CHAPITRE XV
poir d'une administration plus favorable aux progrès de la raison humaine, d'un régime moins absolu et moins despotique. On trouve le sentiment populaire à son égard énergiquement exprimé dans des poésies du temps *.
D'autres motifs encore excitaient les regrets de la nation : elle craignait que la couronne de Castille ne passât sur la tête d'un prince qui ne fut pas espagnol. Le jour des obsèques, le duc de Tlnfantado, causant avec l'ambassadeur de Venise, ne put s'empêcher de lui dire : « Corps de » Dieu , monsieur l'ambassadeur! devrons-nous toujours » avoir un prince étranger ? Vous êtes heureux , vous » autres Vénitiens, car vous avez toujours votre prince
» dolore che potessero havere ; ne si potè tener il duca dell*- Infantazgo ciie » ragionando meco in queste essequîo, nondicesse : Corpo di Dio^ signor n ambasciator ! doverno noi haver sempre principe forastiero? Beati » voi aliri, signori Venetiani, che havete sempre il vostro principe nar> tural e sete governati da génie nobile; e se ad alcuno yien falto atjf-i » gravio , sipuo Uberamenle doler, e H vien fatlo giusHlia,... » (Lettre du 31 juillet.)
i . Fray Luis Ponce de Léon , de l'ordre de Saint- Augustin, docteur en théologie de l'université de Salamanque, mort en 1591, à l'âge de soixantetrois ans, composa pour lui cette épitaphe :
Aqol yacen de Carlos los despojos :
La parte principal volviose al cielo; Con elln fué el valor, quedole al suelo Mudo en el corazon, llanto en les ojos.
Le même religieux fit sur la mort de don Carlos une cancion dont le dernier couplet était ainsi conçu :
No temas que la muerte Vaya de tus despojos vitoriosa :
Antes ira mcdrosa De tu espiritu fuerte, Los inc1y*/as hazafiasque hicieras, Los triunfos que tuvierns,
Y vio que & no perderle se perdin,
Y asi el mismo temor le diô osadia.
Ces poésies ont été publiées dans la Coleccion de don Ramon Fernax- DEz, t. X, Madrid, 1790, p. 74. C'est ce que nous apprend un savant article •le M. Seidemaxx, inséré dans le Serapeum de 1833, pp. 113 et suiv.
» naturel; vous êtes gouvernes par la noblesse, et s*il est » fait un grief à quelqu'un, il peut s'en plaindre, et il ob- » tient justice *. »
Cabrera, historiographe d'un des plus tristes 4nonarques qui se soient assis sur le trône de Ferdinand et d'Isabelle, s'écrie avec un accent d'admiration servile : c L'Espagne put » appeler un bonheur ce grand malheur de la perte de » riiéritier de la couronne, puisqu'elle eut, pour le rem- » placer, le roi don Philippe III, notre seigneur, sur qui » la libéralité céleste répandit à pleines mains tous ses » dons, le Hiisant religieux, juste, libéral, constant, bienfai- » sant, (idèle, magniflque, digne de gouverner un plus
> grand empire ; Ris enfin des mûres et des plus sages an- » nées de son père, rare exemple à tous les siècles de vertu
> et d'obéissance *! > Un historien de notre temps, qui n'est pas, lui, suspect de courtisanerie ni de prédilection pour Philippe m, M. Lafuente, dit à son tour : « La mort du » prince don Carlos ne fut pas un mal pour l'Espagne : car, » vu son caractère, la nation ne pouvait espérer de lui au- » cun bien; elle devait, au contraire, en attendre de grandes
> calamités, à moins qu'il ne se fut amendé beaucoup avant » de succéder au roi son père ^. »