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CHAPITRE VIII

En Angleterre , l'émotion ne fut guère moins vive ; il y avait là trois prétendants à la main de la reine d'Ecosse : lord Henry Darnley, fils du comte de Lennox, de la maison de Stuart, et de lady Marguerite Douglas , descendante des Tudor ; le comte d'Arundel , d'une haute naissance , mais déjà avancé en âge , et dont les prétentions se fondaient sur l'influence de sa famille ( ! ), enfin le comte de Warwick, frère de lord Robert Dudley, favori de la reine Elisabeth ( 2 ). Les catholiques aussi bien que les protestants y désapprouvaient le mariage avec l'archiduc ( 3 ).

Sur ces entrefaites, William Mai 11 and, lord Lelhinglon, fut envoyé par Marie Stuart à Londres. Lèthington

nadie.... » (Dépêche de l'évoque d'Aquila au roi, du 3 avril 1563 : Archives deSimancas, Estado, leg. 816.)

« .... Se que la reyna de Escocia se habia descontentado mucho de lo que el cardenal platicaba en este negocio del archiduque, entes aun que Ledinton me hablase, porque Ledinton mismo me dijo que la reyna se enfadaba de lo que el cardenal hacia, y él audaba por aqui desinformando à los que pensaban que podria ser que la reyna se casase con el archiduque, y dando toda la culpa dello al cardenal. » (Lettre de l'évoque d'Aquila au comte de Luna, du 17 juillet 1563, ci-dessus citée.)

Le secrétaire Raulet écrivait encore à l'ambassadeur d'Espagne, le 25 avril 1563, de Saint-André : « Ay trouvé S. M. aucunement esmer- « veillée d'où estoit sorty le bruict qui couroit en Angleterre, que mon- « seigneur le cardinal de Lorraine avoit traitté et conclud son mariage « à Ispruck, pourestre chose dont S. M. n'avoitouy parler. » (Arch. de Simancas, Estado, leg. 816.)

(*) « .... Hombre principal, pero ya de edad, fundado en el favor de sus deudos y linage. » (Lettre de l'évêque d'Aquila à l'empereur, du 10 avril 1563, ci -dessus citée»)

(*) Lettre citée à la note précédente.

( } ) a En Inglaterra no satisface el casamiento del archiduque ni a los catôlicos ni à los hereges. » (Lettre de l'évêque d'Aquila au comte de Luna, du 17 juillet 1563.)

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était le principal secrétaire d'Etat d'Ecosse, l'un des personnages les plus considérables de ce royaume et le chef du parti protestant (*) ; du reste , homme de bien, fidèle à sa reine et désireux de sa •grandeur, quoique très-obstiné dans les opinions religieuses qu'il avait embrassées ( 2 ). L'objet avoué de sa mission était de s'interposer dans les différends de la France avec l'Angleterre qui s'était emparée du Havre de Grâce; mais le but réel en était d'obtenir que la reine Elisabeth déclarât la reine d'Ecosse son héritière, comme plusieurs fois elle en avait manifesté l'intention : si elle s'y refusait, Lethington devait passer en France, sous prétexte d'y négocier un arrangement avec la couronne britannique, et y traiter du mariage de sa maîtresse avec le roi Charles IX ( 3 ).

L'ambassadeur de Philippe II à Londres. Alvaro de

(') <> Ledioton, que es un secretario de aquella reyna, persona principal en aquel reyno, y especialmente con la parte de los protestantes, de los cuales él como caudillo vino aqui, enviado de su a m a. » (Lettre de l'evéque d'Aquila au comte de Luna, du 47 juillet 4563, déjà citée.)

(*) a La reyna.... sirvese muchodeste Ledinton, el cual es obstinatisimo en sus opiniones, pero en lo demâs fiel y nombre de bien, a lo que parece, y deseoso de la grandeza de su ama. . . » (Lettre de révoque d'Aquila à l'empereur, du 40 avril 4563, ci-dessus citée.)

