CHAPITRE IX
son précepteur, une dignité plus éminente encore que celle dont il avait été revêtu : il écrivit au pape, et il pressa vivement son nonce à Madrid, l'archevêque de Rossano. afin qu'Honorato Juan fût élevé au cardinalat ('), comme l'avait été le précepteur de son père, Juan Martinez de Siliceo.
L'évêque d'Osma avait un sincère attachement pour son royal élève, quoiqu'il ne se dissimulât ni ses défauts ni ses torts Obligé de quitter la cour, au commencement de 1 866, pour aller dans l'Eslrémadure respirer un air plus favorable à sa santé, il voulut faire entendre encore une fois au prince le langage de la raison et du devoir. Il lui écrivit, de Valladolid, une lettre que nous traduirons presque tout entière, malgré son étendue, parce qu'elle servira à faire apprécier en même temps et le maître et le disciple.
« La prière que j'adresse à Votre Altesse, lui disait-il x est de se ressouvenir de trois choses que je lui ai souvent mises devant les yeux.
« La première est l'amour et la crainte de Dieu, avec ce qui en dépend, et qui consiste à tenir grand compte de ses commandements, à les observer aussi
(') « 11 prencipe di Spasna mi disse, riceveodo quel brève di Sua Santità, che io scrivessi a Sua Beatitudine che si ricordasse et H concedesse quello ch'egli Phavea dimandato ; et perché stava con gran piacevolezza ragionando, li dis3i : « Io lofarô, benchè non sappia di cbe gli « scriveiô » Sua Altezza con un certo solito suo riso disse cbe vonebbe cbe Sua Santità facesse cardinale il suo maestro il vescovo d'Osma. » (Lettre de l'archevêque de Rossano au cardinal Alessandrino , du 30 juin 1566 : MS. de la bibliothèque nationale de Madrid, X 472 , pp. 115-M9.)
bien intérieurement qu'extérieurement, pour le bon exemple que V. A. est obligée de donner à tout le monde ; à entendre la messe et les offices divins avec attention et dévotion ; à respecter les choses de l'Eglise et ses ministres, ainsi que les ordres religieux, sans montrer de partialité pour aucun de ceux-ci, car ils sont également bons et approuvés, et en les considérant, au contraire, en les favorisant, en les gratifiant tous indistinctement. Je supplie aussi V. A. de se rappeler qu'elle doit regarder comme tout à fait siens les choses et les ministres du saint office, et leur être toujours favorable : si, dans tous les temps, cela fut juste et très-agréable à Dieu, aujourd'hui c'est d'une nécessité absolue, non-seulement pour ce qui touche l'honneur et le service de Notre-Seigneur, mais aussi pour ce qui concerne, en particulier, l'état royal, la tranquillité de ces royaumes et leur bonne administration.
« La seconde chose, après ce qui touche Dieu, est que V. A. obéisse à son père, le servant, le satisfaisant en tout ce qu'il vous ordonnera et que vous saurez qu'il désire pour votre propre bien et avantage. Si même V. A. laisse de côté l'obligation que Dieu en a si expressément et si spécialement imposée, et la récompense temporelle qu'il a attachée à l'accomplissement de celle-ci, outre l'étern^le, elle reconnaîtra que cette voie est la plus unie et la plus directe pour parvenir à ses fins, et y être aidé de Dieu, qui lui servira ainsi de boussole et de guide. De cette façon, V. A. aura pour elle le public, qui naturellement voit avec satisfaction les enfants respecter leurs parents et