‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 46 sur 170 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

duc d'Albe ( l ), dans l'après-midi du même jour, le fit tirer du cercueil où il était renfermé, et apporter processionnellement en la chambre de don Carlos. Le malade le toucha ( 2 ) : quelques instants après, il ressentit du soulagement; la respiration lui revint. Le soir, on le saigna à la veine nasale; on lui appliqua des ventouses; il s'endormit ensuite d'un sommeil paisible et qui se prolongea pendant six heures. Selon ce qu'il conta depuis, fray Diego lui apparut la nuit, habillé en franciscain, tenant à la main une croix de roseau entourée d'un ruban vert, et lui dit qu'il ne mourrait pas cette fois Q. Le duc d'Albe s'empressa d'informer

( ! ) « Vero eseropio di amorevolezza e di fede, » dit l'ambassadeur de Florence.

( 2 ) C'est l'expression dont se sert don Carlos lui-même dans son testament dont nous parlons au chapitre VI : l'ambassadeur de Florence dit qu'il le baisa.

Dans sa relation, Dionisio Daza donne à entendre que le prince ne put ni sentir ni voir ce qu'on lui fit faire: « Meliéronle (el cuerpo « de fray Diego) en el aposento del principe, y llegâronsele lo mas « que fué posible, aunque aquel dia estaba tan fuerade si S. A. y los « ojos estaban tan apostemados, que dara muy poca razon de lo que « acaeciô. »>

- ( 3 ) Dans la relation attribuée au docteur Olivarès, il y a ici un passage que ne contient pas celle de Daza, probablement parce qu'il jugea à propos de l'en retrancher, lorsqu'il publia sa Prâctica y teàrica de cirurgia; nous croyons devoir en donner la traduction : « Le vulgaire « a pris occasion de cette apparition de fray Diego, pour s'imaginer « que le rétablissement du prince fut l'effet d'un miracle. Certes, cela « eût pu être, puisqu'il était aussi facile au bienheureux Diego de sup- « plier Dieu de rendre la santé au prince, que de lui apparaître et de le « consoler, comme il le fit selon le témoignage de S. A. Néanmoins, à « mon avis, il n'y eut pas de miracle, dans l'acception propre du mot : « car le prince fut guéri par les remèdes naturels et ordinaires dont on « use pour toutes personnes atteintes de la même maladie, même en des

cas plus graves. Je crois bien et je tiens même pour certain que nous

le roi du symptôme favorable qui venait de se manifester dans l'état de son fils.

La journée du 10 se passa sans changement. Le Pintcrete, ce Morisque de Valence que le roi avait fait venir, était à Alcala depuis la veille. Avant son arrivée, il y avait eu de vives diseussions entre les médecins sur la question de savoir si l'on ferait usage de ses onguents. La plupart étaient contraires à ce qu'on les employât, disant qu'on en ignorait la composition, et qu'il ne convenait point que , dans un cas d'une telle gravité,, et lorsqu'il s'agissait d'un si grand prince, on appliquai des remèdes, sans connaître les ingrédients qui y entraient : ils ajoutaient qu'il répugnait à la raison de se servir toujours des mêmes médicaments, quelque divers que fussent les âges, les temps et les complexions. Cependant, voyant la confiance que bien des personnes avaient en ces onguents, l'opiiuoii générale du public , qui leur reprochait de n'y pas

« fûmes aidés de la faveur particulière de Dieu, principalement par « l'intercession de la très-sacrée Vierge, sa mère, par les oraisons, « prières, processions, disciplines, jeûnes qui se firent pour S. A. dans « toute l'Espagne, et même au dehors, par l'intercession de beaucoup do « justes qu'il y avait entre un si grand nombre de gens, et de plus, comme « la piété autorise à le croire, par les mérites du bienheureux fray « Diego, à qui S. A. avait depuis longtemps une dévotion particulière. « Mais, comme il est dit, ce fut selon l'ordre naturel des choses, puisque « le prince se rétablit par les remèdes qu'on lui donua, et l'on appelle « proprement des miracles les choses qui excèdent toutes les forces « nul u relies, etc. »

11 est à remarquer que, dans son testament, don Carlos garde le silence sur l'apparition de fray Diego, et que la relation officielle envoyée par le roi à ses ambassadeurs ne dit mot de cette apparition, non plus que du transport du corps de fray Diego au palais.*

Page 1