‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 159 sur 358 · CHAPITRE IX d · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX d

à la stupéfaction de toute TEspàgne, parce que don Fadrique, son fils, n'avait pas tenu ses engagements envers dona Madaléna de Guzman, dame de la reine Anne, en est un témoignage éclatant. Il n*y avait personne, en Castille, si élevé que fut sa naissance ou son rang, qui, au moindre signe d'un alguazil le touchant de sa baguette au nom du roi,, n'allât de soi-même se constituer prisonnier *.

On ne saurait contester qu'il ne fût grand zélateur de la justice * : sa maxime était qu'elle devait être égale pour tous, pour les humbles comme pour les puissants, pour les pauvres comme pour les riches », et il apportait la plus scrupuleuse attention dans le choix des magistrats appelés à la rendre. Il faisait régulièrement visiter les tribunaux de ses royaumes, afin de s'assurer que tout s'y passait conformément aux lois, et de contenir chacun de ses officiers dans

au juge ecclésiastique; que la justice le voulaiW ainsi; qu'on ne devait pas plus la lui dénier qu'au plus pauvre vassal; qu'il la demanderait en conseil, et il répéta : Que le roi nous fasse couper la tête. Le président lui répondit qu'il n'y avait pas matière à couper tant de têtes. Il répliqua : Ce que S, M. fait est plus que de nous les couper, etc.

1. C'est la remarque que fait l'ambassadeur vénitien Morosini, dans sa relation de 1581 : « Non s'ha alcuno che ad un minime cenno d'un aguz- » ûao, cosi dette da loro, che con una bacchetta li tocca a nome dei re, 9 non vadino a porsi prigione da per se. » (Voy. Bulletins de la commission royale d'histoire de Belgique, 2« série, t. IX, p. 84.)

La même observation est contenue dans la relation faite,' en 1563, par Paolo Tiepolo : « Vien perô esercitata la giustizia con grande e mirabil » favore, perché senza adoperar la forza e moltitudine di officiali, un solo » esecutore, il quale si conosce per certa bacchetta che porta in mano, è » sufficientè a metter quai si voglia in prigione.. .. » {Relazioni degli ambasciatori veneti, série I, t. V, p. 20.)

2. « La giustizia gli è raccommandatissima, » dit Paolo Tiepolo dans sa relation de 1563, p. 62.

La plupart des autres ambassadeurs vénitiens rendent hommage au zèle de Philippe II pour la justice.

3. « .... Fué en el hazer justicia tan libre é igual que.... la prontitud del casligo igualaba los ricos à los pobres, los poderosos à los humildes.... » (Cabrera, liv. X, chap. v, p. 736.)

les bornes du devoir *; il visita lui-même, un jour, le conseil suprême de Castille, remplissant à la fois l'ofBc. de juge et celui de secrétaire *. Une foule d'ordonnances émanées de lui attestent sa sollicitude pour cette branche importante de l'administration publique. Ses ministres s'inspîrant de ses pensées, tous les délits étaient l'objet d'une prompte répression. Aussi le nombre en diminua beaucoup sous son règne, et l'on pouvait, en toute sécurité, dans la Vieille et la Nouvelle Castille, voyager la nuit aussi bien que le jour, tandis que T Aragon, le royaume de Valence et de Catalogne, où les fiœros mettaientdes restrictions à son autorité, étaient infestés de brigands et de voleurs de grands chemins *.

Trop de faits ont prouvé son insensibilité, sa dureté de cœur, pour qu'elle puisse être mise en doute : disons seulement ici, d'après le témoignage d'un ambassadeur qui avait résidé plusieurs années à sa cour, qu'il ne faisait jamais grâce à un condamné, quoique la clémence soit la plus belle vertu des rois ^.

Nul ne savait mieux réprimer les mouvements de son àme : il ne manifestait pas plus une joie extrême, en appre-

1. K Siempre tavo este rey por constante que era grande remedio para la consenracion de la justicia ol de las risitas, » dit Herrera, Hi$tor%a gênerai del mundo, part. II, liv. XI, chap. Tin, p. 448, édit. de 1606.

Cabrera appelle les visites qu'ordonnait Philippe II, « remedio de las » qu(;xas, freno de los oficiales, custodia de las leyes, nniversal contento » i esprranza de pneblos, indicio mayor de la santa iotendon del rey ca^ » tôlico. » (FcHpe 11^ liv. V, chap. xvii, p. 27i$.)

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