquée perdaient successivement de leur gravité : ils s'effrayèrent aussi, en voyant le crâne du malade devenir noir comme de l'encre. Ils en conclurent que les topiques du Morisque ne valaient rien ; ils le firent congédier, lui et ses onguents Q, et ils appliquèrent un emplâtre de bétoine
(') « .... Uno blanco, que se liene por repercusivo; otro negro, el cual es caliente, que e.s necesario templarle coael blanco.... » (Relation de Dionisio Daza.)
[^] Dans sa lettre du 14 mai, l'ambassadeur de Florence donne les détails suivants : « Le Morisque mit la plaie à nu, l'ouvrit, y plongea le « nez qu'il y laissa pendant deux secondes, et, l'ayant retiré, demanda » au prince si le front lui faisait mal. Don Carlos répondit que non. <- Alors il l'assura que bientôt, avec l'aide de Dieu, il le rendrait à la » santé, et il lui endui-sit le crâne de son onguent.... «
(') « Todos estos dias, con baber mejorado S. A. de todos les accidentes, la herida iba de mal eu peor, porque el imgiienlo negro la quemô de manera que puso el casro tan negro como una tinta; entendiôse que pues la virind iba mojorandn y laïah.Milura disminnyéndose, que la
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sur la pluie, après y avoir mis de la charpie sèche el en avoir oint les bords avec du beurre lavé dans de l'eau de rose.
Philippe II ne coniplail plus revoir son fils; il s'attendait, de moment en moment, à recevoir la nouvelle de sa mort : aussi , aux premiers avis qui lui furent donnés de l'amélioralion inespérée survenue dans l'état du prince, il craignit que, comme la première fois, elle ne fût qu'apparente. Des dépèches postérieures l'ayant rassuré tout à fait, il quitta, le 13, le monastère de Saint-Jérôme où il s'était letiré, pour aller passer quelques heures avec la reine, au palais de Madrid , el le lendemain il revint à Alcala(').
Tout danger pour la vie de don Carlos avait cessé ; mais la fièvre persistait, et la paupière inférieure de l'œil gauche était toujours très-enflée. Le 16, l'inflammation se communiqua à la paupière de l'œil droit. Les médecins espagnols essayèrent de la combattre par des remèdes ; ils ne firent qu'empirer le mal. Vésale conseilla de pratiquer une ouverture au-dessous des
fciita estaba en los ungùenlos. Acordjmos dar con los unguentos y con el Morillo al Iravé.s. >' (Relation d? Daza.)
Daza ajoute : « Et il alla à Madrid traiter Hernando de Vega, qu'il << envoya dons l'autre monde avec ses onguents » [Y él se fué â Madrid a curar a Hernando de Vega, al cual con sus unguentos envio al cielo).
La lettre de l'ambassadeur de Florence, du 14 mai, et celle de l'ambassadeur de Venise, du 16 mai, semblei^t, au contraire, attribuera l'application des onguents du Pinterete l'amélioration qui survint dans letat de don Carlos.
(") Lettre de l'ambassadeur de Venise, du 16 m;ii — D'après la relation de Daza, ce fut le t3 que le roi revint à Alcala.
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paupières, alin de donner issue aux humeurs qui s'y étaient amassées : on ne l'éeouta pas d'abord ; mais, comme il insista, les autres médecins cédèrent. Le résullat justifia la sagesse et l'opportunité de ce conseil : une matière abondante étant sortie par l'ouverture que fit un coup de lancette, le malade fut soulagé instantanément. Dès lors, l'inflammation disparut peu à peu, et don Carlos recouvra la vue. Le 20 mai, il eut le bonheur de se voir délivré de la fièvre ('). Philippe II repartit pour Madrid le lendemain, laissant l'ordre à don Garcia de Tolède de lui faire parvenir des nouvelles de son fils deux fois par jour ("). Il assista, le 24, avec le nonce et tous les ambassadeurs, à une procession solennelle qui eut lieu pour la convalescence du prince {^).
11 restait à guérir la plaie que don Carlos avait à
(') Le garde des sceaux Tisnacq écrivait, le 22 mai, à la duchesse de Parme : - S. A. s'en va amendant, de jour à aullre, de plus en plus ; et « y a deuxjoursetdemy queles médecins dient qu'il ay testé sansquel- « que fiebvre, du moins que l'on ne s'appercevoit d'aucune. L'on luy a, « depuis le dernier dépesche (du 47 mai), faict quelque ouverture des- " soubz les parpèbresdes deux yeulx, comme l'on estimoit qu'il y avoit « quelque matière qui eust peu aultrement donner quelque mal, raes- « mes quelques fistules, et , après l'ouverture, ladicte matière en est « sortie : ce qu'a esté faict par le conseil du docteur Vezalius, qui avoit « esté de ceste opinion avec quelque suite, ores que les aultres avoient « tenu le contraire, assavoir : que le pourquoy n'y estoit.... »
La relation de Daza ne parle pas du conseil donné par Vésale.
(*) « Ledict seigneur i)rince s'est porté, de jour à aultre, de bien en mieulx, de manière que S. M., le tenant entièrement hors de danger, s'est retournée en ce lieu dès avant-hier soir. « (Lettre du secrétaire Courtewille a la duchesse de Parme, du 23 mai '1562.)
(^) Lettre de Tisnacq à la duchesse de Parme, du 2o mai 1562, — Lettre de Saiul-Sulpice à Charles IX, du !'■■ juin.
