‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 58 sur 170 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

A la suite de la diète d'Augsbourg , de 1530, où Charles-Quint avait usé de tout son ascendant sur Ferdinand et sur Maximilien, pour les faire consentir à ce que Philippe devînt roi des Romains quand Ferdinand deviendrait empereur (*}, il y avait eu un refroidissement marqué entre les deux branches de la maison d'Autriche. Les princes de la branche allemande se plaignaient hautement que Charles sacrifiât tout à l'avantage du prince d'Espagne ( 2 ). Maximilien et Philippe, dont les intérêts particuliers avaient été en lutte dans cette occasion , et qui étaient si dissemblables de caractère , d'inclinations , de sentiments, en avaient conçu l'un pour l'autre une antipathie qui allait presque jusqu'à la haine ; Maximilien retendait même à toute la nation espagnole : il avait renvoyé de sa cour la plupart des personnes de cette nation qui y étaient attachées ( 3 ). Lorsque, en 1856, il vint à Bruxelles avec sa femme, pour faire ses adieux à l'empereur, il y eut entre lui

(*) Charles-Quint, etc., par M. Mignet, p. 40.

(*) « Con il re de* Romani non stanno cosl bene corne per lo passa to, perché s'è veduto che non si tien conto se non deir utile particolare del principe di Spagna, e nulla degli altri, etc. » (Relazione di Marino Cavalli, ritornatoambasciatoreda Carlo V l'an no 4554, dans les Relazioni degli ambasciatori veneti al senato, série 4 r «, vol. II, p. 249.)

( 8 ) « .... Sopra tutti gli altri odia Spagnuoli, ne si puô in alcun modo ritenere che con alcuno non ne dica grandissimo maie, et faccia ogni sforzo ancora per far partire ancora quei pochi che resta no appresso la regina, perciochè nelle sue corti non vene sono restati più di due pur di qualche conto. .. • (Relatione del clarissimo messer Paolo Tiepolo, torhato ambasciatore dal serenissimo Ferdinando d'Austria, re de 1 Romani, l'anno 4557, à la Bibliothèque impériale à Paris, MS. Saint- Germain-Harlay 277, fol. 488.)

et Philippe une sorte de réconciliation ( ! ) ; mais elle fut plus apparente que réelle, car il n'eut pas lieu d'être satisfait de l'accueil que lui firent le roi et ses ministres, et il n'obtint de son beau-frère rien de ce qu'il prétendait : aussi, à son départ, dit-il avec humeur à la reine douairière de Hongrie que , puisqu'on tenait si peu de compte de lui, il s'arrangerait avec la France, et, s'il le fallait, avec le Turc ( 2 ). Philippe, dès son avènement à la couronne, entretint des relations amicales et suivies avec le roi des Romains, son oncle ( 3 ) ; il n'eut avec son beau-frère

(') Retraite et mort de Charles-Quint, etc., Introduction, p. 432.

(*) lbid., t. H, p. xxv.

Dans une lettre que François II écrivît, le 3 septembre 4560, à révêque de Rennes, son ambassadeur à Vienne, on lit : « J'ay bien noté ce « que vous m'escrivez des propos que vous a tenuz le roy de Bohesme, « lequel vous ne sçauriez mieux faire que de visiter souvent , pour « l'entretenir tousjours en Vamytié quilfaict démonstration de me porter, « et l'asseurer que je y correspondray tousjours de pareille affec- « tron.... » (Négociations, lettres et pièces diverses relatives au règne de François M, p. 505.) Ce passage est digne de remarque, eu égard à la date de la lettre.

(*) Sa correspondance avec Ferdinand, du 48 mars 4556 au 3 février 4 563 (avec des lacunes toutefois) a été publiée dans la Coleccion de documentes inéditospara la historia de Espana, t. II, pp. 449-592.

Ferdinand avait reporté sur Philippe l'affection qu'il avait toujours témoignée à Charles-Quint. Granvelle écrivait au roi le 6 novembre 4 560 : « La voluntad que muestra el emperador en todas las cosas de V. M. « merece que V. M. tenga toda cuenta en lo que puede redundar en « beneficio de su casa.... » {Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VI, p. 492.)

Giovanni Micheli, dans la relation qu'il fit au sénat de Venise, en 4563, au retour de son ambassade auprès de Ferdinand , s'exprime ainsi : « Fra l'imperatore et il re di Spagna vi è maggior et stretta intelligenza « che sia possibile, et senza dubbio Sua Maestà gli porta quasi quel « rispetto che portava ail' imperator Carlo, communicando di propria

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