CHAPITRE V
en Cas tille; il ne dédaignait même pas, pour stimuler le zèle des membres des états, de les solliciter en personne : le 24 décembre, veille de Noël, il avait assisté à leur séance jusqu'à trois heures après minuit, y faisant porter son souper, et ensuite son lit, pour leur signifier qu'ils eussent à accélérer leurs travaux ('). Les Valenciens étaient assez bien disposés ; mais il n'en était pas de même des Aragonais et des Catalans : ceux-ci se montraient obstinés dans leurs prétentions. Irrité d'un mauvais vouloir auquel il ne s'était pas attendu, Philippe annonça le dessein de quitter Monzon le 20 janvier. La veille, les députés d'Aragon vinrent le supplier de différer son départ de quelques jours, sous la promesse de ne rien négliger pour qu'on parvînt à s'entendre : il y consentit ( 2 ). Il
catholicque presse, tant qu'il peult, l'expédition.... » (Lettre de Saint- Sulpice à Catherine de Médicis, du 47 décembre 4563.)
(') Lettre de Saint - Sulpice à Catherine de Médicis, du ^janvier 4 564.
« Sa Majesté se donne grande baste pour l'achèvement des cortès, et y va souvent, et y demeure longtemps, voires parfois jusques après minuict. » (Lettre du secrétaire Courtewille à la duchesse de Parme, du 34 décembre.)
(') « Après les continuelles sollicitations que le roy a fait en personne vers les trois estatz, assavoir : d'Arragon, Cataluna et Valence, qu'ilz appellent les trois bras, comme nous appelions en Flandres les quatre membres, S. M. s'est apprestée pour partir vers Barcelonne, avec grand contentement de ceulx de Cataluna et de Valence, remettant d'achepver ce que leur touche jusques à son arrivée audit Barcelonne et Valence. Mais n'a sceu venir à boult avecq ceulx d'Arragon, pour l'opinion d'aucuns particuliers qui quœrunt quœ sua sunt, sed non quœ reipublicœ : de sorte que, les voyant si rétif z, s'estoit délibéré de s'en aller aujourd'huy de bon mattin. Que voiant lesdicts d'Arragon, vindrent hier au soir bien tard à supplier très-humblement à S. M. de vouloir surceoir son partement encoires quelques deux ou trois jours, donnant espoir de
se mit d'accord en effet avec les cortès, en ce qui concernait les affaires particulières des royaumes d'Aragon et de Valence ( l ) ; mais elles ne voulurent pas consentir à reconnaître le prince par procureur, et elles n'accordèrent , en sus de l'aide ordinaire de cinq cent mille écus, qu'un subside extraordinaire de cent cinquante mille écus, pour tout ce qu'elles n'avaient pas payé depuis onze ans. Philippe, qui voulait en finir, parut se contenter du résultat de leurs délibérations : il promit de faire venir son fils en Aragon dans le délai d'un an, afin qu'il prêtât serment aux cortès et reçût le leur ( 2 ).
Il partit, le 24 janvier, pour Barcelone, après avoir prorogé au 7 février, dans cette ville, les cortès de la principauté de Catalogne et des comtés de Cerdagne et de Roussillon. Il y fit son entrée le 6, au milieu de grandes démonstrations d'amour et d'allégresse de la population. Pendant plusieurs jours, des fêtes eurent lieu en son honneur ( 3 ). Pour leur donner plus d'éclat,
meilleur succès.... » (Lettre du secrétaire Courtewille au président Viglius, du 20 janvier 4564.)
f 1 ) « Sa Majesté se partit hier, ayant dépesché les négociations des Valenciens et Arragonois, et prorogué celle des Catalans jusques à Barcelonne, pour commencer à la continuer au vu* du mois advenir. La diligence et accélération dont il a usé a esté incroyable. » (Lettre de Tisnacq à Viglius, du 25 janvier 4564.)
(') Lettre de Saint-Sulpice à Charles IX, du 4 S février 4 564.
Cabrera, qui ne dit que peu de mots des cortès de Monzon, fait cependant suffisamment comprendre l'opposition qu'y rencontra Philippe II : « Fueron muy litigiosas, dit-il, por aver mucbos anos que no las tu- « vieron.... » (Felipe II, liv. VI, chap. XVI.)
(') Lettres de Tisnacq à la duchesse de Parme et à Viglius, du 48 février 4561.