CHAPITRE VIII
époque difficile, lui étaient généralement favorables (').
Nous ne comptons pas, parmi les princesses qui aspiraient à la main de don Carlos, Elisabeth d'Angleterre : car nous ne saurions, en vérité, prendre au sérieux le reproche que cette reine faisait à don Diego Guzman de Silva, ambassadeur de Philippe II à sa cour, qu'on ne l'eût pas proposée au prince d'Espagne ( 2 ). Jamais Elisabeth ne voulut réellement s'assujétir aux liens du mariage, et don Carlos aurait été le dernier qu'elle eût accepté pour époux.
Le Aïs de Philippe II n'était pas d'humeur à se laisser marier contre son gré. On le savait : aussi Elisabeth de Valois et les dames françaises de sa cour ne laissaient- elles échapper aucune occasion de faire valoir en sa présence les avantages de madame Mar-
(*) Les ambassadeurs vénitiens Andréa Badoaroet Augostino Barba rigo disaient d'elle, dans leur relation de 1 564 1 que nous avons plusieurs fois citée : « È stimata da S. M. C, cosi da tutta la Spagna, per il prudente • governo ch' ella ha fatto di quel regno, neir assentia del re.... »
(*) • Con ocasion de las vistas concertadas de la reina de Espana con su madré la reina de Francia en Fuenterrabia, movio Isabel nueva mente la plàtica de casamiento, en la cual dijo a Guzman de Silva.... que estaba quejosa de que no se la hubiese propuesto al principe don Carlos. • (Apuntamentos para la historia del rey don Felipe II, por la tocante à sus relaciones con la reina Isabel de lnglaterra, par don Tomas Gonzalez, dans le tome VII des Memorias de la real Academia de la historia de Madrid, p. 307.)
Dans une lettre de Guzman de Silva au roi, du 40 juillet 4564 (Coleccion de documentas inéditos para la historia de Espana, t. XXVI, p. 509), nous trouvons le passage suivant, qui confirme le fait rapporté par le chanoine Gonzalez : « La reina loruome à preguntar en lo pasado « de V. M. y si ei principe habia crescido. Yo le dije que si ; y estuvo « pensando un poco, y dijo : En fin todos me desdeiian : entiendo que « se ha tratado de casarle con la de Escocia. »
guérite. Au mois de février 1561 , Elisabeth étant à Tolède, sa mère lui envoya son portrait, avec ceux de ses fils et de ses deux autres filles. Don Carlos les vit, et dit plusieurs fois en riant : Mas hermosa es la pequena , « la petite est la plus jolie. » Elisabeth l'assura que sa sœur était bien faite ; madame de Clermont ajouta que c'était une belle femme pour lui : il rit de nouveau et ne répondit rien ('). A son retour de Bayonne , Elisabeth rapporta un portrait de sa sœur, alors âgée de douze ans; elle le montra au prince. Don Carlos , l'ayant contemplé longtemps , dit qu'elle avait les yeux beaux, la bouche belle, qu'elle était toute belle. Mais on ne put tirer autre chose de lui ( 2 ). Soit qu'il la trouvât trop âgée, soit parce qu'elle lui avait en quelque sorte servi de mère, ou par d'autres motifs, don Carlos ne voulait pas entendre parler, pour sa femme, de doua Juana. Un jour qu'il causait familièrement à Alcala (c'était quelque temps avant sa chute) avec le fils de don Garcia de Tolède, son gouverneur, celui-ci, à propos des bruits qui couraient d'un prochain mariage entre lui et sa tante, lui de-* manda quels étaient ses sentiments pour la princesse. Il répondit avec vivacité « que plutôt se laisseroit-il « mourir, si son père vouloit le forcer de l'épouser, « pour ne l'aimer en façon que ce fût ( 3 ). » Don a
(') Lettre d'Elisabeth de Valois à Catherine de Médicis, dans les Négociations, lettres et pièces, etc., p. 805.
(') Mémoire de Saint-Sulpice, du 44 août 4565.
( 8 ) Lettre de l'évoque de Limoges à Catherine de Médicis , du 3 jauger 4 5Ç$.