CHAPITRE H
répondre : « Tu l'auras quand je serai mort ('). » Nous avons des versions différentes sur l'impression que l'empereur, en quittant Valladolid, emporta de l'héritier présomptif de la monarchie espagnole. Selon l'aumônier du prince, Osorio, il aurait été si charmé de son petit-fils qu'il aurait voulu qu'on l'appelât au conseil d'Etat, quand on aurait eu à y discuter des affaires importantes (*). Selon d'autres, au contraire, il aurait dit à la reine Éléonore : ce II me semble « qu'il est très-turbulent ; ses manières et son humeur « ne me plaisent guère ; je ne sais ce qu'il pourra « devenir un jour ( 3 ) : » il l'aurait même repris sur le peu de respect et d'égards qu'il montrait à la princesse dona Juana, sa tante ( 4 ). »
Quoi qu'il en soit, après cette séparation de don Carlos d'avec son aïeul, qu'il ne devait plus revoir, une amélioration se fit remarquer dans ses études et dans les exercices de son âge auxquels on s'appliquait à le former ( 5 ), amélioration assez peu sensible toutefois
t 1 ) Charles-Quint, son abdication, son séjour et sa mort au monastère de Yuste, par M. Mignet, p. 153.
( 3 ) En gran manera Su Magestad se huelga con el principe nuestro
sefior, y me dicen que iiene muy gran contentamiento de Su Alteza, y muestra que es tanto que» cuando se ofreciere algo que importe, le a Su Magestad de tenerle en consejo d'Estado.... » (Lettre du 261 octobre \ 556, citée p. 1\ , note 3.)
( 3 ) Manuscrit du chanoine Gonzalez, cité par M. Mignet, Charles- Quint, etc., p. 455.
(*) « Reprehendiô al principe su nieto su poca mesura i mucha desenboltura con quevivia y trataba con su lia.... » (Cabrera, Historia d$ Felipe II, liv. II, chap. XI, p. 94.)
(*) « .... Hasta agora no se baofrecido de que avisar â V. M d en la orden de vida que el principe tiene, .... continuando lo del estudioy
pour que son précepteur crût devoir encore engager le roi à lui adresser des exhortations à ce sujet ('). A la vérité, don Garcia de Tolède prenait à tâche de lui épargner tout travail, toute fatigue, qui aurait pu nuire à sa santé ( 2 ).
Une lettre de ce seigneur, qui porte la date du 27 août 1557, nous donne des renseignements trèsprécis et très-curieux sur la situation physique de don Carlos, sur remploi de ses journées, et sur les dispositions qu il montrait :
« Le prince — écrit don Garcia à l'empereur — est en bonne santé, Dieu merci. En ce qui concerne le manger, comme en tout le reste, sa vie est bien réglée. Il se lève avant sept heures ; la prière et le déjeuner le conduisent jusqu'à huit heures et demie, que commence la messe. Après la messe, il se met à ses études. A onze heures, il dîne. Le dîner achevé, et jusqu'à son goûter, qui a lieu à trois heures et demie, il cause avec les personnes de sa maison ; il joue aussi un instant au truc ou au palet, et fait un
estotros exercicios que en su edad pueden aprovechalle ; y aunque todas estas cosas haze Su Alt* con poca inclination, hay harta mejoria en ellas.... » (Lettre de don Garcia de Tolède à l'empereur, du 29 juillet 4557, Archives de Simancas, Estado, leg. 449.)
(') « S. A. estudia como alla dira el marqués de las Navas, que es el que mas veces se ha hallado en sus liciones, aunque mucho harâ al caso que V. M d en sus car tas se lo acuerde, que harto lo deseo alguuas veces....» (Lettre d'Honorato Juan au roi, du 2 août 4557, dans la Coleccion de documentas inéditos, etc., t. XXV 1, p. 479.)
( 2 ) a .... En ninguna cosa aprieto mas de lo que enliendo que no duede danar à la salud de Su Alteza. ...» (Lettre de don Garcia de Tolède, du 29 juillet 4 557.)