‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 41 sur 170 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

fut donc fait par le docteur Porluguès. Il y eut ensuite, en présence de don Garcia de Tolède, une consultation des hommes de l'art qui se trouvaient au palais : tous jugèrent convenable qu'on tirât encore au prince huit onces de sang.

Après la première saignée, don Carlos avait ressenti un peu de fièvre : elle augmenta le quatrième jour, mais elle diminua graduellement depuis, et le septième, qui élait le 26 avril, elle avait cessé ; seulement le prince se plaignait, par intervalles, de mal de dénis, de certaines petites glandes qui le faisaient souffrir au côté gauche du cou, et d'un peu d'engourdissement à la jambe droite.

Philippe II avait suivi de près, à Alcala, son protomédecin (*). Les hommes de l'art ne trouvant à la blessure de son lils aucun caractère alarmant ni même grave, il retourna à Madrid.

Mais les médecins espagnols de ce temps-là semblaient être restés étrangers aux progrès que les travaux et les ouvrages d'André Vésale avaient fait faire a la science : toute leur conduilef depuis l'origine jusqu'à la fin de la maladie occasionnée à don Carlos par sa chute, dénota leur peu d'expérience et d'habileté ( 2 ). Le 29 avril, la plaie que le prince avait à la tête com-

(*) Lettre de l'évoque de Limoges à Catherine de Médicis , du 25 avrils 562.

(*) « Chi non vede non puô creder la poca prattica di questi ccru- « jici, » dit l'ambassadeur de Florence, Nobili, dans une lettre à Gôme de Médicis, du 4" mai 4562.

Le même ambassadeur, annonçant à son maître, le 8 octobre 1568, la mort de la reine Elisabeth, accusait formellement ses médecins

mença d'offrir un aspect plus inquiétant. Dans la nuit, le malade se réveilla avec une fièvre ardente, un grand mal de tête, et les mêmes douleurs, mais plus intenses, au cou et à la jambe, qu'il avait éprouvées les premiers jours. Don Garcia de Tolède manda le docteur Olivarès. Celui-ci , pour tranquilliser le prince, lui dit que ce n'était rien, que ce qu'il éprouvait était seulement un peu d'agitation ; mais don Carlos repartit : « La fièvre, et le onzième jour, dans un mal causé « par une blessure à la tête, c'est d'un mauvais ce augure ! » Il ne se trompait pas. Le mal devint si violent qu'on ne crut pas devoir le laisser dormir jusqu'au point du jour (').

Le 30, de grand matin, don Garcia de Tolède réunit les médecins et les chirurgiens du palais, au nombre de six, pour examiner ce qu'il y avait à faire. Tous furent d'avis que les symptômes qui s'offraient à leurs

espagnols de l'avoir tuée : « Mi pare a proposito che V. E. sappia corne « li medici espressamente hanno amazzata la reina, avendole dato la " mattina medesima una medicina , e appiccato infinité coppette per la « vista, e cavatosangue per li piedi, tantoche si vidde la creatura avère « abbrucciato tutto il comignolo del capo : cosa certo miserabile. »

L'ambassadeur français Saint-Sulpice, dans ses lettres à Catherine de Médicis, se plaint fréquemment des médecins espagnols attachés au service de la reine Elisabeth, et surtout de leur manie de saigner. Fourquevaulx, son successeur, à propos de remèdes quèCatherine de Médicis avait envoyés pour les couches de sa fille, dit : « J'entends que ces méde- « cins espagnols en ont mesprisé la pluspart , comme grosses bestes « qu'ils sont, n'ayant rien que présomption et arrogance en eux. »

L'ambassadeur d'Angleterre, dans sa lettre du 4 2 mai , qu'on trouvera à V Appendice A, accuse également d'impéritie les médecins de don Carlos.

f 1 ) « *La calentura era tan crecida que convino no le dejar dormir hasta el amanecer. » (Relation de Daza.)

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