CHAPITRE VIII
rait pas( ! ). D'autres fails semblent prouver qu'il avait vraiment conçu un attachement sérieux pour l'archiduchesse, sans la connaître. Nous citerons le suivant. Il se trouvait au bois de Ségovie, avec le roi et la reine, au mois d'août 1S6S, Une après-dînée, la reine le fit monter avec elle et plusieurs dames de sa cour dans une charrette à bœufs, pour aller visiter le parc. Comme il fut quelque temps sans parler, elle lui demanda où étaient ses pensées; il répondit qu'elles étaient à plus de deux cents lieues de là. « Et où est « cela si loin? » dit la reine. — « A ma cousine, » repartit-il ( 2 );
Philippe II entendait bien faire servir aux intérêts de sa politique et à l'affermissement de sa puissance le mariage de son fils ( 3 ). Par ce motif, quoique lui et
(*) Voy. les lettres du S* de Chantonay, ambassadeur à Vienne, écrites à Philippe II, le 20 mai et ie 30 juin 1565, dans les Papiers d'Étal du cardinal de Grqnvelle, t. IX, pp. 243 et 377. .
(') Lettre secrète de Saiot-Sulpice, du 9 septembre 4565.
(?) C'est ce que l'évêquede Limoges, Sébastien de l'Aubespine, n'avait cessé d'écrire à Catherine de Médicis. Il lui mandait, le 40 mars 4561 : « En fin de compte, ils prendront ce qu'ils trouveront le plus à leur « avantage ; » et le 25 avril suivant : o Le roy catholique branle ça et * là, faisant son prouflH et monstre de sa marchandise, pour déguiser « ses intentions doubles, et enfin accommoder ses affaires du meilleur : « en quoy il e3t vray, comme Dieu, qu'ils regardent la Flandre et ce qui « la peut toucher plus que chose du monde. » (Négociations, lettres et pièces diverses relatives au règne de François II , pp. 823 et 856 ) Le 6 février 4562, lui rendant compte d'une conversation que la reine Elisabeth avait eue avec sou mari, et dans laquelle elle avait mis en avant d'abord madame Marguerite, puis dona Juana, il lui disait : « La sub- « s ta d ce de toute la rcsponse fut comme de coustume, et telle qu'elle est « ordinaire de ceulx qui, soubz couleur d'un bon mariage, désirent « d'entretenir ungchascun, sans désespérer personnejusquesau pren- « dre. » Il en concluait « qu'icy l'on preodroit le meilleur, et celluy
ses ministres berçassent d'espérances Catherine de Médicis, il ne songea pas un instant à unir don Carlos à Marguerite de Valois ('). Il n'avait rien à gagner de ce côté : son propre mariage avec la sœur de Marguerite le mettait en possession de tous les fruits qu'il pouvait tirer d'une alliance entre sa maison et celle de France. Il ne prêta pas l'oreille, non plus, aux premières ouvertures qui lui furent faites au nom de Marie Suart. Ce fut pour sa nièce, l'archiduchesse Anne, qu'il pencha dès le principe : en lui faisant épouser le prince d'Espagne, il resserrait son union avec la branche de sa maison qui occupait le trône impérial, et par là il acquérait des garanties pour la sûreté des Pays-Bas, qui était l'un des principaux objets de ses combinaisons politiques. L'empereur son père, d'ailleurs, en mourant, lui avait recommandé ce mariage de préférence à tout autre , si la disproportion d'âge qu'il y avait entre don Carlos et dofia Juana ne permettait pas que le prince épousât sa tante ( 2 ). Quant
« qui seroit, en biens et seureté d'Estatz du Pays-Bas, plus utile, comme <« il sembloit que non-seulement le conseilloient ceulx de par deçà, « mais tous autres ministres de S. M. »
(') Encore au mois d'août 4563, lorsque Philippe II chargeait expressément son ambassadeur à Londres de négocier le mariage du prince avec Marie Stuart, à certaines conditions, Ruy Gomez disait à Saint- Sulpice « que le mariage du prince n'es loi t tant hors d'espoir comme u Ton eust pensé, mais que l'indisposition et l'imbécillité qui se voyoit « en sa personne avoit retenu son père jusques icy de traicter rien de « son mariage, de peur que de luy bailler sitost femme portast préjudice « à avoir lignée. » Il l'assurait en même temps qu'il n'était pas question de l'archiduchesse Anne. (Lettre secrète de Saint-Sulpice , du 45 août.)
( 2 ) C'est ce que don Martin de Guzman, 'ambassadeur de l'empereur