‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 295 sur 358 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

nous est connue, du moins en substance, par une dépêche de l'ambassadeur vénitien Sigismondo Cavalli : le pape y montrait un grand déplaisir de la détention du prince, mais il louait hautement la générosité et la magnanimité du roi catholique, qui avait fait au repos public le sacrifice de ses affections propres ; il l'exhortait à demeurer ferme dans sa résolution et à avoir toujours devant les yeux le service de Dieu ainsi que le bien universel de la chrétienté : car, en se conduisantainsi, les consolations qu'il recevrait du souverain maitre de toutes choses seraient d'autant plus grandes *. Lorsque l' archevêque de Rossano délivra au roi la lettre du saint-père, en l'accompagnant de paroles appropriées aux sentiments dont elle contenait l'expression , des pleura s'échappèrent des yeux du monarque 2. H dit au nonce que ses obligations envers Dieu étaient si grandes, qu'il n'avait pu se dispenser, pour le service de Sa Divine Majesté comme pour le bien de ses royaumes, de faire ce qu'il avait fait; qu'il rendait mille grâces au souverain-fpontife ; que les parrôles de Sa Sainteté le soutenaient dans ses tribulations ». Le pape cependant témoignait de jour ^n jour plus de souci au sujet de cette affaire ; il en parlait souvent, et c'était chaque fois avec une sensibilité extrême * . Il s'inquiétait

1. «,... âcrisse il pontifice un brève à S. M.» nel ^ual mostrô grandiS" placer par la rétention del principe, ma laudô per^ grandemente il r$ di generoso e magnanimo, havendo vinto la passion e affetto di se stesso per la quiète publica, e Teshorta a star saldo nel proposito, e bayer sempra inanzi gl'occhi il servitio diDio e Tuniversal benefitio, perché facendocosi, sarà per altra slrada maggiormente consolato da Sua Divina Maestà.... » (Lettre de Cavalli du 30 avril 1568.)

2. « ... Neir esprimere délie quali comparuero alcune lacrime negV occhi di S. M.... » (Lettre de l'archevêque de Rossano au cardinal Alessansandrino, dulermai 1568 : Bibliothèque nationale à Madrid; MS. Xl72,p.6iî.\

3. « .... De gl' amorevoli e santi conforti che le dava.... » (Ibid,)

A. Lettre de don Juan de Zùfiiga à Philippe II , du 9 mars 15^. (Arch. de Simancas, Estado^ leg. 906.)

surtout des faits qui avaient pu amener la réclusion du ])rince d'Espagne : les dépêches de son nonce à Madrid n'étaient pas plus explicites à cet égard que la lettre du roi et le langage de don Juan de Zûniga ; il y trouvait bien des bruits, (les rumeurs, des conjectures, mais tout cela était vague, sans consistance ; en outre, les paroles énigmatiques du président d'Espinosa à rarclievéque de Rossano* étaient (le nature à autoriser les sui)positions les plus étranges. C'était donc en vain que Zùniga s'attachait à lui représenter l(»s iniperf(^ctions naturelles et la conduite du prince comme ayant seules motivé la mesure rigoureuse dont il venait d'être l'objet : ces explications ne le satisfaisaient point, et il déclara sans détour à l'ambassadeur qu'il désirait être éclairci de la vérité par le roi lui-même *.

Philippe songeait précisément alors à s'ouvrir d'une manière plus intime au pape. Le 9 mai, il lui écrivit, de sa main, la lettre dont l'absence dans les Archives de Simaneas me causa tant de regrets, lorsque, il y a vingt ans, je visitai ce célèbre dépôt ^ ; qui a été sans succès recherchée depuis au Vatican, et qu'enfin, sur les indications fournies par le R. P. Theiner, préfet des archives pontiflcales, à feu mon savant aniiM^*" de Ram, j'ai pu emprunter, sinon dans son texte primitif, au moins en une traduction latine, aux Annales ecclésiastiques de Laderchi. Le cardinal Alessandrino, secrétaire d'État de Pie V, en avait gardé l'original ; Laderchi, ayant eu accès à ses papiers, l'y rencontra et en enrichit son

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