‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 8 sur 170 · CHAPITRE I. M · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. M

le 12 juillet ('). Avant son départ, il nomma précepteur de son fils Honorato Juan : « L'expérience que j'ai « acquise de voire bonté et de votre science, pendant « le temps que vous avez été au service de l'empe- « reur et au mien, — lui écrivit-il — m'a engagé à « vous choisir pour maître de l'infant don Carlos, « mon fils, comme don Anlonio de Rojas vous le dira. « Je vous charge beaucoup de travailler à le former « à la vertu et aux connaissances humaines, ainsi « que vous le devez à la grande confiance que j'ai « placée en vous, en vous donnant un emploi de tant « d'importance ( 2 ). » Un religieux sur lequel nous savons peu de chosej, fray Juan de Munalones, était, depuis quelque temps déjà, chargé d'enseigner au jeune prince les premiers éléments de la grammaire ; Philippe le remercia de ses soins et l'invita à les continuer, selon les instructions qu'il recevrait de don Antonio de Rojas ( 3 ). Don Carlos devait résider à Valladolid, auprès de sa tante la princesse dofia Juana, veuve, après un an de mariage, du prince don Juan de Portugal, et que l'empereur avait nommée gouvernante des royaumes d'Espagne pendant l'absence qu'allait faire son fils.

Le choix que le prince avait fait d'Honoratp Juan fut universellement approuvé. Né à Valence le 14 jan-

( ! ) Vandenesse, Journal des voyages de Charles-Quint et de Philippe II.

(*) Lettre du 3 juillet 1554, apud Ath. Kircher, Principis christ iani archetypon politicum, etc., 1672, in-4°, p. 135.

t 3 ) Lettre de la même date, dans la Coleccion de documentes inédiios, etc., t. XXVI, p. 396.

vier 1507, et issu d'une famille ancienne et distinguée, Juan, après avoir fait de brillantes études dans son pays, était alfé à Louvain, où il avait suivi les leçons du savant Vives; il passait pour un des hommes les plus instruits de l'Espagne : « Sa science dans toutes « les branches des belles-leltres — dit un contempo- « rain — est si grande et si rare qu'elle a émerveillé « tous ceux de notre temps, italiens, allemands, fran- « çais, flamands, anglais, espagnols, qui sont vérita- « blement doctes, et qui tous rendent témoignage de ce son génie extraordinaire, ainsi que de la variété et « de l'étendue de ses connaissances dans les Iittéra- « tures grecque et latine, dans ,1a philosophie natu- « relie et morale, et dans les mathématiques ('). » Honorato Juan à un savoir prodigieux joignait le caractère le plus élevé et des mœurs exemplaires. Charles-Quint, qui appréciait le mérite, l'avait appelé à sa cour ( 2 ). Il faisait partie de la suite de Philippe, quand ce prince passa aux Pays-Bas, en 1548 ( 3 ).

C'était une difficile et délicate mission que celle qu'acceptait le disciple de Vives; mais aussi quelle perspective n'offrait-elle pas à celui à qui elle était confiée? Adrien d'Utrccht, précepteur de Charles-Quint,

(') « Su sciencia en lodo género de Ietras es tanta y tan rara, que todos los verdaderamente dodos de este tiempo, ilalianos, alemanes, franceses, flamencos, ingleses y espanoles, admirados, han dado testimonio de su muy peregrino ingenio, y del raucho y hondo conocimiento que en los autores griegos y latinos, y en la filosofia natural y moral, y disciplinas matemâticas, tiene.... « (Alvaro Nunez, cité par Kircber, p. 146.)

( a ) Kircher, Principis chrisliani archetypon, etc., p. 131.

(•') Alonso Ulloa, Vita Caroli V, lit». IV, fol. 243.

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