‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 162 sur 170 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ne le reçurent pas d'une manière moins flatteuse. II eut un grand succès à cette cour où les étrangers réussissaient si difficilement : aussi, dit firantômc, « c'estoit le seigneur de la plus belle façon et de la « meilleure grâce que j'aye veu jamais, fust-ce parmy « les grands, parmy ses pairs, parmy les gens de « guerre et parmy les dames ('). »

Egmont sollicita avec chaleur des résolutions favorables sur les objets dont il était chargé par son instruction. Il représenta, de plus, au roi la nécessité d'augmenter de quatre membres le conseil d'Etat, en lui désignant pour ces places le marquis de Berghes, le baron de Montigny, le comte de Meghem et le seigneur de Noircarmes. Il lui proposa, en outre, d'attribuer la connaissance de toutes les affaires du gouvernement à ce conseil, auquel les conseils privé et des finances seraient subordonnés : c'était une combinaison que les seigneurs avaient imaginée pour accroître leur influence ; et ils la lui avaient particulièrement recommandée. Enfin il engagea le roi à donner à Meghem, avec les patentes de conseiller d'Etat, celles de maître de l'artillerie, dont la charge était vacante par la mort du seigneur de Glajon, à condition que Meghem rendît au comte de Homes le gouvernement de laGueldre, qui lui avait été retiré en 1559 ( 2 ).

Philippe II ne se décida qu'à l'égard des points contenus en l'instruction d'Egmont : il allégua, poui; les

f 1 ) Œuvres complètes de Brantôme, édtt. Buchon, 4838, t. I, p. U3. (*) Hecuerdo del conde d'Egmont, demàs de lo contenido en su instruction. (Archives deSimancas, Eslado, leg. 527.)

autres, qui étaient contraires à ses idées, la convenance de prendre l'avis de la duchesse de Parme. Il accorda soixante mille écus pour le déficit des aides destinées à la solde des garnisons et des bandes d'ordonnance, deux cent mille écus pour la grande loterie des gens de guerre, cent cinquante mille ducats pour suppléer à l'insuffisance des ressources qui devaient couvrir les dépenses ordinaires de l'administration (') : s'excusant de ne pas faire davantage, sur les armements auxquels l'obligeaient les menaces du Turc. Quant à la question religieuse, il déclara que c'était une chose à laquelle il fallait beaucoup réfléchir, comme étant la plus importante et la plus obligatoire de toutes, et qu'il aimerait mieux perdre cent mille vies, s'il les avait, que de consentir à ce qu'il fût apporté quelque changement à la religion ( 2 ) : il autorisa seulement sa sœur à appeler, sans bruit, en sa présence et celle des membres du conseil d'Etat, sous prétexte du concile de Trente, deux ou trois évêques, autant de théologiens et quelques conseillers choisis parmi ceux qui avaient le plus de zèle pour la religion, afin de discuter les meilleurs moyens d'endoctriner

(') « La quantité de la provision pour un coup n'est sinon bien grande, » écrivait Tisnacq à Viglius, le 2 avril 4565.

(*) « En lo de la religion, le direis que me paresce que ay mucbo que mirar, como en la cosa mas importante y mas obligaloria que todas las otras,.... y mvnos tango de consentir que haya mudanza en ella, y en que no terne en nada perder cient mill vidas, si tan tas tubiese, an tes que consentira.... « (Instruction du roi pour le comte d'Egmont, du 2 avril 1565). — Le passage imprimé en italique fut ajouté par le roi lui-même à la minute rédigée par Gonzalo Perez.

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