Dans la même lettre, il dit que « Ledinton es el que lo gobierna todo a con el conde de More (Murray), hermano baslardo de la reyna. »

( 5 ) a Ledinton vino... . con ocasion en lo pûblico de interponerse entre la reyna de Inglaterra y el rey de Francia en estas diferencias de Abre de Graz ; pero en sustancia su venida era procurar con esta reyna que declarase à la de Escocia por su beredera; como muchas veces ha dado intencion de quererlo hacer, y caso que esto no hubiese efecto, pasar à Francia, como que iba à tratar del concierto, y tratar del cas^miento de su ama con aquel rey. » (Lettre de l'evéque d'Aquila, du 47 juillet 4563, ci-dessus citée.)

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la Cuadra, évéque d'Aquila, reçut de Lethington luimême la confldence des desseins de sa souveraine. Il avait invité ce ministre à dîner. Pour le faire parler, il lui dit que, à son avis, le seul moyen qu'eût la reine d'Ecosse de parvenir plus tard au trône d'Angleterre, était d'accepter le mari qui lui. serait proposé par la reine Elisabeth. Lethington répondit que jamais sa maitresse n'épouserait un protestant, et qu'elle n'accepterait ni un protestant ni un catholique de la main d'Elisabeth, lui offrît-on même de la déclarer héritière de la couronne : car cette reine voudrait lui donner pour époux quelqu'un de ses vassaux, et elle se marierait bassement, sans sortir des embarras où elle était, puisque, d'une part, avec ses forces seules, elle serait dans l'impuissance de faire exécuter la déclaration qu'elle 'aurait obtenue, tandis que, de l'autre, elle s'aliénerait l'affection des catholiques ( 1 ). Lethington ajouta qu'il ne pouvait être question ni du comte d'Arran, ni du duc de Ferrare : sa maîtresse détestait le premier, et elle avait refusé le second, malgré toutes les instances de la reine-mère. Elle était résolue de mourir plutôt que de prendre un mari qui ne fût pas égal à celui qu'elle

(') • .... Respondiô el Ledinton que en esto habia dos dificultades : la una, que su ama en ninguna manera se casaria con protestante, y la otra que ni con catôlico ni protestante, por mano de la de Inglaterra, aunque por solo esto la declarasen por sucesora, porque, demâs que pensaria darle por ma ri do algun vasallo suyo, casando bajamente, le quedaba la misma dificultad que agora, porque sin fuerzas propias nunca podria egecutar la declaracion que se biciese, y perderia las voluntades de los catôlicos.... » (Précis de la lettre de l'évêque d'Aquila à Philippe II, du 48 mars 4563, déjà citée.)

avait perdu (') ; par ce motif , elle repoussait aussi la recherche de lord Henry Darnley ( 2 ). Son désir eût été de s'unir au prince d'Espagne : vu l'opposition qu'y mettaient la reine-mère de France et la reine d'Angleterre, elle avait pensé au roi Charles IX; au cas qu'elle échouât de ce côté, mais en ce cas seulement, elle pourrait accepter l'archiduc Charles ; encore ne l'épouserai t-elle que si le roi catholique faisait à son cousin des avantages considérables et presque impossibles ( 3 ). S'ouvrant de plus en plus à l'évéque d'Àquila, Lethington en vint à lui proposer formellement le mariage de sa maîtresse avec le prince d'Espagne : si le roi catholique, lui dit-il, voulait y entendre, il se ferait presque le maître du monde : car il ajouterait à ses domaines les royaumes d'Ecosse , d'Angleterre et d'Irlande, dans la possession desquels il entrerait sans aucune difficulté , à cause de la grande inclination qu'avaient les catholiques pour ce mariage,

(') « .... Y que no habia que tratar del conde de Aran ni del duque de Ferrara, porque al primero aborrescia, y al segundo habia desechado , aunque la habia apretado sobrello la reyna madré, porque esta resuelta de morir ântes que tomar marido desigual al que perdiô.... » (Précis de la lettre de l'évéque d'Aquila à Philippe II, du 48 mars 4563, déjà citée.)

(*) Lettre de l'évoque d'Aquila au cardinal deGranvelle,du 8 mars 4 563 : Arch. de Simancas, Estado, leg. 846.

