‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 161 sur 358 · CHAPITRE IX ia · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX ia

nant un événement heureux pour sa couronne, qu'il ne se troublait à la nouvelle d'un désastre, si grand qu'il fût ^ Il ne s'abandonnait point à la colère ^. Tout en lui était cal^ culé : l'expression du visage aussi bien que les paroles. Il ne faisait et ne disait rien sans l'avoir pesé, et, ce que dans les autres on aurait regardé comme fortuit, était réglé et combiné par lui avec réflexion ^. On peut juger de sa sincérité et de sa franchise par cette maxime que rapporte de lui l'ambassadeur Fourquevaulx : « Qu'il estoit d'opinion » que les grands princes qui dient ouvertement qu'ils fai- » ront quelque chose concernant leur service, que c'est en

i. Modéra con facilita tntti gli affetti, nô perché Timpresa d'Ingfaelterra gli sia infelicomente riuscita, o perché i suoi eserciti abbiano patito tanti sinistri accidenti in Fiandra, ha punto mulato la caloia e uniformilà délia faccia.... » (Relation de Tommaso Gontarini, de 1593, dans ]es Kelazioni, etc., série I, t. V, p. 4^22.) — « Vive con l'animo cosi giusto e costantd, et cosi ben composte, che non mostra mai alterazione alcuna per disgracia o ayyersità che in alcun tempo gli soprayyenga.... » (Relation de Francesco Vendramino, de 1595, ibid,, p.. 445.)

Dans une Vie de Pliilippe II, attribuée sans raison à Antonio Ferez (MS. Bb 122 de la Bibliothèque nationale, à Madrid),* l'auteur rapporte, comme preuves de la modestie de ce monarque dans la prospérité et de sa constance dans l'adversité, qu'à la nouvelle de ia victoire de Lépante, il ne changea point dp visage et dit ces seules paroles : Mucho ha aventurado don Juaa (don Juan a risqué beaucoup), et que, quand on lui apprit le désastre de l'invincible armada, il répondit, avec la même tranquillité : Çonira los hombres la embié , no conlra los vie7ito$ y la mar (je Favais envoyée contre les hommes, et non contre les vents et la mer).

Voy. aussi les Relations des ambassadeurs vénitiens, etc., p. Lxxi.

2. u .... Ut quanlumcumque pius ipse, clemens et taciturnus sit, nec unquam animi irati vel minimam dederit signiûcationem.... » (Lettre d'Hopperus à Viglius du 30 mai 1567 , dans Joach, Bopperi Epistolœ, p. 128.)

3. a .... Non esce mai parola délia sua bocca, né alto alcuno délia sua persona, che non sia molto bene ponderato e pesato, siccbè anco quelle cose che in altri sono giudicate fortuite, in S. M. sono regolate e moderato da una incomparabile prudenza.... » (Relation de Tommaso Contariui, de 1593, dans les Relations des ambassadeurs vénitiens, etc.,

» intention de ne le faire point ^ » Un autre diplomate le peignait parfaitement en deux mots, lorsqu'il disait que c'était « un seigneur et prince plein d'artifice, et père, pour » ainsi parler, de la dissimulation ^. »

Il ne se familiarisait avec aucun de ses serviteurs, pas même avec les plus anciens et les plus intimes, mais il conservait toujours la gravité inséparable, à ses yeux, de la dignité royale ^ : différent encore, en cela, de Charles-Quint, à qui il arrivait souvent de plaisanter avec les officiers- de sa chambre, surtout avec le baron de Montfalconnet, l'un de ses maitres-d'hôtel, dont il aimait les saillies, pleines de vivacité et de finesse ♦.

Il supportait beaucoup de ceux qui le servaient, et prêtait difficilement l'oreille aux accusations dirigées contre eux; il les défendait même, afin que le prestige de l'autorité ne souffrit point des fautes imputées à ceux qui en étaient les dépositaires. Mais quand l'un de ses ministres ou de ses agents avait encouru sa disgrâce, jamais plus il ne lui rendait sa faveur ^.

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