CHAPITRE VIII
Quelques jours après, il lui fit savoir que la reine Elisabeth venait de proroger le Parlement, et que dix ou douze des seigneujs qui en faisaient partie, au moment de retourner chez eux, lui avaient renouvelé leurs instances pour le mariage de la reine d'Ecosse j que quelques-uns d'entre eux avaient même été jusqu'à lui offrir de s'obliger sur-lechamp, par des actes formels, envers ladite reine et le prince d'Espagne conjointement *. A l'en croire, il régnait, parmi les seigneurs d'Angleterre en général, beaucoup de mécontentement contre la reine Elisabeth, et cette reine n'avait aucune force, étant mal vue, méprisée, sans troupes, sans argent, sans alhances, ayant enfin tout le monde contre elle 2.
Ces communications de son ambassadeur à Londres émurent vivement Philippe II. Pour réunir l'Angleterre à la monarchie espagnole et pour y restaurer la religion catholique, il avait, neuf années auparavant, épousé Marie Tudor, qu'il n'aimait pas, qui était beaucoup plus âgée que lui et dépourvue d'agréments personnels; après la mort de Marie, il avait recherché la main d'ÉKsabeth, quoique des considérations de la nature la plus grave dussent l'en détourner, et qu'il s'exposât sciemment à un refus qui aurait porté atteinte à sa considération ^ : maintenant, on lui proposait
i . « Al partir destos caballeros y senores para sus casas, se me ha tornade ^a hacer mucha înstancia, de parte de diez o doce dellos, sobre ei négocie del casamiento de ia reyna de Escocia.*... Algunos destos caballeros me o'frecian obligârseme y hacer pleito homenage desde laego a la reyna de Escocia y al principe nuestro seiïor juntamenle, lo cual lie desviado cortesmente. . . . » (Dépêche. du 24 avril 1563 : Arch. de Simancas, EstadOj leg. 816.)
2. « .... Ninguua sustaricia tiene esta reyna, estando, como esta, tan mal quista y menospreciada, sin gente y sin dinero y sin concordia, y con todo el mundo enemigo. j» {Jbid.)
3. Voy. sa lettre du 10 janvier 1559 au comte de Feria^ son ambassa-
l)our son (ils une princesse jeune, belle, gracieuse, ornée de tous les dons de l'esprit et du corps, qui non-seulement apporterait à son mari des droits au trône d'Angleterre, mais encore placerait tout de suite sur sa tête la couronne d'Ecosse ; on lui faisait entrevoir la perspective du rétablissement du culte catholique dans ces deux pays; on le flattait enlin de Tespoir d'arriver par là à la monarchie universelle. Quoi de plus fait pour tenter un monarque ambitieux, et dont le zèle pour la foi était si ardent? PhiHppe d'ailleurs avait à craindre, s'il se montrait dédaigneux d'avantages aussi brillants, que le roi de France n'en profitât pour luimême. Sa perplexité fut grande toutefois : car il était engagé envers l'empereur, il Tétait même doublement, par ce ^ui s'était passé entre eux au sujet du mariage du prince des Asturies avec rarchiduchesse Anne, et par Tinteniien qu'il lui avait manifestée de seconder de son influence celui de Tarchiduc Charles avec Marie Stuart. Pour surcroit d'embarras, les cortès de Castille, assemblées à Madrid, lui exprimèrent le vœu, fondé sur des raisons majeures d'intérêt public, que le prince épousât sa tante *.
Sa réponse fut celle d'un prince dont la politique manquait de résolution et de franchise. Il écrivit à l'évêque d'Aquila :
« Voyant que le mariage de mon fils avec la reint* d'Ecosse peut ])rocurer le moyen de remédier aux maux de la religion en Angleterre, j'ai décidé d'en admettre la négociation. Vous y donnerez donc suite par la même voie qui a servi à l'entamer, si vous tenez cette voie pour sûre et
dcur à Londres , dans les Apuntamientos de don Tomas Gonzalez (Jtf^ nwrias de la real Academia de la historia de Madrid, t. VU, p. 405). 1. Aetas de las Cortes de Castilla, t. I, pp. 62, 87. .