( 5 ) « Cuanto al matrimonio de su ama con el rey de Francia, dice que lo propondrâ, no por cumplimiento, como yo pensaba, sino porque con efecto vendria en ello la reyna su ama, â mas no poder, visto que la reyna madré le estorba el casamiento del principe nuestro sefior, que es donde ella tiene el pensamiento, lo cual me ha confesado ingenuamente ; y dice que, no sucediendo el de Francia, de muy mala gana vendria en el del archiduque Carlos, sino fuese con grandes abonos y asistencias del rey nuestro senor, y taies que por ventura no son platicables. » (Ibid.)

Chapitré vhi. $oô

ainsi que pour la réunion des trois couronnes ('). L'évéque objecta la différence de religion. Lethington lui répliqua qu'à la vérité la plupart des nobles écossais étaient protestants , mais qu'ils étaient si obéissants et si attachés à leur reine, que, la voyant décidée à se marier avec un catholique , ils applaudiraient à un choix avantageux au royaume; qu'il était certain, du reste, qu'en considération d'un tel mariage, on permettrait aux catholiques de vivre dans leurs maisons à leur mode, d'y célébrer leurs messes, et même d'avoir leurs églises propres ( 2 ). Il lui dit encore que la reine sa maîtresse possédait, en Ecosse et en France, 200,000 ducats de revenu, et qu'elle en avait 800,000 en argent et en joyaux ( 3 ).

L'évéque d'Àquila rendit compte de son entretien avec Lethington au roi et au cardinal de Granvelle* Il assura le roi qu'en Angleterre le mariage du prince d'Espagne avec la reine d'Ecosse avait de nombreux partisans ; que quelqu'un était venu lui offrir de se mettre à la tête de 500 chevaux, pour en appuyer la conclusion ; que d'autres lui avaient fait des offres non moins importantes ( 4 ). Il écrivit à Granvelle : « Selon

(') « .... Si S. M. quisiese atender â este casamiento, demâs de dar à su hijo una tal muger, câsi le venia à hacer monarca, con anadir â sus Estados aquellos reynos d'Escocia, Inglaterra é Irlanda, la posesion de los cuales se le daria sin niDguna di fi cuit ad, por la grande inclination que los catélicos tienen â este casamiento y â la conjuncion de aquellas coronas. » (Précis de la lettre de l'évéque d'Aquila à Philippe II, du 48 mars 4 563, déjà citée.)

( 2 ) Ibid.

(•) Ibid.

(•) Ibid.

510 DON CARLOS ET PHILIPPE il.

« moi, ce mariage est conclu, si S. M. le veut : il a « pour résultat la sûreté des Pays-Bas, le maintien « de la religion catholique dans ces provinces, et, « comme le dit Lethington, il est le chemin qui mène « directement à la monarchie universelle ( l ). » Dans une dépêche postérieure, il manda au roi , comme le tenant de Raulet, secrétaire de la reine d'Ecosse, bien intentionné et catholique , que le comte de Murray. frère naturel de la reine , était tout à fait porté pour le mariage de sa sœur avec don Carlos ; que tous généralement en avaient un extrême désir , et qu'enfin il n'y avait pas en Ecosse moins de catholiques que de protestants, surtout parmi le peuple ( 2 ). Quelques jours après , il lui fit savoir que la reine Elisabeth venait de proroger le parlement, et que dix ou douze des seigneurs qui en faisaient partie , au moment de retourner chez eux, lui avaient renouvelé leurs instances pour le mariage de la reine d'Ecosse; que quelques-uns d'entre eux avaient même été jusqu'à lui offrir de s'obliger sur-le-champ, par des actes formels, envers ladite reine et le prince d'Espagne con-

(*) « A mi juicio, este casamiento esta hecho, si Sa Magestad quiere, y trae coosigo el remedio de la religion y la scguridad dessos Estados, y, como LedintoD dice, séria camino derecho para la monarchia.... » (Lettre du 8 mars 4563, ci-dessus citée.)

(*) • Este secretario Raulet (dans un autre passage il le qualifie de buena persan* y catélica) me ha dicho que es grandisimo el deseo que milord Jaimes tiene del casamiento del priocipe nuestro senor, y que todos generalmente lo desean en estremo, y que en le de la religion no hay menos catôlicos que hereges, especialmente el pueblo que dice ser muy bue no.... » (Dépêche du 3 avril 4563 : Arch. de Simancas, Eslado, leg. 816.)

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