îtO DON CARLOS ET PIIlLlPPli II.
lu UHo, el i! fallait y |)ro('i'(lcr avec dautanl plus do précaulion . que le crâne avait été lésé par le trépan. Le 2 juin, le docteur Portuguès, le sondant avec un petit crochet [garabatUlo). en enleva l'os, qui sortit sous la forme d'un cœur ('). A partir de ce moment , les médecins firent usage d'un emplâtre composé de cire et de céruse (emplasto cfeminis) .• ils pansèrent la plaie deux fois par jour : ils parvinrent ainsi à la cicatriser peu à peu. L'érésipèle qu'avait eu le prince lui avait laissé, en plusieurs endroits de la tète, des croûtes qui lui causaient de la démangeaison ; on la calma au moyen de graisse de pore cuite dans du vin blanc. On lui rasa aussi la tète, pour la nettoyer mieux.
Le 14 juin, don Carlos se leva pour la première fois ; il entendit la messe et reçut le saint sacrement. Le roi, qui avait passé à Alcala les deux derniers jours de mai, y vint encore le 1 G juin, pour s'assurer, j)ar ses yeux, de l'entier rétablissement de son fils : sa joie fut grande lorsqu'il vit. le matin, le prince entrer dans sa chambre, et il Tembrassa avec effusion. Le 29, fête de Saint-Pierre, don Carlos assista aux otFices du couvent de Jésus et de Marie, où on lui montra le corps du bienheureux fi-ay Diego, qui n'avait pas été réintégré dans son cercueil depuis qu'on l'avait porté au palais. A partir de cette époque, il
C; Relation de Daza. — « L'on a naguaires nslé à S. A. l'os qui avoil « esté découvert par la seconde incision, qui est grand. S. M. partit '■ d'icy samedi 30 mai, pour aller reveoir son filz, et s'est de là retiré en « Aranjiiez. •> (Lettre deTisnacqà la duchessede Parme, du 8 juin 1562.)
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sortil pi'L'S([uc toutes les après-midis. |)our pieiidre J'air de la camj)a£!;ne. Son précepteur, Hoiioiato Juan, avait fixe le 5 juillet et choisi l'église de Saint-Bernard pour sa première messe (') : il voulut y être présent, il se pesa, alin d'accomplir le vœu qu'il avait fait, au plus fort de sa maladie, d'ollrir, en cas de guéj'ison, quatre fois son poids en or et sept fois son poids en argent à plusieurs maisons religieuses Q. Le 17 juillet, sa plaie étant entièrement cicatrisée, quoiqu'on y appliquât encore des cataplasmes destinés à fortilier la peau, il quitta Alcala.pour aller rejoindre la famille royale à Madrid Q.
Les habitants de la capitale firent éclater leur allégresse, en revoyant le;prince qu'ils avaient été si près de perdre. Le peuple aimait don Carlos- les grands restiuiaienl(^) : c'était sur lui que reposaient l'avenir de la dynastie et les destinées futures de l'Espagne. La plupart des princes chrétiens envoyèrent des ambas-
(') Voy. p. 13.
C) Il constata que son poids était de trois arrobes et une livre. L'arrobe l'ait vingt-cinq livres de seize onces. Il pesait donc soixante-seize livres.
(') « Monseigneur nostre prince vint hier soir b eu tard en ceste ville, et se porte fort bien ; et est la playe guarie, ores que l'on use encoires d'emplastre pour renforcer la chair.... •> (Lettre deTisnacq à la duchesse de Parme, du Î9 juillet lo62 )
Don Carlos avait couché le 17 à Barajas.
(^) « É universalmenteamatada'populi et stimata da' grandi, « disent, dans leur relation au sénat, les ambassadeurs vénitiens Andréa Badoaro et .Augustino Barbarigo, qui avaient été envoyés a'Madrid, en loGI, aliu de complimenter Philippe II sur son mariage.
r.oltc relation, (pii exi>teaux archives de Venise et de Turin, est datée du '27 août IjGS ; mais celte date est celle de sa remise a la chancellerie ducale.
sadtMJis au roi eallioliqiie, pour le féliciter sur le rélablissement de son iils ('). L'empereur Ferdinand écrivit à don Carlos, lui disant la peine que lui avait causée sa maladie, et le plaisir qu'il éprouvait de son retour à la santé. L'ambassadeur de ce monarque Talla visiter de sa part Q.
Don Carlos, qui attribuait sa guérison à l'intercession de fray Diego, pria inslamment son père de demander au pape la canonisation de ce saint religieux. Philippe II en écrivit à Rome. Le souverain pontife fit un accueil favorable au vœu qui lui était exprimé ; mais, à cause des informations indispensables en pareil cas, l'affaire souffrit quelque délai, et don Carlos n'eut pas la satisfaction de la voir terminée de son vivant Q.
(') Lettre de Saint-Sulpice à Catherine de Médicis, du 12 août 1562.
(*) Nous doiinoDS, dans ï Appendice A, la réponse que don Carlos fit à l'empereur.
('") « Y en el tiempo que se escrive esta hisloria, por la devocion grande del rey catôlico, el sumo pontifice, â su instancia, ha puesto fray Diego en el numéro de los santos. » (HEr.hEUA, Hisloria gênerai dcl inundo, etc.. t. l. p. 143.)