CHAPITRE. XV
Si. du sein des régions officielles , une seule voix s’élait élevée pour protester contre l'arrestation du prince d’Espagne, et si les gens timides — ou prudents comme les appelle Cabrera — se regardaient le doigt posé sur la bouche, de crainte de sc compromettre ('), la plupart de ceux qui osaient manifester leur pensée blâmaient ouvertement cet acte de rigueur. Le gouvernement de Philippe II était craint; il n’était pas aimé. Sans parler des juifs, des mahométans convertis, des luthériens, qui tous lui étaient naturellement hostiles, il n’y avait aucune classe de citoyens où il ne comptât des ennemis. Plusieurs des conseillers du roi. et surtout le président d’Espinosa, étaient mal vus de la nation (*).
Qu’on veuille le remarquer : ce ne sont point des écrivains protestants . des détracteurs systématiques de Philippe II, qui nous fournissent celte remarque; c’est un ministre meme de ce souverain. « Le peuple « — écrivait un autre de ses ministres — est icy « fort liccnliculx en son dire, et n’eusse pensé que
non avendo giurato ai principe, non avevano che rispondere : quai risposta in vero fù molto libéra e da uomini die fanno professione che veramente l'elezione del loro re è in loro mano.... «(Lettre de Leonardo de Nobili a Céme de Médicis, du 16 février 1568.)
(') ■ .... MlrAbanse los mas cuerdos, sellando la boca con il dedo i et silencio.... » (Felipe II, liv. Vil, cbap. XXII, p. 474.)
(*) « .... Nam praeler judaeos, mahometanos et haerelicos, quorum non exiguus per omnem llispaniam putatur esse numerus, haud saue pauci sunt non optimè erga norinullos ministres regios affeeti , quos exteros esse aiunt, monaebos et alios. Ex quibus praeses consilii regii, qui abhinc tribus annis ex ordine eral assessorum, nunc cardinalis est crcatus.... • (Lettre d’Hopperus a Viglius, du 21 avril 1568, dans Joach. Hopperi Epistolae, p. 169.)
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« les langues eussent esté si desbridées ('). » Que se disail-il donc dans les rangs du peuple? L’historiographe Cabrera va nous l’apprendre. Les uns reconnaissaient bien que don Carlos avait eu de mauvaises pensées, qu’il avait parlé avec ressentiment; mais, suivant eux, il n’avait fait aucun acte criminel, elle roi- aurait pu le ramener à son devoir sans user de tant de violence (•). Les autres observaient que les souverains étaient ordinairement jaloux de ceux qui leur devaient succéder; qu’ils n’aimaient point le génie, la hardiesse, l’esprit généreux et grand chez leurs fils; que cependant les princes qui avaient des égards pour leurs enfants en auraient d’autant plus pour leurs sujets , et qu’en accordant à leurs héritiers présomptifs une part raisonnable dans le gouvernement, ils donneraient des garanties à ces derniers ( 3 ).
Des plaintes, des murmures, partaient aussi des sphères plus élevées de la société (*). Ce concert de critiques ne laissait pas que de troubler Philippe II, si
(') Lettre <Ie Tisnnrq il Viglius. du 3t janvier 1568.
(*) « .... El principe, muebaebo deslavorecido , avi.-i mal pensado i linhlado ron resentimienlo, ohrado non, i sin tant» violencia pudiera rednzir a su liijo, sucesor inadvertido.... • (Liv. VII, etiap. XXII, p. VH.)
(*) • .... Otros dezianque son los principes zelosos de los que les an desuceder, i lesdesplnze el ingenio.ànimogallardoi espiritu generoso i grande de los bijos, i que quien los terne ’mejor temerà los subditos, i que los aseguraba el darles con templanza parle del gubierno.... • ( Ibi'l .)
(*j « .... Molli non impotenlcs miissitanl et fremunt, • écrivait, le Sri mai, Hopperusà Viglius (Joach. Hopperi F.plxtnlne, p. ITî.)